Ce matin, après l’école, j’ai été boire le café avec des copines. Pourtant, j’avais des choses à faire à la maison. Avant de partir pour le sud de Paris. Il fallait que j’appelle la psychiatre de Garance et puis la Grande Lola qui emmène ma fille chez son psy parce que la veille, Garance n’y avait pas été. Ce n’était pas prévu. En tout cas pas par moi, même si j’avais signé le papier l’autorisant à faire sa sortie.

Ce n’était pourtant pas le moment de se mélanger les pinceaux. Mercredi midi, la directrice de l’école m’as expliqué que Garance devra peut-être redoubler. Parce qu’elle ne comprend pas bien les maths, parce qu’elle n’arrive pas à comprendre qu’il faut travailler et que les réponses sont dans le cahier, pas dans le ciel. Quand on l’interroge, elle est dans la réponse magique. Elle donne un chiffre au hasard en croisant les doigts pour que ça soit le bon. Elle n’arrive pas encore à être dans l’abstraction et se raccroche à la réalité de ses petits bouts de doigts qui compte désespérément : alors le pouce et l’index plus le pouce, l’index et le majeur, ça fait cinq…

Sans ses doigts ma fille est perdue, comme Peter Pan sans Clochette.
Et moi, je voudrai crier de plus en plus vite, de plus en plus fort : « Je sais que les fées existe, j’y crois, j’y crois. » Mais les fées n’existent pas.
Ou alors, elles se font discrètes.

J’ai fini par rentrer. J’ai appelé la psy et la grande Lola pour m’excuser. La grande Lola était inquiète pour moi et pour Garance. La psy m’a dit qu’elle voulait me voir avec ma fille. J’ai une vague idée de ce qu’elle va me dire… Et puis Lui est arrivé pour prendre son petit déjeuner. J’ai fait le point de la journée : « Alors, je ne suis pas au bureau, mais en réunion toute la journée. D’ailleurs je suis en retard. Un dîner est organisé après, il est probable que j’y reste. Si tu veux me joindre, appelle-moi sur le portable… Et puis j’ai vu la directrice de l’école. Elle m’a dit pour Garance qu’elle serait sans doute obligée de redoubler. Elle a un problème. Elle n’y arrive pas. En math notamment. Mais aussi elle ne lit pas aussi bien et aussi vite que les autres. Elle est perdue. Elle bloque. »

Il n’a pas bougé un cil, pas levé les yeux, pas posé de question. Mais j’ai su, une évidence, qu’il était d’un coup terriblement malheureux. Comme moi. Il a dit de sa voix rageuse: « On va la mettre dans une école. Elle va travailler tout l’été. » Lui aussi, il est dans la magie. J’ai dit : « Tu sais, ce n’est peut-être pas cela le problème. Elle est perdue. Elle bloque. Ne lui en parle pas. Il faut qu’on en discute d’abord tous les deux. Mieux. Ne la gronde pas. » Et puis je n’ai rien dit de plus parce que je pleurais. Et lui ne bougeait toujours pas un cil. Mais je savais qu’il pleurait avec moi. J’ai dit : « Tu sais, j’ai peur. Je suis inquiète pour elle. Elle est si fragile. » Lui ne disait rien. Mais je savais qu’il pensait la même chose que moi. Alors je l’ai pris dans mes bras, je l’ai embrassé et je lui ai dit : « Mais on va trouver une solution. On va l’aider. On va trouver… » Et lui a répondu : « Oui, on va trouver. »

Je suis partie dans la salle de bains. Et j’ai râlé: « Pfff. En tout cas, ce week-end, je m’attaque à la salle de bains. Elle est trop crade. Regarde par terre. C’est pas possible… » Et puis j’ai dit deux ou trois trucs insignifiants. J’ai mis mon manteau, mon écharpe. J’ai pris mon sac et mon appareil photo et je lui ai ai dit : « A ce soir mon amour. » Il était toujours assis à la table. Il n’avait toujours pas bougé un cil. Il m’a répondu « A ce soir… »

J’ai traversé Paris le cœur lourd. J’ai pris le bus, j’ai pris des photos, j’ai pris un sens interdit. Arrivée sur le lieu de la réunion, j’ai pris une chaise, j’ai pris des feuilles, j’ai pris mon stylo et j’ai pris des mots pour les jeter sur la feuille. On pouvait croire que je prenais des notes. En fait, j’ai pris un sac et je l’ai vidé. Vers midi, je me suis sentie un peu mieux.

Ce soir je suis rentrée. Il était assis à la table. Il avait rasé ses cheveux. Et la salle de bains était propre comme un sou neuf.

1. Le samedi 8 avril 2006, 07:50 par Franck

Pour mon fiston qui a des problèmes de lenteur, parfois des blocages, sur les conseils d’un orthophoniste, on a fait appel à un psycho-motricien et ça lui fait énormément de bien. Il a plus de facilité pour se concentrer et il travaille mieux, pas plus vite mais mieux.

C’est peut-être une piste à suivre ?

2. Le samedi 8 avril 2006, 09:10 par gilda

Euh, je crois je vais aller la salle de bains, ta méthode pour obtenir que ce soit l’homme qui s’en charge me semble bien trop douloureuse :-( .
Si c’est dans la vraie vie, comment l’enfant prend-elle ça ? Je veux dire elle n’a peut-être pas les capacités scolaires attendues mais si elle est heureuse de vivre et douée pour d’autres choses, ses difficultés ne sont peut-être pas si déterminantes. Elle mettra peut-être plus de temps que d’autres, mais elle réussira à apprendre les bases utiles.
Si ça ne la chagrine pas trop de ne pas y arriver de façon optimale, ce n’est peut-être pas si grave.

3. Le samedi 8 avril 2006, 10:27 par samantdi

Un billet très émouvant parce que c’est « la vraie » vie : les enfants ne sont pas seulement ces jolies choses photogéniques que nous suivons au fil des jours de nos blogocopines, mais des êtres compliqués et en devenir. Je sens à travers tes mots toute la responsabilité d’être parent, tout seul et à deux, de faire couple d’amants et de parents… Au fond de moi, je sais que vous allez y arriver et que Garance fera son chemin à elle…

Et puis j’ai beaucoup aimé le commentaire de Franck, en écho au geste d’amour de ton mari, de « faire du ménage », comme autrefois on se « mettait en ménage » en vivant ensemble : le pragmatisme des hommes, dans lequel je trouve qu’il y a une grande force de réconfort.

Je vous embrasse tous, « family »…

4. Le samedi 8 avril 2006, 11:02 par Clopine T

De tout coeur avec toi, Akynou, dis bonjour à ton homme, qui a l’air formidable, et un bisou à Garance qui tiens si fort son enfance dans les bras qu’il faut lui laisser tout son temps pour la quitter, non ? Tu sais, c’est si triste aussi quand l’enfance est finie !

Le mien, (qui ne veut plus depuis belle lurette me donner la main, a mis sur sa messagerie MSN un dessin représentant un derrière de top modèle avec la trace d’un baiser au rouge à lèvres et rale si je le dépose au collège, parce « tu me fous trop la honte, Maman… ») m’a dit, trois jours après son entrée en sixième « c’est drole, j’ai l’impression que je me vois avec mes yeux de quand je serai grand », et il était si triste en disant ça.

ILs ont si peu le temps d’etre des enfants…

Embrasse fort la petite Garance et courage pour le psy !

Clopine

5. Le samedi 8 avril 2006, 16:43 par Anne

Le coeur serré pour ma chère Garance (et pour toi aussi, forcément).

Je ne doute pas une seule seconde qu’elle fera SON chemin, et qu’il sera beau, brillant et riche. Mais il va lui en falloir, du courage, pour affronter tous ceux qui ne croient pas aux fées.

Tu lui fais un bisou de ma part, s’il te plait ?

6. Le samedi 8 avril 2006, 21:32 par aude dite Orium

Tu sais a quel point je partage ton inquiétude. Aussi, Je reste persuadée que oui, vous allez trouver la solution. L’orthophoniste que va voir Célia est une fée. Elle a fait des miracles. Ca marche pour les maths aussi. Question d’orientation dans l’espace… Qqch comme ca. peut être une piste a explorer. L’année dernière, nous sommes allés voir 36 spécialistes pour comprendre. On a surement pas tout compris, mais Célia et l’école, ca va tellement mieux! je t’embrasse très fort. La belle Garance aussi. Et puis de toute façon on vit très bien sans savoir compter. J’en suis la preuve vivante ;) Tu veux un exemple plus édifiant ? Ok. Amelie Nothomb. Relis « stupeur et tremblement », tu verras ca va te détendre. 8P Gros Gros bisous a tous.

7. Le samedi 8 avril 2006, 21:32 par aude dite Orium

C’est trop bien ta banière qui change :)

8. Le samedi 8 avril 2006, 21:34 par aude dite Orium

beuh! il m’ mangé mon commentaire, ton blog! Pas celui sur ta banière un long a propos de garance. Je suis dégoùtée!

9. Le samedi 8 avril 2006, 21:52 par Akynou/racontars

Aude, mais non, il n’a pas mangé ton commentaire :-) Mais c’est ce foutu spamplemousse, il m’a laissé passé 15 spam aujourd’hui, mais il a bloqué ton message. porte nawak.
Merci pour ton commentaire. L’orthophoniste j’y pense aussi. on va voir. Bisoux.

10. Le samedi 8 avril 2006, 23:45 par luciole

Touchée… des bises! Je suis triste d’être loin, je t’aurai payé un coup à boire et on aurait parlé… Garance est fragile et courageuse, j’en connais d’autre, sourire, une âme d’artiste… sourire et bises!

11. Le dimanche 9 avril 2006, 00:41 par Akynou/racontars

Bon alors quelques réponses
D’abord, merci à tous :-)
Franck, comme je l’ai dit à Aude, l’ortho, on y pense… je vais voir ça avec la psy après les vacances.
Samantdit. oui, la vraie vie, avec des vrais enfants qu’on serre dans ses bras. Pas juste des photos. Par contre, aucune trce d’un message de Franck parlant du ménage :-)
Gilda. C’est dans la vraie vie :-) La petite n’est pas heureuse à l’école. Parce qu’elle voudrait tellement y arriver. Par contre, elle apprend super bien tout ce qu’elle peut voir dans les CD-rom et à la télé. Elle a une culture étonnante, dès que ça ne passe pas par l’école, les livres et les maths :-) Et la maîtresse la dit plus intelligente que la moyenne… On arrivera, mais ce qui m’embête le plus, c’est de la savoir malheureuse :-(

Anne : dès qu’elle rentre de week-end, promis :-)

Clopine : l’envie de ne pas quitter l’enfance, ce serait plutôt la troisième que ça travaillerait. elle n’a aucune envie d’entre à la grande école…

12. Le mardi 11 avril 2006, 00:58 par Dominique

Je rejoins les autres, je crois qu’il faudrait prendre l’avis d’un orthophoniste.

Les difficultés de lecture et de calcul, cela relève de leur compétence.

13. Le vendredi 14 avril 2006, 11:32 par Vroumette

Inquiète/Inquiet : je me demande si ce n’est pas le mot qui caractérise les parents en général.

J’ai le sentiment que ce soit à l’école, ou encore dans notre société que l’on se doit d’avoir des enfants parfaits, qui réussissent à l’école, qui participent sans être turbulent, qui se tiennent bien, qui s’expriment correctement, qui soient curieux mais pas intrusif, quils soient calins sans être collants.

Pffffffffffffff, oui Garance est « dans la réponse magique », mais qui dit que plus tard son univers féérique ne lui servira pas pour se réaliser dans un job artistique, créatif.

A vouloir des enfants « trop parfaits », l’ainé des zozos développaient des angoisses, clautrophobe, limite agoraphobe, le deuxième a un besoin constant d’être rassuré. Le psy, je suis allée le voir autant pour eux que pour moi. je me suis dit, « y’a sûrement un truc que je fais de traviol, sans m’en rendre compte ». Le psy a mis le doigts dessus, ça m’a aidé. Nous essayons de valoriser chacun de leur trait de personnalité, mais ce n’est pas toujours facile (il faut lutter contre certaines remarques de maitresses en classe, contre la famille qui a pour habitude de comparer les enfants -je hais ça).

Mais pas facile au quotidien « chassez le naturel et il revient au galop ».

Tout l’amour que vous avez pour vos filles est plus important que tout le reste, et s’il y a une chose dont je suis sûre c’est qu’elle n’en manque pas

Désolée pour ce commentaire hyper long.

14. Le dimanche 16 avril 2006, 12:27 par julia

Elle a le temps Garance… J’ai un fils de 16 ans qui rêvait, qui n’aimait pas l’école, qui n’aimait pas être en échec. On s’est battu ensemble, après je me suis battue totue seule, lui avait abandonné. Aujourd’hui il est apprenti plombier, heureux de réussir son travail sur les chantiers. Avant-hier, il a même révisé un contrôle tout seul, sans que personne ne le lui demande ! Il commence à être bien dans sa peau. L’école l’en a toujours empêché parce que c’est unendroit où il faut être dans la norme. Es-tu sûre qu’elle ne peut pas continuer ses apprentissages sans redoubler ?