Alice n’aime pas Alice. Enfin, ce n’est pas vraiment qu’elle ne l’aime pas. Elle s’en méfie.

Les deux travaillent dans le même bureau depuis déjà quelques années. Elles portent le même prénom, ont approximativement le même âge. Mais elles ne se ressemblent pas. Du tout.

La première est brut de décoffrage. Plutôt grande gueule. Elle bosse beaucoup, vite, bien, se prend la tête et se démène sans compter pour les autres. Parce que ça l’arrange aussi. Elle n’est pas du genre à monter au créneau juste pour défendre ses propres intérêts. D’ailleurs, elle les vend très mal. Alors elle fait un tout, englobe ses angoisses avec celles des autres. Là, elle est beaucoup plus efficace.

L’autre est côteleuse. Elle tisse sa toile. Au début, elle était tout en mièvrerie avec la première. On cause, on prend un pot ensemble, on déjeune de concert. Et puis un jour, terminé. Froideur, vacheries, mise à distance. Regard dédaigneux derrière les lunettes… Mesquineries en colliers et jalousie non digérée.

La première fois, Alice 1 en fut presque choquée. Elle en avait vu d’autres. Mais celle-ci, elle ne l’avait pas vraiment vu venir… L’autre lui faisait des misères, des messes basses, exécutait la danse des sept voiles au près de ses collègues pour mieux la dézinguer.

Depuis, Alice 1 reste prudemment distante. Bonjour, bonsoir, on reste poli, sans plus.

L’autre continue de tisser sa toile. Avec toutefois moins de bonheur qu’au début. Elle en a refroidi plus d’un, qui ne se laisse plus prendre au jeu.

Au début de l’été, Alice 2 est redevenue aimable avec Alice 1, qui la regardait venir en se disant : « Chante, beau merle… » Elle est restée soigneusement à distance. L’autre lui adressait la parole, des sourires, redevenait une collègue comme les autres. « Mais de quoi a-t-elle besoin ? »

Alice1 ne le saura pas. Cela fait quelques jours déjà qu’elle sent comme un silence autour d’elle. Alice 2 est de nouveau sur le sentier de l’animosité, y entraîne les autres. Coups de griffes systématiques, même sur les choses les plus anodines.

Alice1 en ressent un peu d’amertume, oh pas beaucoup, juste de quoi teinter de gris une journée pourtant bien commencée. Mais elle se fait une raison, la guerre est déclarée. Bien sûr, elle peut jouer les héros solitaires. C’est d’ailleurs ce qu’elle fera. Rien à foutre, je n’ai pas besoin de vous pour vivre.

Mais ça la fatigue aussi. Elle aimerait bien un pu peu de tranquillité.

C’est de sa faute aussi. Outre leur prénom, les deux Alice partagent une même ambition. Mais l’une a quelques chances de l’obtenir…

1. Le jeudi 27 septembre 2007, 21:08 par Franck

Ça me rappelle une collègue de boulot qui, pendant plus de quinze ans, a joué la bonne copine avec moi et qui par derrière n’a pas arrêté de me descendre en utilisant ce que je lui racontais ! Depuis 6 mois, c’est bonjour, au revoir et c’est tout.

2. Le jeudi 27 septembre 2007, 21:27 par Akynou

Oui, je crois que des histoires comme ça, on en a tous vécues. C’est un parfait racontars au sens Jon Rielien du mot :-)

3. Le jeudi 27 septembre 2007, 23:45 par PMB

Heu… Alice II, ça serait pas la dame anti-XV° siècle ?

4. Le vendredi 28 septembre 2007, 07:30 par Akynou

ménon ménon. Sérieusement, il ne m’arrive pas tout ce que j’écris :-)

5. Le vendredi 28 septembre 2007, 09:14 par Anne

Je l’aime beaucoup ton racontar du jour. Il est très « moderne », on y retrouve tous les ingrédients de la vie de bureau.

Dommage qu’Alice II ne passe pas par la déchiqueteuse à papiers à la fin, mais c’est un détail ! :-D

6. Le vendredi 28 septembre 2007, 10:56 par Claude

Du temps où j’étais prof, ça arrivait aussi ;)
Ce ne sont pas des choses que je regrette !