Quand nous avons prénétré au sein du CNCS, aucune des filles ne connaissait le nom de Noureev. A voir les photos, elles ont vite compris qu’il s’agissait d’un danseur. Mais c’était bien tout.
Et moi, qu’en savais-je en fait ? Qu’il venait de Russie, d’URSS même, qu’il était un des danseurs les plus fantastiques. Qu’il fut directeur de la troupe de l’Opéra de Paris. Qu’on lui attribuait une vie de débauche et de dépravation. Qu’il était mort du sida. Et à voir certaines de ses photos, qu’il avait un goût certain pour les tentures et les tissus riches, chamarrés… En fait, j’en connaissais plus sur son côté people que sur ce qui le constituait réellement : la danse, la scène.
J’ai passé deux heures à apprendre le danseur rien qu’en regardant les costumes des différents ballets qu’il a dansés, chorégraphiés, créés. Et je suis sortie du musée fascinée. Quant aux filles, elles sont devenues des fans. La jeune femme qui nous a servi de guide y est sans doute pour beaucoup.
Revenons au début. Sur les bords de l’Allier, à Moulins, le quartier Villars fut construit au XVIIIe siècle pour accueillir un régiment de cavalerie. Puis il devint une caserne de gendarmerie. Celle-ci ayant déménagé en 2000, la municipalité décida de tout détruire et de transformer l’endroit en parking. Une association fut montée pour défendre le bâtiment, fort beau, et qui contenait un escalier absolument magnifique. L’association demanda à ce que l’escalier soit classé. Ce qu’elle obtint en 2005. Mais entretemps, la mairie avait tout de même envoyé les démolisseurs et une partie de la façade et de l’escalier avait été détruits. Je ne sais pas qui était le maire de Moulins à cette époque, mais ce n’était pas une flèche.
Heureusement, depuis, l’endroit a été entièrement restauré et a retrouvé de sa superbe. Les scènes nationales, telles l’Opéra de Paris, la Comédie française, la bibliothèque nationale (qui possède un fonds important concernant les arts du spectacle) cherchaient un endroit pour entreposer les costumes dont elles ne savaient plus quoi faire. L’ancienne caserne fut proposée et acceptée.
C’est ainsi qu’avec le partenariat d’une entreprise nationale (encore pour un peu de temps) d’énergie, des bâtiments furent construits pour entreposer des costumes, des décors, des maquettes. Bref, de merveilleux trésors du spectacle vivant. Au total, quelque 8 000 costumes dont les plus anciens datent de la moitié du XVIIIe siècle. Nombreux sont ceux qui sont encore utilisés et qui font la navette entre le CNCS et le les scènes.
Depuis 2006, certaines de ces merveilles sont exposées par thème.
– Au fil des fleurs, scènes de jardin
– Mille et une nuits
– Jean-Paul Gaulthier, Régine Chopinot : le Défilé
– Christian Lacroix
– J’aime les militaires
– Théodore de Bainville
– Bêtes de scène.
Il y a un roulement tous les quatre ou cinq mois, sinon, les objets exposés s’abîmeraient trop.
A l’été 2007, j’avais pu admirer les costumes de scènes créés par Christian Lacroix. Une pure merveille d’exposition. Dans l’auditorium, on pouvait regarder un documentaire sur la création des costumes de La Gaîté parisienne chorégraphié par Baryshnikov. On y découvrait le travail d’orfèvre du grand couturier français. Et c’était émouvant de voir le tutu prendre vie, du dessin de Lacroix aux répétitions, puis s’endormir dans la vitrine du musée.
J’avais prévu d’aller régulièrement à Moulins pour voir les expositions de cet exceptionnel musée. Mais les aléas de la vie en ont décidé autrement. Ma rentrée de vacances fut, cette année-là, mouvementée, comme les deux qui suivirent.
Les filles étaient enchantées de revoir les lieux. C’est Lou qui a réclamé la visite guidée. Et elle a eu raison. J’aurais été bien incapable de leur en dire autant sur le génial Noureev. Sa fondation a passé un accord avec le CNCS. Elle cherchait un endroit pur exposer, entreposer tout les objets en sa possession : costumes, photos, notes, tissus… un trésor inestimable. Et dès l’an prochain, deux salles permanentes seront entièrement consacrées au danseur.
Photo Jean-Pierre Dalbéra
La guide nous accompagne tout au long de la vie de Noureev. De sa naissance à bord d’un transsibérien à sa mort à l’hôpital du Secours perpétuel de Levallois-Perret. Entretemps, on aura tout appris sur la naissance de sa passion pour la danse, à 5 ans, en regardant une représentation du Lac des cygnes, sur son entrée au Kirov à 17 ans, son passage à l’ouest en 1961 et son explosion dans le monde de la danse occidentale.
Difficile d’imaginer qu’une simple expo de pourpoints et de tutus puisse nous en apprendre autant sur la vérité d’un artiste exceptionnel. Il apportait un soin tout particulier à ses
costumes, mais également à ceux de tous ses partenaires. Ce qui lui valu les foudres du Kirov. Il refusait de porter le petit bloomer pudiquement imposé aux danseurs masculins. Nijinsky s’était fait viré pour la même raison.
Il modifia la coupe des pourpoints qu’il portait de façon à ce que rien ne bouge quand il dansait. et Dieu sait qu’il complexifia la danse masculine, la sortant de son rôle de faire-valoir. Le choix des couleurs, des matières avaient également leur signification. On suit la guide de vitrine en vitrine et on se prend à regretter de n’avoir jamais vu aucun ballet de cet incroyable génie.
Nous avons terminé la visite par l’auditorium qui donnait à voir un documentaire où Noureev parlait de lui sur des images de répétitions, de travail à la barre, où l’effort et la difficulté se lisent sur le visage, sur le tremblement d’un muscle. Passionnant.
Garance, bien sûr est subjuguée. Elle aime tant la danse classique – et je n’ai jamais pu l’emmener voir un de ces ballets – qu’elle semble dans son élément. Mais plus surprenant, Lou est époustouflée par les prouesses physiques. Quant à Léone, elle papillonne et rêve à des tutus brodés d’or ou d’argent.
A la librairie, je me ruine : le catalogue de l’expo, celui d’un expo précédente, des cartes postales, des albums et quelques livres à offrir plus tard à Garance. Elle ne le sait évidemment pas. C’est une surprise pour son prochain anniversaire.
Nous quittons la caserne enchantées de notre journée. Et nous nous promettons de revenir régulièrement découvrir de nouvelles expositions, si les trains nous le permettent. En décembre, les ballets russes. Ça va donner !
Le mardi 15 septembre 2009, 16:15 par charlottine
Superbe visite en effet, dont j’essaierai de me rappeler quand je passerai vers Moulins ! Passionnant et tu en parles si bien!


