Les grandes sections de maternelle de l’école prenaient le bus ce matin, pour aller en classe verte. Oh ! pas bien loin, dans les Yvelines… Mais dans un château. Avec un grand parc. Et des animaux… Quatre jours pour apprendre ailleurs, autrement.
Mine de rien, pour elle et nous, c’était la première fois. Elle n’avait jamais voulu nous quitter alors que ses sœurs, au même âge, avait déjà fait de nombreux séjours dans la famille ou chez des amis. Et parfois l’excitation cédait la place à l’appréhension. Elle se réfugiait alors dans mes bras : « Tu vas me manquer quand je serai au château », me chuchotait-elle au creux de l’oreille.
–Mais tu vas aussi bien t’amuser…
Hier soit, avant d’aller au lit, elle est venue me faire un gros câlin puis, elle est allée se coucher sans se retourner. Mais dans la nuit, vers 2 heures du matin, je l’ai sentie se glisser dans mon lit et se réfugier contre moi.
Elle a souvent dormi dans mon lit. Car si elle est de nature joyeuse, elle connaît aussi l’angoisse et les cauchemars. Peut-être plus encore que ses sœurs. Elle se glissait sans un mot dans ma chambre et soit elle se glissait contre moi, soit elle attendait que je me réveille et que je lui fasse une place. Il paraît que ce n’est pas bien. A vrai dire je m’en fous. C’était bien pour elle. Et c’est peut-être ce qui lui donne cette assurance incroyable dans la journée, que n’ont pas ses sœurs que j’ai laissées – contaminée que j’étais par les bouquins d’éducation et les conseils à la con – trop longtemps pleurer dans leur lit. Mon cœur s’en serre encore…
Ces derniers temps, pourtant, elle ne venait presque plus. Elle dormait dans son lit, ou parfois grimpait sur la mezzanine de sa grande sœur. Elle y a plus de place et une présence tout aussi rassurante. La nuit dernière, c’est près de ses parents qu’elle a choisi de revenir. Elle s’est collée à moi et ne s’est pas rendormie de suite. Elle goûtait ma présence. Je le savais, je le sentais. Je sais quand elle dort, ou pas. Le poids de son corps est différent. Alors, je me suis penchée vers elle,et je lui ai glissé à l’oreille notre formule magique secrète à toutes les deux. Elle a fait oui de la tête, s’est retournée et a plongé d’un coup dans le sommeil.
Ce matin, quand je lui ai caressé la joue, en lui disant qu’il était temps de se lever, elle a jailli du lit. Elle était prête. Elle a mangé de bon appétit, s’est habillée tranquillement. Elle a fini de se préparer. Elle a voulu aller réveiller ses sœurs qui se levaient plus tard. Elle était prête, joyeuse, petit lutin espiègle sautillant partout. Dix minutes avant qu’elle ne parte avec son père, elle est venue me faire un câlin, tout doux tout tendre. Et puis quand l’heure est venue, elle a enfilé son Kway, mis son sac à dos, attrapé sa valise et a ouvert la porte en criant : « Alors, Papa, tu viens ? »
Puis elle m’a chuchoté notre formule magique. Je la lui ai dite à mon tour, elle est entrée dans l’ascenseur en riant : « Au revoir maman, au revoir… »
Je me suis précipitée à la fenêtre de ma chambre pour la voir passer en bas dans la rue. Son père portait sa valise. Elle avait un peu froid. Elle m’a envoyé un baiser. Puis quand elle a été plus haut dans la rue, m’a fait un grand geste de la main, mais sans se retourner. Ils ont tourné à l’angle. Elle était partie.
Depuis j’entends sa petite voix cajoleuse et mutine me répéter notre secret : « Je t’aime et t’es belle, cacahouète, caca boudin… »
Mon amour…
1. Le mardi 9 mai 2006, 16:22 par andrem
Hier j’ai pensé à toi. ‘Aliénor et moi avons mis notre déguisement de touristes, lunettes noires et appareils photos chacun le sien, et nous sommes allés manger des huîtres place du tertre.
On nous a même parlé en anglais pour nous traduire la carte. Mais si mais si il est compris dans le prix, le vin blanc.
Hier il y avait deux parisiens place du tertre mais personne ne les a reconnus.
Bon château à Léone.
2. Le mardi 9 mai 2006, 16:40 par Franck
C’est pas beau de répéter un secret ! Mais c’est tellement mignon 
3. Le mardi 9 mai 2006, 17:15 par Anne
Quel bel amour que cette belle Léone !
4. Le mardi 9 mai 2006, 18:14 par luciole
Rire! J’adore!!! Bon chateau à la belle coquine et courage à toi, on sait qu’elle te manque déjà ! ;-))
5. Le mercredi 10 mai 2006, 23:36 par Fauvette
Elle va revenir toute fière de son exploit, et être encore plus caline.
Elle est vraiment mignonne.
6. Le vendredi 12 mai 2006, 11:51 par clopine trouillefou
Le mien, de petit garçon,a participé à un séjour scolaire en classe de mer, un week-end de judo avec couchage sur tatami, une sortie en forêt sous tente avec le centre aéré (la cata totale. La pluie a détruit la tente et le petit copain du matelas d’à côté a fait pipi sous lui. Les mioches ont fini la nuit dans les toilettes) et enfin une colonie de vacances où il est tombé malade.
Et en revenant de la dite-colo, il m’a dit « partir sans vous, plus c’est loin plus c’est dur ».
Plus c’est loin plus c’est dur.
Des fois, les mômes, ils vous font carrément honte de vous-même, non ?
Clopîne
7. Le vendredi 12 mai 2006, 15:03 par akynou/racontars
Clopine : bof. De quoi aurait-on honte. On ne le sait jamais à l’avance que la colo, ce sera la merde… Et quand ce n’est pas le cas, ça leur fait des souvenirs tellement merveilleux.
J’ai vécu, petite, une vraie colo de merde. Mes parents ont décidé qu’ils ne nous enverraient plus jamais en colo. Moyennant quoi, ils nous ont parfois confié à des gens de la famille et ça a été bien pire. Et nous n’avons pas eu les souvenirs de vacances avec les copains. Dans le cas de Léone, les enfants sont logés dans un château, au chaud, on connait le centre depuis des années… y a pire, comme première expérience 
8. Le samedi 13 mai 2006, 04:20 par Mamounia
Jeune, pendant plusieurs années, je passais un mois en colo sur les deux que nous passions en France… Et j’ai toujours adoré!!
Je n’en reviens pas, ton bébé qui est déjà assez grande pour partir loin de sa maman!!!!! Tu nous donneras des nouvelles à son retour :-)))