Voilà, nous sommes vendredi, après demain soir, nous serons fixés, le couperet sera tombé. Il fait un temps indécent sur Paris, un temps qui nous met la tête à l’été, qui nous ferait presque oublier que l’heure est grave. En tout cas préoccupante. J’essaie de me retourner vers ces quelques derniers mois, j’essaie de me rappeler ce que fut cette année et demie de campagne et je me dis qu’il est temps que cela se termine. Comme le taureau dans l’arène. Mais attention ! je ne ploie pas le genoux, mon sens du combat est encore bien là, je ne suis aucunement fataliste et je ne me laisserai pas passer l’épée au fil du corps. Je gage que cette fois-ci, le taureau gagnera et enverra valdinguer le pantin ridicule.

Il y a quelques temps, tout nous semblait si loin encore. Nous ne parlions pas de NS, mais d’Iznogoud. Pourquoi avons-nous cessé de le surnommer ainsi, pourquoi l’avons-nous même laissé passer dans le camp des respectables, de ceux qui méritent un nom. Nicolas Sarkozy, le vizir qui veut être calife à la place du calife et qui est prêt à toutes les bassesses pour ce faire. J’exagère à peine.

Il y a dix-huit mois, j’écrivais beaucoup plus que maintenant, je plaisantais aussi, je m’amusais. Iznogoud, quel beau surnom lui avions-nous trouvé. Aujourd’hui, ma plume est comme anesthésiée. J’ai beaucoup moins d’humour, je n’ai goût à rien, je suis tendue vers ce résultat et l’attente est insupportable parce que les enjeux de taille.

Il y a quelques mois, parce que l’activisme d’Iznogoud dans toutes les sphères de la société (beaucoup de bruit pour rien) m’insupportait, j’adhérais au TSF, le fameux Tout Sauf Sarkozy. Activisme, oui car tous les voyants indiquent que cet homme est plus occupé à augmenter son pouvoir que par la bonne gouvernance de ses concitoyens, plus concentré sur l’assouvissement de son rêve d’enfance que sur un pays qui souffre.

D’abord, il y a eu la suppression de la police de proximité. Et des mois plus tard, après une provocation bien orchestrée, il y a eu le feu dans les banlieues. Au bout de quelques années de ministère, quand des quartiers sont à feu et à sang, oui, on peut stigmatiser l’échec d’une politique. L’insécurité des personne a connu une hausse remarquable ces cinq dernières années. Et les violences sociales n’ont jamais été aussi grandes.

A tous points de vue, les gens sont maltraités, apeurés, terrorisés. Ils s’en prennent plein la gueule dans leur boulot, dans leur chômage, n’ont plus les appuis que représentaient les services publics forts et présents. Même la poste, qui maillait nos campagnes et assurait une présence auprès des personnes isolées est devenu un erzat de société privée. Tous les défauts du public et tous les défaut du privé. Un comble !

Il y a aussi le scandale des expulsions de famille de sans-papiers sur lequel j’ai beaucoup écrit, la remise en cause de la loi de 1905.

Il y a eu Sangatte, aussi. Bien sûr, ce centre pour réfugié n’était pas la panacée. Mais c’était un moindre mal. Insupportable pour le petit s(m)inistre qui a déclaré qu’il allait régler le problème… en fermant le centre. Le problème a-t-il été réglé ? Absolument pas. Les clandestins n’ont pas disparu. C’était à prévoir, ce n’est pas en vidant un bâtiments qu’on élimine les personnes qui vivent dedans. Aujourd’hui, ce sont des dizaines de personnes qui vivent dans des conditions inhumaines, dans les bois, des soins qui ne sont plus donnés, un nombre de déshérités qu’on ne peut même plus mesurer.

Et puis il y a eu aussi le passage à Bercy avec une augmentation de la dette publique conséquente. Personne n’ose en parler tant le bilan est mauvais.

Il y a eu tous ces rapports sur les enfants et l’éducation, le rapport Bénisti, celui sur la délinquance à 3 ans… Croyez-vous que ces textes sont enterrés ? Que nenni, leurs rédacteurs pour la plupart continuent de travailler pour mettre en place une nouvelle politique de l’école. Elle a déjà commencé à se faire sentir grâce à Robien : réseaux d’aide en passe d’êtres supprimés, enfants laissés sans aide avec leurs souffrances, maîtres abandonnés, classes perturbées.

Je le vois bien dans mon quartier… Quand ma fille aînée a été scolarisée à l’école maternelle, il y avait, dans cette école, un maître E et un maître G. Ce sont des enseignants spécialisés qui aident les enfants qui ont des difficultés d’apprentissages, soit à cause de problèmes de cognition, soit à cause de soucis sur la motricité fine (je résume). Avec l’aide de l’assistante sociale et de la psychologue scolaire, ces enfants étaient repérés, aidés, et comme leur difficulté était prise en charge très tôt, ils arrivaient mieux à s’en sortir. Ils pouvaient arriver à l’école primaire dans de meilleures conditions.

Ces enseignants ont été supprimés en maternelle. Pas que les enfants n’ont plus du tout de problèmes. Mais parce qu’on a changé de politique. Maintenant, on n’aide plus, on fiche, on fait des signalements. La nouvelle assistante sociale ne fait plus que ça. Aider les parents à faire des dossiers de demandes d’aides, leur donner des conseils, etc. Vous n’y pensez pas ! C’est bien trop emmerdant. Mais faire des signalements à tire larigot, y compris sur de simple rumeur, c’est beaucoup plus intéressant.

Ces enfants continuent donc de trimballer leurs problèmes. Les enseignants n’en peuvent plus, car ils ne peuvent pas les gérer efficacement, sans laisser tomber les autres. Sur une classe de 26 ou de 28 élèves, un ou deux éléments en difficulté et ce sont tous les gamins qui en souffre. Alors on montre les fautifs du doigt. Qui finissent par intégrer qu’ils sont mauvais. Et en rajoutent.

A l’école primaire, ça ne fait qu’empirer. Une école qui au lieu d’aider se contente de trier, ce n’est pas l’Education nationale dont je rêve.

Ce ne sont que quelques exemples, mais je pourrais en dire autant de la justice, de la santé… Devant ce constat, navrant, d’un pays qui part à vaut l’eau, je ne m’imaginais pas qu’un candidat issu de ce gouvernement pourrais hypnotiser à ce point une population. Malheureusement, en période de crise et de souffrance, souvent ceux qui flattent les plus bas instincts de l’être humain ont toutes les chances de remporter le gros lot.

Donc, pour moi, les choses étaient claires, TSF et qu’importe le candidat qui mènerait le combat, j’étais prête à le suivre jusqu’au bout. Mais les choses ont changé. Non seulement, je soutenais la candidate socialiste parce qu’elle était mon hérault dans la lutte contre Iznogoud, mais en plus, cette candidate là disait des choses qui me parlaient, des choses de bon sens, de bonne gouvernance. Ségolène commençait à me faire rêver. Et je peux vous dire que depuis 1981, je n’en avais plus beaucoup en stock des rêves.

En plus, qu’est-ce que vous voulez, cette nana, elle me ressemble, elle est comme moi. Je ne parle pas du physique. Mais de la manière de conduire sa vie : de l’autorité et de la volonté, oui, de la poigne, bien sûr, de l’indépendance encore mieux. Et puis ce pouvoir de dire : merde ! qui me réjouit sacrément. Eh bien cette liberté, cette indépendance me redonnent le goût de mes 20 ans. Ces qualités tellement françaises sierait bien à mon pays. Je dirais même que la France aurait une classe folle avec cette femme-là à sa tête.

Bien sûr, elle n’est pas parfaite. Bien sûr, sa politique ne fera sans doute pas des miracles, mais elle me fait nettement plus vibrer que ce mec énervé et agressif, qui a fait que notre pays est devenu celui où on ne peut même plus faire venir des médecins chercheurs étrangers pour participer à un colloque. Un agité du bocal dont la politique me fait honte. Elle n’est vraiment pas belle la France quand elle est Sarkozienne !

Alors, dimanche, je voterai Ségolène parce qu’elle le vaut bien. Et je vous engage à faire de même. Parce que nous le valons bien.

PS : Et rapportez moi les deux oreilles du torero, je vous laisserai la queue !

1. Le vendredi 4 mai 2007, 18:04 par jack if

Mille fois raison tu as, cela rejoint une conversation que j ‘ai eu il y a qq jours: le problème qui pète aux yeux avec ce nazillon c’est que l’on voit bien l’incapacité des gens à réfléchir, analyser, décortiquer. 20 ans de tf1 et m6, à gober des choses sans aucun sens, vampirisés par des ppda et chabot et nous voilà avec le fils de le pen en passe de…
Des semaines que je me réveille la nuit cauchemardant de ns: beaucoup plus efficace que le café en tout cas!
Voilà, tous ensemble dans l’angoisse, vivement dimanche soir que ce soit terminé: l’élection et la démocratie peut-être aussi
Bon week-end
jk

2. Le vendredi 4 mai 2007, 19:14 par andrem

Bonsoir Akynou. Il est 18h55. Je viens de lire chez ta soeur Lumière, et aussitôt la grêle pour de vrai là dehors hic et nunc s’est mise à tomber en même temps que ma colère suivait celle d’icelle.

Tu t’accroches aux branches pour ne plus passer des nuits entières dans les arbres. Mais tu sais bien. Comme moi. Le combat ne peut pas s’interrompre si proche du mur. Même si l’envie d’écrire s’estompe, si le plaisir en est perdu.

Je n’en crois pas encore mes yeux, de l’Iznogoud ridicule qui ne suivrait pas la destinée qui est la sienne, s’empêtrer au dernier moment comme celui de la Bande Dessinée. Pilote nous aurait à ce point menti quand nous étions jeune?

Je n’en crois pas encore mes yeux qu’il puisse y avoir à ce point un suicide collectif. Bon, on me dit qu’il ne faut pas dramatiser et que c’est la loi de la démocratie d’accepter la loi de la majorité, on me le dit et je me le répète toutes les dix-huit secondes, j’en ai même fait un commentaire chez Tarquine, au risque d’un retour de bâton dont elle est si friande, mais la colère, Akynou, ma colère, saine ou hystérique, moi qui n’ai même pas l’excuse de mes hormones (bon, mon humour est relou ce soir, d’accord), ma colère, j’en fait quoi dimanche soir?

Tu as une réponse?

La colère, la colère juste, la coléritude, à répéter cent fois dans mon oreiller avant de mourir étouffé par les triomphes odieux. Finalement, l’invention sémantique de notre championne a du bon, elle nous fait respirer quand l’air devient nauséabond.

Je ne relis rien. Je rentre à la maison, je vais regarder PJ et avocat associés, la seule émission regardable ce soir. Et mon travail non fait d’aujourd’hui et de la semaine attendra une autre semaine, laquelle?

Et portant ce sera bouclage le 15. Moi aussi je connais les joies des bouclages, et les joies des deux jours d’avant quand on a rien fait pendant tout le mois dont on disposait.

C’est bien fait, hou le négligent.

Pas négligent, monsieur Iznogoud. En colère, verrouillé de colère, tremblant et blême, mains moites et bave aux lèvres. Le vieux grassouillet dans toute sa ridicule colère impuissante qui, rien n’y fait, s’y croit encore.

3. Le vendredi 4 mai 2007, 21:44 par Marie

Je vous rejoins dans votre appréciation de Ségolène. Pendant la campagne interne j’en ai entendu de toutes les couleurs d’une partie de ma belle famille, fervente pour DSK (lui pour le coup il me fait pas trop rever!).
Ségolène quoi qu’il arrive à déjà gagné. Elle à mis clairement sur la table du PS la différence de vues entre la coopération et la compétition, entre la médiatrice au boulot et à l’écoute et le culte du chef.
C’est sur cela que nous devons nous prononcer.
Il n’est pas sur que la coopération l’emporte, parce que pour beaucoup, la discussion c’est le bordel! on perd un temp fou, on fait des compromis…. tout ca tout ca. Alors que l’obéissance c’est quand même bien plus simple !
Je suis peut-être jeune, ignare, naive mais il y a longtemps que j’attendai du PS qu’il parle de participation , qu’il nous dise que « demain ne se fera pas sans toi ». Parce que oui, le monde idéal dont je rêve, comme dirai l’autre il va falloir « se lever tôt » et « travailler dur » pour le voir naître!
Mais c’est sûr ,on va dans ce sens, et le chantier s’ouvrira lundi peut-être…, ou alors celui d’après ;-)
A tous, a toutes un bon week-end

ps : quand même je suis ravie d’être débordée de boulot tout ce week-end, parce que je commence vraiement à tourner en boucle, vivement qu’on sache la teneur du chantier et la gueule du tôlier…!

4. Le vendredi 4 mai 2007, 22:30 par lorraine

Akynou, je tombe sur ton site par un hasard domestique : mon chéri et moi nous préparions à prendre un bon verre de vin rouge (coteau de Thau) avec choses à croquer en regardant les infos sur Arte (les seules synthétiques et acceptables) quand drame domeestique, mon chéri a renversé son verre sur la moquette beige ! Aussitôt, branle bas de combat contre les taches et internet à la rescousse en complément de nos propres recettes antitaches; donc je tape (texto !) « alcali pour détacher une moquette » et tombe sur ton site…! qui ne m’a rien appris sur le sujet mais qui m’a bien détendue lorsque j’y suis revenue après une heure vingt passée à détacher, éponger, se shooter à l’alcali, se lamenter puis reprendre espoir car demain est un autre jour et s’il n’y avait que des problèmes de taches.. en tout cas Yznogood ne rasera pas gratis après demain – il l’a dit doctement avant hier – et donc il ne détache pas gratis non plus: c’est pourquoi je n’irai pas sur son site pour savoir s’il résoudra mon problème de tache de vin bien qu’il affirme vouloir être
le président de tous les français et prendre à bras le corps leurs problèmes. Mais c’est un pisse-froid qui ne sait pas apprécier un bon verre de vin; je me demande d’ailleurs si son esprit malfaisant ne s’est pas manifesté pour renverser le verre; toutes nos paranos vont pouvoir dès dimanche soir se donner libre cours c’est pourquoi je m’entraîne dès maintenant.
Merci encore pour ton « bal des débutantes »; je lirai le reste plus tard, pour me remonter le moral .

5. Le samedi 5 mai 2007, 11:37 par janu

Ca fait du bien à lire, hein. Quand même, on est beaucoup.

6. Le samedi 5 mai 2007, 11:46 par Akynou

Lorraine, bienvenue par chez moi. LEs chemins de l’alcali sont impénétrables. Quant à Iznogoud, oui, c’est un pisse froid qui ne boit pas et ne lit pas. C’est tout de même le plus triste sire qui puisse être.

Bienvenue aussi Marie. Janu, pui, on est beaucoup. Et il y a encore 30% d’indécis, ce que ne disent pas les sondages…

7. Le samedi 5 mai 2007, 12:42 par Leeloolene

Depuis ce matin j’ai une boule au ventre. Depuis ce matin je me suis rendue compte que nous étions samedi. Que demain soir le verdict sera tombé.
Depuis ce matin je profite de la journée… en me disant que c’est la dernière avant l’horreur qui s’annonce demain.
L’impression d’être impuissante en imaginant que les jeux ‘sont faits’. Mais comme tu le dis il y a encore 30% d’indécis… il faut nous activer, tous, pour que demain nous ne voyons pas un visage masculin apparaître à l’écran.
Mes ptits marins le disent toujours : « tant que la ligne n’est pas passée, rien n’est joué »… espérons, espérons juste très fort…