Il m’est arrivé un truc pas banal la semaine dernière. Je sortais du boulot et j’attendais le bus. Nous étions pas mal nombreux. A 17 heures, vous pensez bien que je n’étais pas la seule à quitter mon bureau. 


Le problème avec les bus, ici, c’est qu’on les attend fort longtemps. Donc, quand on est nombreux, on est encore plus nombreux très rapidement. Et le peu de chances d’obtenir une place assise se fait carrément inexistante.


Il y avait un type devant moi qui n’arrêtait pas de jouer avec son téléphone portable. Il tapait sans arrêt sur le clavier avec son pouce, faisant preuve d’une dextérité que l’on trouve habituellement chez les ados. Le menton dans le col de son blouson en cuir, il lisait et envoyait des SMS à tout vent. C’est en tout cas l’impression qu’il me donnait. J’étais fascinée par sa main, son pouce surtout, qui allait à toute allure d’une touche l’autre.

Un moment, j’ai légèrement levé la tête et je suis tombée sur son visage. Les cheveux court, des lunettes sages, pas de quoi s’en relever la nuit, mais un je ne sais quoi de déjà vu. Du coup, je me suis dit que je devais le connaître. Mais sans me souvenir de qui c’était. J’ai commencé à la dévisager. De façon assez intense. Et plus je le regardais, plus j’avais le sentiment de le connaître, de l’avoir déjà rencontré. Ce n’était évidemment pas un intime, mais ce visage m’était connu, je le savais.

Lui ne s’était même pas rendu compte de ma présence. Inutile de penser qu’il pourrait éventuellement me voir, me reconnaître (puisque moi-même je le connaissais) et me saluer en me donnant suffisamment de détails pour que ma mémoire embrumée fasse enfin le lien. Vous me direz, j’aurais pu aller le saluer, ce serait revenu au même et nous aurait fait gagner du temps.


C’est que je me méfie de moi-même. Il m’est arrivé d’aller saluer un jeune homme charmant, persuadée que j’étais que nous nous connaissions (en plus, je venais de le croiser sur mon lieu de travail) pour me rendre compte, quelques heures plus tard, qu’il s’agissait d’un responsable de syndicat étudiant. Rien ne m’empêche de côtoyer ce genre de personnage. J’en ai même fréquenté d’assez près. Mais là, manque de bol, je ne l’avais jamais vu qu’à la télévision.


Depuis, je vous le dis, je me méfies.

Bref, j’en étais là de mes élucubrations qui avaient au moins le mérite de me faire passer le temps, quand le téléphone de l’inconnu se mit à sonner. Il leva la tête en se tournant vers moi et fit : « Allo, ici Patrice ! » et c’est là que je reconnu Patrice Leconte.

Patrice Leconte, vous vous rendez compte, j’attendais le bus avec Patrice Leconte ! Le réalisateur des Bronzés, et de cette perle du cinéma français qu’est Tandem. Et de cet autre excellent film, Ridicule. J’ai esquissé un sourire béat, genre Bernadette Soubirou apercevant la Vierge dans une grotte de Lourdes et, j’ose à peine le dire, j’ai commencé à faire ma pétasse : que je me recoiffe, que je fais semblant d’avoir un coup de fil super passionnant, intéressant, que je me mets à faire les cent pas…

L’autre ne me regardait même pas tout occupé qu’il était à causer dans son téléphone. Puis je me suis rappelée que je ne m’étais pas lavé les cheveux la veille, que j’avais oublié de me maquiller, que j’étais habillée comme l’as de pique parce que nous faisions des cartons au bureau en vue de notre déménagement. J’ai piqué un fard. Je devais être plus rouge qu’une pivoine. Bref, j’étais tout sauf glamour. Misère. C’est bien ma veine. Je tombe sur un de mes réalisateurs préférés le jour même ou je suis en crasseuse.

Je me suis mise à raser les murs qu’il n’y avait pas à l’arrêt de bus de toute façon. et j’ai essayé de me faire toute petite, ce qui reste passablement difficile avec mon 1,75 mètres et mes … kilos.

Je n’osais plus regarder Patrice. Autour de moi les gens étaient totalement indifférents. Avais-je été la seule à le reconnaître ?

Une voiture a freiné devant l’arrêt du bus. L’un des hommes a bord a ouvert la fenêtre pour crier d’une voix de stentor : « Eh ! Durand, tu viens ? » Tout le monde se regardait pour savoir qui pouvait bien être ce Durand. Et Patrice Leconte, mon Patrice Leconte à moi, leur a fait de grands signes et qui les a rejoints tout guilleret. Je suis passée du rouge au vert. La voiture a redémarré aussi sec.

Mon bus est arrivé à peine deux minutes plus tard. J’ai réussi à me dégoter une place assise. Et le nez contre la vitre, j’ai repassé toute la scène. Et j’ai commencé à préparer ce que j’allais raconter aux copines : « J’ai rencontré Patrice Leconte à l’arrêt de bus…
– Patrice qui ?
– Mais tu sais, Leconte, le réalisateur des Bronzés…
– Il est encore vivant ?
– Mais enfin Martine, bien sûr qu’il est vivant. 
– Et alors, il s’est passé quoi ?
– Eh bien il m’a vue et il m’a sourit. Et puis ensuite il m’a dit bonjour.
– Et toi, qu’est ce que tu as fait…
– Je lui ai dit bonjour, bien sûr…
– Et alors ?
– Et alors rien, une voiture est passé le prendre et il est parti.
– Wow, trop dommage.
– Oui, mais j’ai appris un truc. Tu ne vas pas me croire :Patrice Leconte s’appelle en fait Patrice Durand. Je vais appeler la direction de Voici pour voir s’ils m’achètent le scoop. Et puis attend, j’ai pris une photo avec mon téléphone portable. Je vais la leur envoyer.

attente

Ceci est ma participation au diptyque d’Akynou, quatrième session de la quatrième session. L’histoire de la photo de Bladsurb.

Le lundi 13 octobre 2008, 23:03 par samantdi

Evidemment, je me suis faite avoir comme une bleue…

Mais si les copains l’appellent « Durand » est-ce que c’est bien Leconte ? C’est un vrai roman policier.

Et que faisait-il dans la ville de T. ?

2. Le mardi 14 octobre 2008, 00:19 par gilda

Durand c’est sans doute par jeu de discrétion. J’ai connu une amie qu’en public on appelait d’un nom ou prénom quelconque et passe-partout exprès. Et un autre, mais ça n’amusait que lui j’ai l’impression, qui appelait systématiquement ceux de son entourage qui « faisaient célèbre » par le nom d’une autre célébrité. En l’occurrence il aurait sans doute dit Chéreau. C’est alors comme la double négation dans une phrase, personne ne comprenant plus rien, les gens qui se disaient « Mais celui-là je sais qui c’est … », du coup laissaient tomber et l’autre avait la paix.

PS : Je ne l’aurais sans doute pas reconnu, moi, ni même eu ce sentiment de déjà-vu.

3. Le mardi 14 octobre 2008, 00:20 par gilda

PS : et c’est parfais pour la photo de bladsurb, mais quelle est la silhouette qui te l’a rappelé ?

4. Le mardi 14 octobre 2008, 00:20 par gilda

pardon, parfait.

5. Le mardi 14 octobre 2008, 00:46 par karmara

Trop de la balle. Je me suis fait eue dans les grandes largeurs. En plus, j’avais lu sa bio il y a qqs années, et il me semble bien qu’il est né à Tours ou qu’il y a vécu. (Pourquoi y’a pas moyen d’envoyer un commentaire sans le prévisualiser ?)

6. Le mardi 14 octobre 2008, 01:13 par Lyjazz

Je me suis bien amusée !
Impression que c’était le premier gars à gauche en blouson noir qui t’a fait penser à Patrice Leconte.
Mais à voir cette photo, et sa date de naissance : http://fr.wikipedia.org/wiki/Patric…
c’était un Leconte jeune LOL
Effectivement il a passé son enfance à Tours.

Suis encore admirative de tout ce que vous (toi et les autres participants) a évoqué cette photo !

7. Le mardi 14 octobre 2008, 10:46 par akynou

Karmara, pour la prévisualisation, c’est comme ça pour Dotclear deux. Il semble que ce soit une des armes pour éviter les spam. Et ça m’a l’air assez efficace puisque je n’ai rien eu depuis que j’y suis passée, sous Dotclear 2.

Gilda : c’est le personnage au premier plan qui m’y a fait penser. En fait, cette personne me rappelait quelqu’un depuis que j’ai vu cette photo, mais impossible de me souvenir qui. J’ai passé des centaines de visages dans ma tête et c’est celui de Leconte qui s’en appropchait le plus (après vérification sur des tas de sites, pas que Wikipédia)
Après l’histoire est venue toute seule. Maintenant, savoir (dans l’histoire s’entend) si c’est le bon Leconte, ça… chacun se fait son idée. Moi même…

Je ne savais pas du tout que ce réalisateur avait un quelconque lien avec la ville où je vis maintenant :-) C’est la cerise sur le gâteau :-)

8. Le mardi 14 octobre 2008, 10:48 par Pablo

C’est sûr que c’était Leconte. Sans doute, Leconte et Durand ont échangé leurs vies après leur rencontre dans un train et c’est maintenant Durand qui tourne les films de Leconte (et Leconte qui prend les bus de Durand ; t’as bien fait de ne pas t’avoir adressé à lui, il aurait tout nié).

9. Le mardi 14 octobre 2008, 17:48 par Kimanier

A la lecture de ton récit, je n’étais pas loin de piquer un fard en même temps que ta « nènète »!
On dirait du vécu….c’est très troublant!
J’ai beaucoup aimé!

10. Le mardi 14 octobre 2008, 20:01 par Anna

C’est drôle, moi, arrivée au passage sur le taper de SMS, j’ai pensé au Zydent. Bien contente que ça n’ait pas été lui !

11. Le mardi 14 octobre 2008, 22:54 par akynou

Bon, les gens, nous ne sommes que mardi mais je suis totalement débordée. Je n’ai absolument pas le temps de mettre les textes de tout le monde en ligne ni de poster la cinquième session. Alors je pense que le plus sage pour moi est de tout reporter au week-end prochain. Parce que sans ça, je vais « péter une durite ».
Désolée.

Anna, c’est qui Zydent ?

12. Le mardi 14 octobre 2008, 23:25 par Lyjazz

Et bien si ça va mieux pour toi la semaine prochaine, on va attendre :-)

C’est toi qui a initié le jeu, tu fais les règles x-)

13. Le mercredi 15 octobre 2008, 06:21 par Pablo

Après longue réflexion ( = google) je crois que Zydent vient du polonais « prezydent » (« zy » comme dans « sarkophage »). Mais c’est aussi un dentifrice. LOL

(On apprend des choses aux arrêts de bus ! : j’ignorais aussi ce qu’était une durite, mais maintenant je sais que « la durit(e) a une durée de vie limitée : au-delà de dix ans la fiabilité et la tenue en pression risquent d’être compromises » ;-) )

14. Le mercredi 15 octobre 2008, 18:46 par Anna

Akynou : excuse-moi, c’est ce qui me vient tout seul sous le clavier pour parler de Sarkozy(prési)dent. Et prends ton temps pour le diptyque, le but étant de s’amuser, pas de se rajouter de la pression !