Après un mois d’août contrasté, entre cocooning et « trainite » aiguë, le mois de septembre a fini par arriver.
Jusqu’ici, j’avais du mal à me sentir chez moi. Nous avions tellement bougé ces derniers temps, investi tant de lieux différents, que nous ne faisions pas vraiment la différence..

Cela ne nous a pas empêché de défaire les cartons à une vitesse supersonique, de placer les meubles, d’essayer des trucs. Mais l’appartement, indéniablement, a encore un côté camping. C’est dû au manque de meubles, bien sûr : les filles dorment sur leurs matelas tout neuf en attendant que j’ai les moyens d’acheter des lits ; dans la chambre des petites, ça manque de rangements. Il y a encore des cartons à gauche à droite. Mais j’ai l’impression que c’est dans l’esprit que l’installation n’est pas encore faite.

Nous sommes sorties tous les jours, essentiellement en vélo. Au début, comme Lou n’en avait pas, elle allait en roller. Nous faisions une drôle d’équipée. Nous avons commencé par le tour du pâté de maison. C’est comme cela que je me suis rendue compte que Garance, pour changer, n’avait pas du tout confiance en elle. Et qu’elle avait peur. Elle freinait avec les pieds. Je me suis fâché. Lou lui a redressé ses freins. Elle a fini par corriger le tir. Dès qu’elle a été un peu plus sûre, nous sommes parties à l’assaut du centre ville : la gare, l’office du tourisme, les rues piétonnes, la cathédrale, etc. 

La rentrée se profilait. Et je ne pouvais pas jouer l’autruche en faisant comme si de rien n’était. J’avais la liste des fournitures scolaires de Lou à acheter, le Frigo à remplir, mais pas de voiture. Et pas vraiment envie de déranger les copines pour m’emmener à Carroufle. Alors j’ai regardé le plan de la ville, mis mon casque, enfourné mon vélo, et hop ! A la chasse. C’est ce que je disais aux filles quand je partais faire des courses : je vais à la chasse…

Et là, franchement, je n’étais pas loin de la réalité. Avant de passer aux denrées destinées à remplir nos estomacs, j’ai fait le plein au rayon « Rentrée des classes ». La foire d’empoigne. Des mères hagardes, liste en main, lançaient des incantations étranges : « Cahier grand carreau 24×32 96 pages ; cahier grand carreau 24×32 150 pages, cahier grand carreau 24×32 200 pages, règle plate, 30 centimètre, crayons hb, stylo bleu, vert, rouge, noir (et pourquoi pas violet ou carmin pendant qu’on y est), feuilles blanches perforées, grands carreaux double, feuilles blanches perforées grands carreaux simple, Casio Fx 92… »  

C’est devant les effaceurs que j’ai pris mon premier coup de coude. En cherchant les classeurs, je me suis fait écrabouiller les pieds, et j’ai manqué de me faire énucléer quand je me suis saisi du « compas avec porte crayon ».

J’ai fini par sortir du rayon, un peu mâchée, mais triomphante. J’avais rempli ma mission. J’avais tout le matériel demandé. Et c’est d’un pas tranquille que j’ai été retrouver les ménagères normales, celles qui achètent de la viande, du lait, des yaourts, du beurre, du fromage… (Cela dit, la prochaine fois, j’envoie miss Croft à ma place, elle sera bien mieux armée.)

Après une heure de dur labeur, je me suis présentée à la caisse livraison (vous ne vous imaginez tout de même pas que je vais ramener cela dans mes sacoches de vélo). Une jeune femme munie de trois cahiers et d’un paquet de cartouches d’encre a voulu me griller la politesse. Je lui ai fait les gros yeux en lui montrant le panneau « réservé aux livraisons ». Comme elle faisait semblant de ne pas comprendre, je lui ai demandé si elle voulait être livrée chez elle ou directement au collège de son môme. Elle m’a regardé d’un air bizarre et s’est éclipsée. Allez une de moins.

Les petits vieux devant, ce n’était pas la peine, ils avaient déjà vidé les trois quarts de leur charriot sur la caisse. Je n’avais plus qu’à prendre mon mal en patience…

J’ai vidé à mon tour mon charriot sur le tapis roulant. Il n’y avait plus une centimètres de libre sur la caisse et mes courses étaient loin d’être déballées. Les petits vieux ont payé. La caissière s’est emparé de mon premier produit. Et là, coupure de courant. Trois secondes, pas plus. Mais les caisses étaient toutes HS. Le livreur est parti aux nouvelles. Quand il est revenu, il a dit à la caissière qu’il y en avait au moins pour une heure, que tout le système informatif était en rade, qu’il n’y avait personne pour dépanner, que c’était la déroute, la Bérézina, l’Exode, bref, la cata. Tout en nuances ce petit…

Manque de pot pour lui, il était suivi de près par la cheftaine des caisses qui les a remis en action les unes après les autres. Sauf la mienne. Nous avons à peine eu le temps de le réaliser, la caissière et moi, qu’elle est repartie dans l’autre sens accrochée à son portable. Et moi ??? Pourquoi moi ???

Le petit livreur continuait de ramener sa fraise. Pour couronner le tout, un type costard cravate a doublé toute la file avec la ferme et visible intention de faire passer ses trois articles avant les miens. Il ne m’avait pas regardée. J’ai commencé par lui dire que de toute façon, cela ne rimait à rien, puisque notre caisse, contrairement aux autres, ne fonctionnait pas. Comme il faisait semblant de ne pas comprendre et qu’il s’incrustait, je fus plus claire sur mes intention : il ne passera pas, les caisses pour moins de dix articles, ce n’est pas fait pour les chiens. « Vous voulez dire que quoi qu’il arrive, vous ne me laisserez pas passer ? » m’interrogea-t-il avec componction, mais néanmoins une certaine clairvoyance ? Exactement ! Vous avez tout compris. Il m’a alors tourné le dos, vexé comme un pou et, dans une tentative pitoyable de perfidie, me lâcha : « J’espère que vous prendrez le temps de mourir ! » « Ne vous en faites pas pour moi, je ne suis pas pressée. Les caisses pour les paniers, c’est de l’autre côté… »

Non mais ho ! La chasse est une activité sérieuse. On ne va pas se laisser bouffer par le premier petit mâle venu.

Là dessus, la caissière s’est tout de même décidée a appelé sa cheftaine (qui est affreusement mal aimable), la caisse s’est débloquée et j’ai pu payer une note longue comme un jour sans pain (et particulièrement salée).

Je suis rentrée assez fière de moi. Vous me direz qu’il n’y a pas vraiment de quoi. Pourtant, j’aimerais bien pouvoir me passer de voiture le plus longtemps possible, prouver que la vie, ici, avec ses pieds, son vélo et les bus, c’est possible.

Futures maisons potentielles
Dans ma maison

Le samedi 6 septembre 2008, 13:42 par Laurelin

J’aime beaucoup la photo « après ».
Et finalement, tu as pu être livrée de ton gros chariot de course ?

2. Le samedi 6 septembre 2008, 15:11 par saperli

incroyable ce que les gens peuvent être sympas et polis ! Je te félicite de ne pas avoir calée, non mais !

3. Le samedi 6 septembre 2008, 18:20 par Moukmouk

Drole de portrait, je ne m’imagine pas quelqu’un ici tentant de couper une ligne ( il doit bien en avoir qui tentent le coup). La photo est bien chouette, un nid pour tes (grandes) poussinettes.

4. Le dimanche 7 septembre 2008, 00:41 par jeanne

:-/ 8-O y-) x-) -?) Même avec mon « car-bus-transport scolaire » je livre nan?! :-o

5. Le dimanche 7 septembre 2008, 14:32 par akynou

Laurelin : mais oui
Saperli : je ne cale jamais dans ces cas-là. Sauf une fois : un couple m’était passé devant parce que soi-disant la madame était enceinte. La grossesse était subliminale. J’ai laissé passé même si j’avais de gros doutes. Mais quand j’ai vu les deux charriots, j’ai trouvé qu’ils exagéraient.

Moukmouk : c’est un sport national en France. Les gens te bousculent pour te passer devant. Et si tu n’es pas un brin attentif, tu attends pendant trois heures parce que tout le monde te grille la politesse. J’ai énormément de mal à faire comprendre à Léone que ça ne se fait pas, par exemple, parce qu’elle voit tout le monde en faire autant. Et que son père le lui a appris.

6. Le lundi 8 septembre 2008, 11:48 par Anne

J’ai ri tellement j’aurais pu dire la même chose que toi en de telles circonstances. Parfois je me dis que nos enfants seront bien démunis à côté de ceux qui n’ont jamais appris le respect des règles de vie en commun, mais tant pis, j’y crois encore (et à l’exemple, encore plus !)

7. Le vendredi 12 septembre 2008, 21:22 par caro

nan mais moi j’aurais dû t’avertir que les courses en province c’est jamais sans ton harpon et ta gibecière… te voilà arrivée dans le monde sans pitié de la superette de sous prefecture, celle où faut du muscle, du culot, de la répartie…