5 février 2006.
La plage !La route de Beausoleil longe la maison
Autant hier était une journée grise, autant aujourd’hui, malgré quelques grains, il fait magnifiquement beau. J’aime beaucoup venir au mois de février. Parce qu’il y fait beaucoup moins chaud que le reste de l’année. Le soir, il fait même un petit peu frais. C’est tout juste si on n’a pas besoin d’une petite laine. Tout juste, hein, faut pas non plus exagérer.
Dans ma belle-famille, on se couche tôt. A 21 heures, tout le monde dort, ce qui m’arrange bien. Ça me laisse un peu de temps pour utiliser la prise téléphonique (il y en a une dans ma chambre) et surfer. Après m’être enduite de produit antimoustique car si je n’aime guère ces insectes agaçants, la réciproque n’est pas vrai. Je suis un véritable festin pour eux.
Ce matin, avec la promesse de plage, les filles furent debout en un clin d’œil. Enfin, je dis ce matin. Mais quand nous sommes ici, c’est tous les matins qu’elles se lèvent à 7 heures (soit l’heure à laquelle elles se lèvent toute l’année pour aller à l’école, mais ici sans rechigner). Je suis dès lors bien obligée d’en faire autant, pour préparer le petit-déjeuner. Il a été vite expédié ce matin, ce qui nous a laissé de longues heures d’attente du véhicule promis.
Mais l’ami de ma belle-mère est venu tard exprès car il s’est dit que des vacanciers avaient peut-être envie de dormir un peu le matin. D’abord, tout ami qu’il soit, il n’a sans doute jamais vécu chez ma belle-mère car il est quasi impossible de ne pas être réveillé quand elle est debout. Ensuite, des vacancières de 40 ans passés, bien sûr, mais de 5 à 11 ans…
Les filles pour tromper leur attente ont organisé un défilé de mode. Yasmina la cousine et Léone en spectatrices, Garance et Lou en top models très convaincues.
Enfin, la voiture est arrivée. Et nous avons pris la route. Ma belle-mère avait décidé de nous emmener à Ti-Havre, une plage que je connais bien et que j’aime beaucoup. Une de mes préférées en fait. On traverses les Grands Fonds, une série de mornes très resserrés les uns sur les autres, aux vallées encaissées dont l’altitude est en dessous du niveau de la mer, d’où le nom. C’est un endroit très vert, très beau et assez peu connu des touristes en général. Les routes y sont chaotiques, parfois dangereuses et pendant longtemps il n’y avait aucune indication. De quoi se perdre sans coup férir. Mais c’est là que vit la Guadeloupe profonde, paysanne, qui ravitaille la ville de Pointe à Pitre en fruits et légumes. C’est dans les Grands-Fonds des Abymes que vivent mes beaux-parents et qu’a grandi mon mari.
Nous avons pris la direction de Mare Gaillard, une section de Gosier et nous sommes arrivés à Ti-Havre. Les filles ont immédiatement reconnu la plage. Il y en a en fait deux, une première, où accostent les pêcheurs du coin, et à gauche de laquelle se donnent rendez-vous les surfeurs du coin, et une autre, à droite quand on regarde la mer, à laquelle on accède par un passage creusé dans la roche. C’est une crique bordée d’arbre, pleine d’ombre, à la mer toujours bleue où sans perdre pied, il est possible de nager sans problème. A peine deux minutes après, les filles étaient dans l’eau.
Sauf Yasmina, qui a peur et le fait savoir avec son caractère aimable et enjoué. Il ne faut jamais forcer les enfants à se baigner quand ils ont peur de l’eau. Or il semble que c’est ce qu’a fait un animateur quand elle a été à la piscine avec sa classe. Il faut dire que son caractère épouvantable donne parfois des envies de meurtre. Mais nous sommes des adultes. A nous de nous retenir (enfin, c’est dur, surtout quand il faut aussi retenir ses cousines qu’elle tape mord, griffe et emmerde comme il n’est pas permis).
Alors, la plage… Eh bien c’est du bleu, plein des yeux. Mais aussi du vert, et du jaune sable. Des couleurs sursaturées qui vous emplissent les yeux, les sens, c’est les balaous qui frétillent et que les pêcheurs attrapent dans leur nasse, ce sont les iguanes qui tombent des arbres juste à côté de vous et s’enfuient sous le couvert de leur course ridicule avant que vous n’ayez pu sortir votre appareil photo. Ce sont les filles qui rient, qui crient, qui sautent dans l’eau, nagent, s’éclaboussent. C’est le soleil qui vous mord malgré la crème dont on s’est enduit, le jus de pamplemousse du jardin, préparé juste avant le départ et que l’on déguste en silence, les oranges, sucrées et juteuses, que l’on dépiaute avec les dents et qui font partir le goût du sel. Bref, c’est le bonheur à l’état pur.
Nous sommes rentrés, parce qu’il le fallait bien, nous avons déjeuné et pendant que les filles se sont égaillées dans le jardin, j’ai fait une bonne sieste sur la terrasse. Il ne me manque que le hamac en fait pour être au paradis.
Ce soir, nous mangeons de la soupe, une soupe mijotée depuis le début de l’après-midi par ma belle-mère et qui promet d’être un vrai régal. Mon beau-père a cueilli des pois de bois, sorte de lentilles qui poussent dans un arbre d’où leur nom. Je ne sais pas si je vais réussir à perdre quelques kilos…
Et puis je lis, je lis, je lis. J’avais commencé, il y a quelques mois American Darling, de Russel Banks et n’arrivait pas à avancer dans ma lecture tant ce livre est dense, et terrifiant. Je l’ai achevé enfin hier, ne pouvant plus le lâcher. C’est un livre curieux qui à travers la vie d’une femme, pas terriblement sympathique mais lucide, sincère, complexe, retrace l’histoire du Liberia et de ses relations vérolées avec les Etats-Unis. Il y a dans ce roman une violence terrible, mais aussi beaucoup de questionnement sur ce que c’est que de vivre, de vivre avec des gens d’une culture totalement différente de la sienne, du métissage, de la sujétion, de la compréhension intercommunauté et de ses limites. C’est foisonnant et passionnant.
Ce matin, j’ai attaqué Moi, Franco de Manuel Vasquez Montalban. Un écrivain que j’aime beaucoup, tant pour les enquêtes de Pepe Carvalho, le détective désenchanté, que pour ses romans plus historique tel que Galindez, assez terrorisant aussi celui-là sur le système américain de sujétion des nations défavorisées.
C’est Luciole qui me l’a offert pour noël et je me l’étais gardé pour mon séjour. Les vingt premières pages sont extrêmement prometteuses.
Pas vu de fesses aujourd’hui, sauf celles de mon beau-père sous sa douche. Il a la très mauvaise habitude de ne pas fermer les portes. Or la salle de bains est mitoyenne de ma chambre. Donc quand je rentre dans cette pièce, j’ai un aperçu fugace de son fessier. Je rigole, mais il faut bien garder un petit caractère nografic à ce blog, ne serait-ce que pour saluer la bonne et heureuse nouvelle reçue hier par mail. Garfieldd a été réintégré dans l’éducation nationale. Je ne peux pas ouvrir de bouteille de champagne, mais le verre de ti-punch que je lèverai ce soir sera à ta santé, M. le Proviseur.
Pour voir d’autres photos, vous pouvez vous rendre directement sur l’album photo…
1. Le dimanche 5 février 2006, 10:24 par alice
Je situe mieux désormais les fameux pamplemousses! Profite, profite!
2. Le dimanche 5 février 2006, 11:24 par luciole
OH ! ce que c’est bon ce parfum de vacances!!!!! Merci pour le bout de paradis que tu nous envoies… huuuummmm! Profites bien et n’oublie pas le mot d’ordre REPOS! RIRE!!!
3. Le dimanche 5 février 2006, 12:43 par Clopine Trouillefou
Akynou, tes descriptions sont si « rayonnantes » qu’on aurait presque envie de te demander, nous pauvres métropolitains brouillasseux, de « tester pour nous » : pourrais-tu boire un jus de carambole, dans un grand verre glacé, et me dire si oui ou non cela surpasse (comme dans mon souvenir de Maritinique…) le jus de pamplemousse ? Et pourrais-tu manger un mango, tu sais, cette mangue parfumée, juteuse et filandreuse, qui laisse des fils entre les dents, si sucrés que c’en est un plaisir de les retirer un par un, juste pour nous en parler, comme ça j’aurais un petit peu l’impression d’^^etre avec vous là-bas ?
Et tes filles, mettent-elles des masques et des tubas pour plonger dans la mer carabéenne, et voient-elles, devant leurs yeux, comme une myriade de poissons colorés ?
Je me souviens avoir lu, dans la nuit créole où les grenouilles commencent leur formidable boucan dès dix-huit heures, le « Texaco » de Patrick Chamoiseau. Et c’était un double plaisir, de lire du créole et, en levant la tete, d’etre entourée de l’univers meme des pages que je lisais. As-tu déjà ressenti cela ?
Bon je risque de t’etre importune donc j’arrete là ; mais je t’en prie, continue ton journal de vacances (si évidememnt, cela ne te brèle pas !) : sois sure qu tu auras au moins une lectrice qui en fera son miel !
Clopine Trouillefou, du fin fond du tristoune pays de Bray
4. Le dimanche 5 février 2006, 16:02 par Ebb
Ahhh… La plage de Petit Havre, le paradis sur terre !
Comme c’est bien de savoir de quoi tu parles exactement 
Tiens, je ne suis pas la seule à être de la bonne chair fraîche pour les moustiques… J’ai encore une 50aine de piqûres sur le corps actuellement (malgré l’anti-moustiques à 30% de DEET dont je me suis enduite consciencieusement).
5. Le dimanche 5 février 2006, 22:44 par Vroumette
Splouf, prfffffffffffffff, clapotte, clapotte, pfrchhhhhhhhhh, replouf ! Quoi, qu’est ce qu’il y a ?
Y’a pas de raison, moi aussi je profite de la mer et du soleil. (Je reconnais qu’en maillot dans le salon en région parisienne ça a de quoi surprendre, mais bon, je fais avec les moyens du bord).
6. Le lundi 6 février 2006, 15:21 par andrem
C’est peu de dire qu’on s’y perd, dans les grands fonds. J’y ai vécu la même aventure que les Dupontd dans le désert.
J’ai fini par m’en apercevoir en remarquant (enfin) le groupe de mortsderire à ce carrefour qu’il me semblait bien y être déjà passé, en fait c’était la cinquième fois en une heure et dans le même sens, qu’ils m’ont dit.
Mais si on ne s’y perd pas, le voyage dans les grands fonds compte pour du beurre.
7. Le lundi 6 février 2006, 15:25 par andrem
Oui j’écris des phrases comme les routes des grands fonds et je ne fais même pas exprès.
Je revenais juste pour dire que Montalban, c’est surtout pour Pepe que j’y vais, et ses plats cuisinés. Finalement, il n’y aurait pas d’histoire mais seulement la chair et le sang de Barcelone, j’y reviendrai quand même. Pour Pepe, pour la cuisine, pour les catalans qu’on y croise.
8. Le jeudi 9 février 2006, 00:04 par aude dite Orium
Aille ! fait mal aux yeux toutes ces couleurs ! C’est bon d’avoir mal ! bisous à toutes.


