L’an passé, nous avions eu à nous occuper d’une famille tchétchène, dont la plus jeune, Fariza, était scolarisée dans l’école de mes filles. Menacée d’expulsion vers l’Autriche, grâce à la mobilisation, elle a vu son dossier accepté par L’ofpra en septembre et elle a obtenu le droit d’asile en décembre.

Mais il y a de nombreuses familles tchétchènes qui connaissent encore et toujours les affres de l’application de la convention de Dublin. Plus ça va, pire c’est. Voici deux exemples, qui m’ont été communiqué par Pascale, une jeune femme qui centralise toutes les informations concernant des familles dans le même cas. Car le plus difficile, c’est d’obtenir des informations. Quand les familles sont dispersées, disséminées sur le territoire français, il est beaucoup plus difficile d’agir pour les aider et les protéger.

Premier cas, Charleville-Mézières

Cela s’est passé aujourd’hui à Le Champ Saint Père petit village dépendant de la préfecture de La-Roche-sur-Yon en Vendée : « … La dame de l’hôtel nous a dit que notre assistante avait demandé à ce que nous restions à la maison parce qu’elle allait venir aujourd’hui. Alors, on n’a pas bougé, on a attendus toute la journée… » Il est un peu plus de 17 heures lorsque Movsar et Ruslan voient arriver sept (!) voitures de gendarmes. Rapidement, l’hôtel est encerclé et les gendarmes font irruption dans les chambres de Ruslan et Mosvar. Ils sont accompagnés d’une interprète, les deux familles ont vingt minutes pour rassembler leurs affaires : l’une va être réadmise en Pologne, l’autre en… Slovaquie ! … Il s’agit de jeunes familles. Les enfants (3 ans et 9 mois pour ceux de Movsar et 3 ans et 7 mois pour ceux de Ruslan) sont effrayés, ils hurlent… Radinkan l’épouse de Mosvar perd connaissance, elle est transportée à l’hôpital. Assiat l’épouse de Ruslan a elle aussi des problèmes de santé… Le mari insiste, montre des certificats. Un ami, un autre Tchétchène, arrive à ce moment-là, il parle le français et a le statut de réfugié politique. Il est fouillé et subit un véritable interrogatoire. On lui demande même le nom et l’adresse de son employeur ! La scène dure plusieurs heures. Finalement, les gendarmes annoncent aux deux familles qu’ils reviennent mercredi pour les chercher. Radinkan elle, est toujours à l’hôpital.

Le cas de Kadichat

Le 13 août 2004 Khadichat, 50 ans, et sa famille (sa fille, son gendre et leurs deux enfants, Abdulla né en 2000 et Adam né en 2003) arrivent en France. Ils sont originaires de Tchétchènie et demandent l’asile politique. Ils se présentent le jour même à la préfecture de Charleville Mézières dans les Ardennes.

Le 2 décembre 2004, la famille a son entretien à l’Ofpra. Le récit écrit à l’attention de l’Ofpra par Khadichat s’achève par ces phrases : « … Chaque minute, chaque seconde en Tchétchènie est une menace pour la vie. Je ne veux pas vivre ainsi ce qui me reste à vivre, je veux vivre dans un climat pacifique et tranquille, si vous me le permettez… »

L’Ofpra est dessaisie du dossier le 5 avril 2005. En effet, avant de venir en France, la famille est passée par la Pologne en juillet 2004. La Pologne est donc responsable de sa demande d’asile.

Le 28 avril dernier, Khadichat, est « réadmise » en Pologne avec sa famille dans le cadre de l’application du « Règlement (CE) N°343/2003 du Conseil du 18 février 2003 » dit Dublin II en date du 8 mars 2005. En arrivant à Varsovie, la famille est séparée. Khadichat est renvoyée en France, à Charleville Mézières, le jour-même, alors que le reste de la famille est interrogée puis orientée vers Debak (centre d’accueil pour demandeurs d’asile situé dans un bois à une cinquantaine de kilomètres de Varsovie).

Le 24 mai 2005, les gendarmes sont revenus chercher Khadichat dans son foyer toujours à Charleville-Mézières pour la renvoyer… en Pologne ! La police la met dans un avion (sans escorte policière) le 25 mai vers 9 heures. Arrivée à Varsovie, elle est interpellée pour avoir quitter la Pologne illégalement et être re-rentrée illégalement en Pologne ! Normal, c’est Dublin ! Sa famille est laissée sans nouvelle jusqu’au soir. Le lendemain elle est présentée au tribunal, jugée et condamnée à un mois de prison pour avoir quitter la Pologne illégalement. Elle est placée dans un centre de rétention dans l’aéroport. Suite à l’intervention d’Amnesty et de plusieurs associations polonaises (Ocialenie, Helsinski Foundation) Khadicha est libérée le 9 juin 2005…

Après la réadmission de la famille en Pologne, j’avais rencontré Khassan le gendre de Khadichat à Varsovie et il avait témoigné :

« – La police est venue nous chercher au foyer le matin, vers 9 heures. Ils étaient une vingtaine. Il y avait plusieurs voitures et ils avaient des uniformes différents. Il y avait des policiers, des gendarmes, des policiers de la police municipale, de la P.A.F., madame P. de la préfecture et un traducteur. Ils ont voulu qu’on signe des papiers et nous ont dit que si on ne signait pas, on nous emmènerait de force. Nous avons demandé au traducteur ce qui était écrit sur ces papiers, il nous a dit qu’il était écrit qu’on nous expulsait vers la Pologne et qu’il valait mieux signer. La police nous a donné une demi heure pour rassembler nos affaires. Ma femme a été très choquée, elle a fait un malaise. Ils ont tout d’abord refusé d’appeler les urgences. Ils disaient que ce la ne servait à rien que de toute façon, ils nous expulseraient. Puis, quelqu’un a finalement appelé le Samu (vers 10 heures) et elle a été emmenée à l’hôpital Manchester. C’était vers 11 heures. Nous, on nous a conduits vers le centre de rétention, où elle nous a rejoint une demi heure plus tard. A l’hôpital, on ne lui avait même pas donné un cachet et le médecin l’a fait lever pour la remettre aux mains des gens de la PAF. Elle s’est sentie mal toute la journée. Les enfants (21 mois et 4 ans) étaient malades aussi à ce moment là et nous avons demandé à la police de nous laisser ne serait-ce que quelques jours.
Elle nous a répondu que, de toute façon, de gré ou de force nous serions expulsés. Dans la journée, la police nous a donné deux collations enfin, vers 18 heures, nous avons eu la visite d’Amnesty International. Ils nous ont dit qu’ils avaient dû discuter pendant cinq heures pour pouvoir nous voir . Ils nous donné de la nourriture, des pampers, de l’argent.

A 1 h 30 du matin, on nous a emmené à l’aéroport à Paris en bus. Nous sommes resté jusqu’à 8 h 30 dans ce bus sans avoir le droit de sortir. Quand les enfants pleuraient trop, on nous laissait juste sortir un peu, devant le bus. Nous avons tous été fouillés, même les enfants ! A 9 h 35, nous avons pris l’avion escorté par cinq policiers français. (La première famille était partie plus tôt, à 7 h 15 sur un vol polonais ).

Nous étions sur un vol Air France. Arrivés à Varsovie, vers 11 h 50, les policiers français ont remis nos dossiers aux Polonais. Ces policiers de l’escorte ont été corrects avec nous, ils nous ont même souhaités bonne chance et de pouvoir revenir en France ! Une demi heure après nous arrivée, on nous a séparés. La mère de mon épouse qui souffre de problèmes cardiaques et d’une profonde dépression a été renvoyée en France, mais on ne nous a pas dit pourquoi. Elle a pris un vol vers 14 h 30. De notre coté, nous avons attendus dans une pièce toute la journée sans nourriture et sous bonne garde. Nous avons eu un interrogatoire. L’enquêteur nous a dit que nous allions être jugés pour avoir quitté la Pologne illégalement. Nous avons dû signer un papier selon lequel nous nous soumettrions à la décision de ce jugement.

Nous avons été libéré à 23 h 30. Là, on nous a dit de nous débrouiller pour rejoindre Debak. C’est les 80 euros donnés par les personnes d’Amnesty qui nous ont permis de rejoindre le camp. Lors de son retour en France, ma belle-mère a été retenue des heures à Roissy, assise sur une chaise, sans avoir le droit de se lever même pour aller aux toilettes. Elle avait les jambes très enflées quand elle est arrivée à Charleville Mézières. Elle a du être soignée. Elle a de sérieux problèmes de santé et elle ne peut pas vivre seule. Il parait que la Préfecture a fait une erreur et que nous allons tous repartir pour la France. Ce serait bien !»

Témoignage recueilli à Varsovie le 14/05/05
Pascale Chaudot.

La France, Terre d’asile ! Ne me faites pas rire… Patrie des droits de l’homme… et puis quoi encore ?

On va aller jusqu’où dans notre manque d’humanité ?

Le mardi 14 juin 2005, 21:04 par Veuve Tarquine

« On va aller jusqu’au dans notre manque d’humanité ? » Je pense également qu’on a déjà atteint des sommets d’ignominie bien pensante…

Voyons, depuis le 31 mai dernier les étrangers sont obligés de rémunérer eux-même les indispensables traducteurs intervenant dans la procédure d’asile ( www.liberation.fr/page.ph… ) c’est bien plus simple pour se débarrasser d’eux ! et en plus c’est économique !!.

Comme les étrangers ne sont pas des justiciables comme les autres, ce n’est pas très important… la preuve on les juge non pas dans un tribunal mais directement dans les locaux des commissariats ( liberation.fr/page.php?Ar… )