Le post d’hier, je l’avais d’abord intitulé Retrouvailles. Pas grand-chose à voir me direz-vous avec ce que j’ai fini par raconter. Vous avez raison. Mais je voulais parler de mes deux filles aînées qui sont rentrées vendredi de colonies de vacances… Et puis je me suis laissée emporter. Je recommence donc…
Pour parler de leur retour, il faudrait parler de leur départ. Il y a de cela deux semaines, j’avais rendez-vous avec Garance à la gare de Lyon à 7 heures du matin. Il n’y a pas d’heure pour les braves mais j’ai trouvé celle-ci un tantinet trop matinale. Nous nous sommes levées à 5 h 45. Garance a jailli de son lit, ce qui n’est pas vraiment son style d’habitude. Elle s’est habillée en un temps record, ce qui n’est pas plus une habitude et a déjeuner en un clin d’œil ce qui, quand on la connaît, constitue un exploit… A croire qu’elle est beaucoup plus motivée par les vacances que par l’école !
Bref, nous sommes arrivés en avance au point de rendez-vous. Qui servait de rendez-vous à trois ou quatre autres colonies. Dont une de « scout » juifs. En arrivant, je n’ai vu qu’eux. Je me suis dit que je m’étais trompée d’endroit, puis de colonie. Je me demandais s’ils allaient prendre Garance avec eux… Quand enfin, derrière, au-delà, j’ai aperçu d’autres parents qui avaient l’air tout aussi paumés que moi. Ils attendaient bien le même départ pour le poney-club de la Source.
Nous étions en avance, mais les accompagnateurs étaient en retard. Nous avons attendu un long moment dans l’incertitude quand nous les avons vus arriver avec leurs gilets verts, leurs gapettes… A commencé le long défilé des inscriptions, des dernières recommandations : elle s’enrhume facilement, il est allergique aux piqûres de moustique, mes jumeaux sont de vrais petits diables… Parents inquiets, parents au cœur serré mais n’osant pas le montrer pour que leur progéniture n’en souffre pas.
Garance et moi chantonnions : Boum, quand notre cœur fait boum, qui était une façon de nous dire que nous nous aimons beaucoup. Nous avons conduit les enfants devant la porte du wagon qui allait les emporter vers des aventures palpitantes pendant que nous regagnerions nos bureaux. Nous avons embrassé une dernière fois nos chères têtes blondes brunes ou rousses. Et nous avons attendu derrière la vitre que le train veuille bien enfin partir, vite s’il vous plaît parce que j’ai de plus en plus de mal à me retenir de pleurer…
Garance souriait derrière la vitre. Nous chantions encore « Boum » en dessinant des cœurs sur la vitre… Puis les portes se sont fermées, les yeux de ma mignonne se sont embués, je l’ai vu articuler « Maman… » Et ce foutu train est parti vers son ailleurs…
Moi, évidemment, en larmes. J’ai ramassé mon vrac et je suis rentrée dans ma maison qui dormait encore. Mon épreuve n’était pas finie. J’avais une autre fille à quitter.
Avec Lou, c’est à 13 heures que nous avions rendez-vous à la gare de Lyon. Au même endroit mais au sous-sol. J’avais oublié le papier donnant l’endroit exact à la maison. Heureusement, cette fois là, les accompagnateurs étaient à l’heure et l’un d’eux ratissait l’immense hall pour renseigner les paumés de mon espèce. J’étais rouge d’anxiété, d’énervement et de stress. Lou me regardait un peu étonnée. On a fini par rejoindre les autres parents et enfants. Ce n’était pas la même chanson, j’ai retrouvé des gens que je connaissais, on a papoté, ça a détendu l’atmosphère. Et puis tous ces enfants étaient habitués à partir, toutes ces mères et pères avaient l’habitude de les voir partir. C’était la routine quoi. Nous les avons emmenés jusqu’au train, nous avons chargé les sacs (impossible de tout loger dans les compartiments ad hoc, ça s’empilait sec), puis nous avons fait monter notre progéniture en claquant un gros bec sur leurs joues roses d’excitation.
Il y eut un petit moment d’incertitude sur le quai, chacun cherchant à voir par les fenêtres où était assis son môme. Ça avait l’air d’être la panique à l’intérieur, un peu de n’importe quoi, et puis le train est parti et j’ai eu juste le temps d’apercevoir l’éclat de rire de ma Lou. Interloquée j’étais. Jusqu’à ce jour-là, c’est Garance qui partant en chantant et Lou qui s’éloignait en pleurant. Comme quoi, rien n’est immuable…
L’absence des enfants, c’est quelque chose d’à la fois pesant et d’agréable. Moins de cris, moins de mouvements, moins de chamailleries. Et pour la dernière restée à la maison, des parents pour elle toute seule. Quoi que le premier jour, elle n’arrêtât pas de nous dire qu’elle voulait prendre le train, elle aussi… Pauvre tite bouille. Le soir, pour compenser, on l’a emmenée à tour Eiffel. Elle la voit de la fenêtre de notre appartement, et elle adore regarder ses changements de lumière.
Nous avons donc été au Trocadéro où elle s’en est donnée à cœur joie. C’était une drôle d’ambiance, nous avec notre fillette, au milieu des touristes. Les vendeurs à la sauvette, Indiens avec turbans, Black d’Afrique, essayaient de nous vendre des souvenirs à nous, Parisiens d’ici ou d’ailleurs. Le monde à l’envers, mais du coup beaucoup plus amusant.
Deux semaines ont ainsi passé sans grand chose à faire, juste profiter du calme, des repas à trois. Une petite sortie chez une
amie, un feu d’artifice, une légèreté qui fait que notre camp de base peut se déplacer rapidement sans avoir à faire des plans de campagne… De temps en temps, un paquet en préparation pour les absentes, de temps en temps un regret devant la boîte aux lettres désespérément vide… Et puis aussi, un coup de fil pour bien vérifier que tout allait bien. On tombait sur une Lou qui avait soif de nous raconter tout ce qu’elle faisait et une Garance qu’on sentait heureuse, tranquille, benaise…
Et le vendredi est arrivé. Tadam… L’excitation qui monte au fur et à mesure de la journée. Le Nôm devait aller récupérer Lou qui arrivait vers 16 heures. Et moi je devais être là pour 18 heures et l’arrivée de Garance. J’avais proposé au père d’attendre à la gare (une heure et demie, c’est pas la mer à boire). Il n’était pas emballé par l’idée, même pour voir plus vite son petit ange roux, la chabine de son cœur.
C’est d’ailleurs amusant. J’associe tellement Garance à son père et Lou à moi que je disais toujours que Fritz allait chercher la cadette et moi l’aînée. C’est même ce que j’avais dit au téléphone à cette dernière. Qui ne me voyant pas arriver, ni son père d’ailleurs toujours en retard, s’est mise à pleurer comme une madeleine. C’est la première chose que m’a dite une mère qui avait ses filles dans les mêmes trains que les miennes… Ah le coup d’angoisse ! Je savais bien que Le Nôm avait dû arriver entre temps, qu’il avait récupéré ma grande avec armes et bagages. Mais je ne pouvais m’empêcher de l’imaginer, toute seule, avec un moniteur un tantinet agacé, ruisselante de larmes…
Enfin, le train de Garance est arrivée, nous nous sommes rués à la recherche du bon wagon, une frimousse apparut à une vitre et l’essaim des parents s’est immédiatement collé à la porte à côté. Pendant ce temps, je faisais des grimaces à ma fifille par la fenêtre. Quand il y eut un peu de place, je me suis approché de la porte. Les mères donnaient le nom de leur petit avec une gourmandise non dissimulée. Le moniteur appelait la petite, nom de famille et prénom. L’enfant pointait son nez et était aussitôt happé par des bras avides. Orgie de baisers.
Ce fut mon tour enfin. La monitrice eut un petit sourire. Elle appela : « Garance, vient là ma chérie. » Puis se tournant vers moi : « Ah celle-la, elle est amusante, elle a de la répartie, un vrai numéro, c’est bien ! » Et de coller un gros smac au dit numéro… Ma charmeuse avait encore frappé !
Voilà, nous étions là, à nous embrasser, à nous faire des câlins. Puis j’ai attrapé son sac et nous sommes repartis vers le bout du quai pour… buter dans le Nôm qui finalement avait décidé de rester. Léone et Lou étaient derrière. Nous étions tous réunis. Un vrai bonheur.
Arrivés à la maison, j’ai envoyé les voyageuses au bain, elles avaient eu chaud, elles étaient sales comme des peignes, ce n’était pas du luxe. Au bout de deux minutes, la période de grâce était finie, les chamailleries recommençaient. Je me suis servi un pastis et me suis installée dans le canapé pour les écouter…