Seashel m’envoie un SMS me demandant de lui faire signe dès que je me réveille. On est samedi. Mais comme nous sommes en vacances, nous n’avons ni heure ni nécessité. J’émerge donc assez tard, vers 10 heures. Je lui fais csigne et elle m’appelle pour aller pique niquer sur une plage, après Porticcio, sur laquelle nous rejoindra Laurence et sa famille, qui seront en bateau. Nous fêrerons ainsi nos anniversaires respectifs.
Vu l’heure, nous préparons un petit déjeuner grand déjeuner. Puis une tarte aux pommes. Nous prenons la voiture pour descendre à Porticcio, rejoindre Seachel et nous nous dirigeons vers la plage choisie. C’est dans une crique sympa, juste après la plage d’argent. Il y a un peu de vent, pas beaucoup de monde. Nous nous installons, bientôt rejoint par la bande à Laurence. Ça tombe bien, tout le monde a un creux, nous sortons les gâteaux et les partageons. Puis nous nous donnons nos cadeaux. Je reçois de la part de Seachel un disque de Sean Kuti, le fils de Fela et un des frère de Femi. Je vais me régaler en voiture. J’en avais entendu des extraits à la radio et le petit à l’air prometteur.
Je reçois des deux copines un très joli collier avec un œil de Sainte Lucie, ces opercule de coquillage marqués s’une spirale. Je le porte tout de suite. Seashel met à ses oreilles les boucles que lui a fabriquées Lou et au cou le collier en ivoire végétal que nous lui avons choisi la veille. Il est orange. Ça tombe bien, elle est justement vêtue de cette couleur aujourd’hui.
A. nous rejoint avec ses enfants. On est bien, là sur la plage à papoter. Garance est partie dans les rochers avec une épuisette qu’elle a trouvée. Elle capture de petits poissons et des coquillages qu’elle vient me montrer avec fierté. La nature la passionne toujours autant. Une fois que nous nous sommes tous exclamés devant sa pêche, qu’elle a artistiquement agencé dans un seau, et que j’ai pris la photo, elle va remettre le tout dans l’eau.
A. collectionne les gens qui peuvent lui dire un poème, n’importe quel poème. Elle nous demande donc si nous en connaissons un, si nous sommes capables de le lui réciter. J’en connais de nombreux. Mais celui qui me vient spontanément à l’esprit est un texte de Charles Cros. Je ne sais pas si ça s’appelle Le Mur ou Le Hareng saur. Je l’ai appris en CM1 et m’en souviens toujours.
D’autant que je le dis souvent aux petites, comme une histoire. Elles adorent. A. me demande si je peux le lui réciter, comme cela, devant son Camescope. Mais pourquoi pas, je ne suis pas du genre à me dégonfler. D’autant que je trouve l’idée intéressante. Je ne peux guère la réutiliser sur un blog. En effet, il est facile d’aller chercher le vrai texte et de le copier-coller. Alors que, face caméra, on ne peut pas tricher. On sait le poème, ou on ne le sais pas.
J’escamote cependant la dernière strophe, qui tombe en forme de conclusion, ce dont ne pâtit ni l’histoire ni le sens. Mais ce dernier paragraphe, je ne m’en souviens jamais correctement. Avec les filles, je l’improvise une fois sur deux.
En fait, ça donne ça
Il était un grand mur blanc – nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle – haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur – sec, sec, sec.
Il vient, tenant dans ses mains – sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou – pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle – gros, gros, gros.
Il monte à l’échelle – haute, haute, haute,
Planta le clou pointu – toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur nu – nu, nu, nu.
Il laisse aller le marteau – qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle – longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur – sec, sec, sec.
Il redescend de l’échelle – haute, haute, haute,
L’emporte avec le marteau – lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s’en va ailleurs – loin, loin, loin.
Et, depuis, le hareng saur – sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle – longue, longue, longue,
Très lentement se balance – toujours, toujours, toujours.
J’ai composé cette histoire – simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens – graves, graves, graves,
Et amuser les enfants – petits, petits, petits.
A 17 heures, branle bas de combat. Nous allons voir une exposition d’artistes et d’artisans dans un ancien pénitencier. Il paraît que le lieu à lui seul mérite d’être vu. Heureusement. Mais pour le moment, nous suivons la route bordée d’eucalyptus et l’air sent diablement bon. Nous sommes là, toutes vitres baissées, le nez en l’air, à humer à plein poumon. Il ne faut pourtant pas que j’en oublie la route qui déroule ses lacets interminables et bien serrés. Nous arrivons sur une grande air de stationnement, sur laquelle se dresse un immense bâtiment. Un des plus grands vestiges de ce pénitencier qui ouvrit ses portes sous le second empire. Il paraît que l’air, infesté de moustique, était à l’époque si malsain, que 80 % des forçats y mouraient comme les mouches.
Nous pénétrons à l’intérieur. C’est moins grand que ça n’en a l’air, tout en pierres nues, grises, noires par endroit. La voute type roman est très haute. Ça a de la gueule.
On n’en dira pas autant de ce qui est exposé. La laideur rivalise avec le n’importe quoi. Des ouvrages de dame, des enluminures, des peintures du dimanche, voire de jours fériés. Quelques créations valent pourtant le coup d’œil, dont des bois flottés. Mais là, c’est le coup de bambou. Je me vois mal dépenser 300 euros pour quatre bouts de bois ramassés sur la plage.
Comment, je n’ai aucun sens de la poésie ? Je connais la poésie de mon porte-monnaie et ça me suffit. Je m’attarde devant le stand d’une créatrice de bijoux : même Lou fait mieux. Et je ne dis pas cela parce que c’est ma fille.
Nous décidons d’aller faire un tour « au barrage ». Nous empruntons un chemin bordé d’arbre et de fleurs. Il fait bon. Nous ne sentons pas le vent. Nous entrons dans la forêt et le chemin se transforme en sentier. Au bout de dix minutes, nous arrivons devant le fameux barrage. Un immense mur de pierre qui semble barrer la route.
Mais le sentier continue sur la droite, escarpé, il grimpe parmi les racines et les roches. Nous débouchons sur une retenue d’eau, une réserve enserrées dans ses murs de pierre. L’endroit est paisible, calme, frais. Des oignons sauvages poussent un peu partout. Les eucalyptus se mirent dans l’eau du lac. Et on a une vue magnifique sur le golfe d’Ajaccio et sur l’Isolella.
Nous nous asseyons un instant pour profiter du calme de l’endroit et de sa beauté. Enfin, du calme, c’est vite dit. Les enfants rivalisent d’idées ingénieuses pour faire des bêtises. Seashel et moi nous relayons pour leur dire d’arrêter ci ou de ne pas faire ça. Lassant…
Nous faisons le tour du lac. Puis redescendons vers la civilisation. Léone se casse la figure et se fait assez mal. Elle pleure. Nous la consolons. Puis Garance, qui a des problèmes de chaussures, traîne derrière. Je l’attends. Les autres sont loin devant.
Nous reprenons les voitures et nous repartons chacune chez nous avec notre progéniture respective. Nous arrivons à temps à la dernière boulangerie avant le village pour acheter du pain. Il ne me reste quasiment plus de liquide. Il va falloir que je trouve aussi un distributeur. Nous prenons la route qui mène à la maison. Au détour d’un virage, une aire de stationnement. Nous nous y arrêtons pour y admirer le coucher de soleil sur le golfe de Sagone. Il est magnifique une fois de plus, bien qu’il soit un peu noyé dans les brumes du soir. Puis nous reprenons notre chemin pour arriver, enfin.
Je me lance dans un vrai dîner malgré l’heure tardive. Même en vacances, on ne peut pas grignoter tout le temps. Les filles sont bloquées devant la télé et râlent quand il faut, enfin, passer à table. En fait, j’aime bien les soirées sans télé.
Le lundi 14 juillet 2008, 12:24 par caro
Il est trop bien ce poème :-)))
je le relis tout en ecoutant un air d’hydromel dans mon verre, dehors il pleut, il fait 14°à grenoble et la voisine en profite pour scier bruyamment quelque chose alors je ferme les fenêtres et relis Charles Cros,
je me dis qu’après une journée pareille, riche en parfum d’eucalyptus qui vous ouvrent les poumons, en choix délicat de coquillages sur la plage, en art môderne consternant, en couchers de soleils enivrants, y’en a qui doivent avoir vachement sommeil, couru que le lendemain, tout ce petit monde se lève bien tard !
dis donc, l’amie A, a-t-elle mis
sa ptite video de Charles Cros-dit-par-toi quelque part sur un blog ?
2. Le lundi 14 juillet 2008, 13:32 par Akynou
Ben non, pour le poème, je ne crois pas. Elle ne savait pas encore ce qu’elle allait en faire. Et je ne crois pas qu’elle ai un blog
Cela dit, moi en train de dire ça échouée sur la plage comme une baleine, je ne sais pas si ça a un intérêt quelconque 
3. Le jeudi 17 juillet 2008, 13:50 par alixire
Mais si, mais si, les baleines échouées font toujours la une des journaux. Alors si en plus elles disent un poème (qui me ravie le coeur à le relire, je l’avais oublié) c’est au moins la Une de Paris Match, non? 
Bref, dis-lui de la mettre sur Youtub, très envie d’entendre ce poème après l’avoir relue.
Merci 
Bisous Bella
4. Le jeudi 17 juillet 2008, 15:30 par akynou
Je suis pas sûre qu’elle accepte un quelconque contact avec moi depuis une certaine note publiée et dépubliée… Bref, non, je ne lui demanderai pas. A la limite, je demanderai un de ces quatre à Lou de me filmer le disant, mais ça sera pas sur une plage corse. Ou alors dans longtemps… 



