Jeudi 16 février.

La fierté de Garance

Aujourd’hui, j’avais dans l’idée d’emmener les filles découvrir de nouvelles cascades. Mais il pleut comme ça ne se peut pas. Mon idée semble tomber à l’eau. Il faut que je trouve autre chose. Tiens, et si nous allions visiter l’aquarium du Gosier ? Nous serions à l’abri. En sortant, nous aviserons.

L’idée plaît immédiatement aux filles. Elles ont toujours adoré visiter ce genre d’endroit. Nous prenons la route de la Marina du Gosier, j’ai une idée approximative de l’endroit où il se trouve. Et puis cela doit être fléché. Je ne me suis pas trompée, ni sur sa localisation ni sur le fléchage. Je gare la voiture tout près de la porte d’entrée et je fais bien car nous sommes à peine dehors qu’il se remet à pleuvoir. Nous courons, passons la grille et entrons enfin dans le bâtiment qui ne m’a pas l’air bien grand.

La visite ne sera effectivement pas très longue. Pourtant, l’entré n’est pas donnée : 7 euros pour moi, 4,50 pour chacune des filles pour une dizaine de bassins tout au plus. Ils sont cependant très bien agencés. On n’y voit que la faune sous-marine locale – mais il est vrai qu’elle est fort riche – et un peu de flore. Au-dessus de chaque bassin, les noms des poissons. Le hic, c’est que les panneaux sont beaucoup trop hauts, surtout pour les enfants, souvent écrit noir sur bleu et pas ou peu éclairés. Savoir ce qui est écrit dessus relève dès lors plus de la divination que de l’exercice de lecture. On ne voit même pas correctement les photos des poissons. Dommage, car quand j’arrive à lire c’est souvent très intéressant.

Il y a deux bassins avec une multitude d’hippocampes, ils sont nés dans l’aquarium et sont de toutes les tailles. C’est très amusant de voir les tout petits. Les filles essaient de les compter. En pure perte. Nous admirons balistes, poissons scorpions, diodons, anges, rémusas, etc. Lou observe une carangue lune qui semble aussi intéressée qu’elle par ce qui se passe de l’autre côté de la vitre. Elles pourraient presque se frotter le nez.

Dans le dernier bassin nage nonchalamment une raie. Elle fait le tour de l’aquarium puis se pose sur ses deux compagnons de cellule, des requins dormeurs, autrement appelés vache de mer. Pour dire qu’ils sont inoffensifs. J’aime la voir nager, c’est tellement beau. Grâce, calme, je resterais des heures à la regarder évoluer. Mais… Mais Léone a envie de faire pipi et un peintre est en train de travailler. L’odeur nous prend à la gorge. Nous sortons et passons dans la boutique. J’y prends quelques cartes postales, un paréo pour Léone (qui est folle de joie) et un livre sur les poissons car j’en ai un peu marre de ne pas connaître leurs noms.

Garance est immédiatement fascinée par mon bouquin, elle veut absolument le lire. Enfin, le lire… D’accord, ma chérie, je te le prêterai quand nous serons rentrée à Paris. En payant mes achats, j’avise des briquets décoré un œil de Sainte-Lucie. Je demande leur provenance. Evidemment pas de Guadeloupe, mais de Corse. L’internationalisation des souvenirs me tue. Je dis à la vendeuse que je me posais la question car justement, des yeux de Sainte-Lucie, j’en ai trouvé cette année en Guadeloupe, sur la plage de Port-Louis notamment. Elle est surprise. Elle n’en a jamais vu, ne sait même pas ce que c’est…

Nous sortons. Il ne pleut plus, mais cela ne fait pas longtemps et le temps reste maussade. Les filles me tannent pour que je les amène faire de l’accrobranche. Depuis qu’elles y ont goûté dans les Alpes avec mon amie Caroline, elles ne rêvent que de recommencer. Il y a deux sites possibles, le premier sur la route des mamelles, pas trop loin, et l’autre vers Saint-Claude ; c’est-à-dire tout à fait au sud de la Basse-Terre. Il y a une soixantaine de kilomètres à faire.De toute façon, pour les cascades, c’est mort. Il a trop plu. Autant les amener faire quelque chose qui leur plaît. Je choisis Mangofil, l’accrobranche de Basse-Terre, parce qu’il y a un parcours pour les petits qui a l’air bien fait.

Au fur et à mesure que nous descendons, il fait de plus en plus chaud et de plus en plus beau. Le vent souffle très fort. J’espère que ce ne sera pas un handicap. J’explique à Lou qu’au début, quand je venais, la nationale n’existait pas et que c’était une vraie galère pour rallier Basse-Terre de Pointe-à-Pitre. Surtout au retour. La nationale n’est d’ailleurs pas tout à fait terminée, mais chaque fois que nous venons, nous contournons une ville supplémentaire. Cette année, c’est Capesterre-Belle-Eaux et c’est un plus appréciable.

Malheureusement, nous ne passons plus non plus par la superbe allée Dumanoir et ses immenses palmiers royaux. Nous ne faisons que la voir de loin. Par contre, nous traversons toujours le petit bourg de Bananier où la rivière du même nom se jette dans la mer. On aperçoit quelques barques de pêcheurs à gauche, et à droite, à flanc de montagne, la plantation de bananes dont les régimes sont protégés des oiseaux par des sacs-poubelle bleus.

A la hauteur de Trois-Rivières, nous admirons l’archipel des Saintes. Nous passons Gourbeyre, quittons la nationale en direction de Choisy.Nous sommes presque arrivées. Nous y voilà. Les filles sont mortes d’impatience. Je les fais se changer car les jupettes, de mises pour l’aquarium ne le sont plus du tout ici. Nous arrivons à l’accueil de Mangofil et je reconnais immédiatement l’homme qui nous reçoit. Il s’agit de Bruno, une guide de canyonning avec lequel j’avais fait un petit reportage quand la discipline se lançait dans l’île. Il a ouvert de nombreuses voies dans le parc national.

Malheureusement, l’an passé, le parc national a interdit l’activité en son sein.Il reste des parcours bien sûr, mais moins intéressants. Alors Bruno s’est reconverti avec cet espace accrobranche et des randonnées en quad, nettement moins écologiques.

Il est l’heure de déjeuner. Bruno m’indique le restaurant avec lequel le site est associé. Il existe un forfait parcours+repas de 24 euros. Ce n’est pas donné mais en fait, si on compte qu’un parcours enfant coûte 15 euros et qu’un repas moyen d’un enfant au restaurant revient à 10 euros, c’est tout à fait raisonnable. D’autant que Bruno me fait une fleur en ne comptant à Lou qu’un parcours enfant alors qu’il est évident que vu sa taille et son niveau elle va faire le parcours adulte.

Nous partons déjeuner, le restaurant est dans un ensemble qui comprend une chocolaterie et une fabrique de café. Visiblement, il attire une clientèle de jeunes cadres ou de fonctionnaires. C’est visiblement une ancienne habitation, entièrement restaurée, avec goût. L’endroit est plaisant et bien venté, on ne sent pas du tout la chaleur.

Par contre, le service est très long. Le repas des enfants, simple (des spaghettis et de la viande hachée), est délicieux. Visiblement, ce n’est pas de la viande congelée et même Lou se régale. Je choisis le menu, 22 euros, qui comprend une salade de papaye et poulet boucané et une daurade au riz et lentille. Le serveur y ajoutera d’autorité un moelleux au chocolat (pour une chocolaterie, c’est assez prévisible) que je n’avais pas demandé, qui me sera facturée en sus, mais qui, je l’avoue, était délicieux.

Pour finir, un excellent café, digne des meilleurs italiens. Si si, un vrai régal. Si je ne bois quasiment jamais de café c’est que je ne supporte pas la médiocrité.

Il nous a encore fallu attendre un long moment l’addition. Puis le garçon est venu nous dire qu’en fait, elle nous attendait à l’accueil. Mais à l’accueil, c’est nous qui avons dû l’attendre encore un moment.

Les filles piétinaient d’impatience. Enfin, elles ont pu rejoindre l’objet de tous leurs désirs. Lors de la petite initiation – histoire de voir comment les filles maîtrisent les fondamentaux – j’ai été impressionnée par la tyrolienne. En fait, non, j’ai été impressionnée par la façon dont Léone maîtrise la tyrolienne. Comme si elle en avait toujours fait. Puis, nous nous sommes dirigés vers les parcours. Les deux petites avec moi vers Mangokid, Lou et un guide vers Mangofil. Lou, aux anges, bien sûr.

Les deux parcours sont situés en pleins champs. Le parcours adulte passe bien au-dessus de quelques arbres, mais toutes les installations ont été fabriquées, montées à partir de plate-forme de bois. On passe à côté ou au-dessus de vaches qui n’en ont rien, mais alors rien à faire. C’est tout juste si elles vous jettent un regard. N’est pas train qui veut…

Le Mangokid est vraiment bien conçu car il présente quelques petites difficultés, mais à très peu de hauteur. Les mômes peuvent ainsi se concentrer sur les exercices sans avoir à dominer leur peur du vide (quand ils l’ont) et les parents peuvent aider quand cela est nécessaire.

En tout cas, les deux miennes s’emploient avec célérité : et que je clippe le mousqueton, et que je détache le second, et que je le clippe à son tour, et que j’avance. Les doigts dans le nez. La première tyrolienne, elles s’élancent dans un style parfait et me passent sous le nez à telle allure que je n’ai même pas le temps de prendre une photo. Elles feront le parcours deux fois, la seconde avec Lou qui a bouclé le sien en un temps record et nous a rejointes en quad… conduit par le guide, bien sûr.

Elles sont super heureuses. Le temps est magnifique. Le vent souffle toujours très fort, mais nous le sentons à peine. Par contre, au-dessus de nous, la Soufrière est toute décoiffée, plus aucun nuage ne couvre son chef. C’est si rare que je ne me lasse pas de regarder. Cela aurait été une belle journée pour grimper là-haut, mais ça, nous l’avons déjà fait la dernière fois. Et avec la pluie qui est tombée, cela doit être extrêmement glissant. Mais c’est si beau, ces couleurs sursaturées.

Nous remontons vers l’accueil. Nous attendons la Roche. C’est une espèce de tour d’escalade d’environ 5 mètres de haut. La nouvelle attraction du lieu. Celui qui monte tout là-haut et sonne la cloche en ayant suivi les indications du guide gagne un tee-shirt.

Et les filles ont toutes les trois envie de le gagner. Lou est la seule qui a des chances. Garance et Léone y croient pourtant. Elles sont attachées et commencent à grimper. En fait, Léone monte assez haut, mais à un peu plus de 2 mètres, elle commence à avoir le vertige. Et, surtout, elle est trop petite pour arriver à atteindre les prises suivantes. Du coup, elle fatigue et finit par descendre.

Garance a le même genre de problème, peur du vide arrivée à un certain point, fatigue. Mais Lou est déjà haut et bientôt, elle sonne la cloche. Garance repart à l’attaque. Puis elle s’affole et redescend. Le guide lui conseille de se reposer et de se relever. Je remonte vers l’accueil avec Léone qui est crevée et qui meurt de soif. Il fait très chaud. Garance m’a suivie pour boire. Elle s’assoit un moment, le visage fermé.

Puis elle redescend vers la roche. Elle veut y arriver. Elle m’a déjà fait le coup. Quand elle a fait le parcours d’accrobranche dans les Alpes, elle était morte de trouille. Au point de s’arrêter, tétanisée par la peur. Mais à chaque fois elle est repartie, avec son mental d’acier. « Quand même ! ».

Escalade
Escalade
Escalade

Je reste à la buvette. J’ai peur de trop interférer, l’influencer au mauvais moment : lui dire de continuer quand elle veut arrêter ou l’inverse.

J’observe les deux grandes. Lou fait plusieurs nouvelles tentatives, mais elle est maintenant fatiguée et n’arrive plus à rien. Garance l’observe puis se relance toute seule. A 2,5 mètres, elle se bloque. Mais elle est têtue comme une bourrique et s’agrippe à la roche. Elle veut continuer, elle veut son tee-shirt.

Lou me dira plus tard qu’elle n’arrêtait pas de dire : « J’y arriverai, j’y arriverai… » Elle repart avec les conseils de Lou et ceux du guide. Elle gagne 1 mètre. Elle ne sait plus par où passer ni ce qu’elle doit faire. Elle pleure, elle crie. Elle hurle même. « Non !non ! » Le guide monte à sa hauteur pour la conseiller. Elle reprend confiance. Mais il fait un faux mouvement et tombe. J’ai peur qu’elle se désespère mais non, elle trouve une voie et gagne encore du terrain. La cloche n’est plus qu’à 1 mètre. Si proche. Mais elle se tétanise.

Je n’en peux plus. Elle me fait de la peine et en même temps, je suis fière d’elle, de sa ténacité. Le guide est de nouveau près d’elle et la guide. Elle grimpe encore un peu. Il lui attrape la main et la tire vers lui et d’un coup, ça y est, elle touche la cloche et la fait sonner, sonner… Enfin !

Nous hurlons tous : « Bravo ! Bravo ! » Le hic, c’est qu’elle doit redescendre. Et là franchement, c’est au-dessus de ses forces. Elle réfléchit plus, hurle qu’elle va tomber, qu’elle a peur. Autant la montée, elle était tendue vers son objectif, autant maintenant elle est paralysée par le vertige.
Le guide, pour l’aider, doit descendre et remonter par une autre voie. Cela prend du temps, beaucoup de temps. J’en pleure de la voir paniquée là-haut. Elle ne risque absolument rien, mais elle ne sait pas. Enfin, le guide arrive. Il la prend dans ses bras et ils descendent tous les deux.

Lou et Garance remontent vers l’accueil. Garance a son petit visage sérieux. Je la prends dans mes bras et lui murmure que je suis très fière d’elle. « Moi aussi, je suis fière de moi. » Les deux moniteurs établissent des diplômes Mangofil aux trois filles. Mais Léone pleure car elle n’a pas réussi à monter jusqu’à la cloche et à la sonner. Elle n’aura pas de tee-shirt. C’est sans compter sans sa maman qui, une fois dans la boutique lui en achète un. Ainsi que du café d’ailleurs, mais cela, c’est pour l’absent…

Nous regagnons la voiture. Je sors le reste du goûter : yaourts, coca, petits biscuits… Nous partons vers la maison. La route est longue d’autant que c’est l’heure de retours après le travail. Aux Abymes, je me trompe de chemin et nous faisons un long détour pour arriver enfin chez mes beaux-parents. Je suis bien contente que la journée prenne fin.

Je fais dîner les filles, les douche et les envoie se coucher. Aucun problème d’endormissement. Pour moi non plus d’ailleurs… Demain, nous restons à la maison. Repos !

Comme d’habitude, si vous voulez voir les photos en plus grand, rendez-vous sur l’album photo

1. Le lundi 20 mars 2006, 00:42 par Franck

Et bien pour une journée, c’était une belle journée. Jolies aventures et belles photos :-)

2. Le lundi 20 mars 2006, 01:07 par aude dite Orium

A lire l’aventure de Garance j’en ai eu les larmes aux yeux. oui, je sais je suis comme ça. Elle est merveilleuse de courage et de ténacité, c’est vraiment bouleversant. je craque!

3. Le lundi 20 mars 2006, 09:44 par Leeloolene

Comme Aude, j’avais les larmes aux yeux en lisant les aventures de Garance… mais la connaissant je savais bien qu’elle irait tout en haut :) !!
Bravo ! Moi aussi je suis fière d’elle et de sa tenacité !!

4. Le lundi 20 mars 2006, 10:14 par Anne

OUh la ! Je préfère la première partie du programme à la seconde, résolument !

Et Garance m’impressionne…

5. Le lundi 20 mars 2006, 10:35 par luciole

Ben vi, elle nous met les larmes aux yeux cette petite!! Quel courage! J’aime beaucoup sa petite phrase  » moi aussi je suis fière de moi »… Elle peut être fière d’elle en effet. Nous le sommes tous! Des bises à toute la smala!!!!

6. Le lundi 20 mars 2006, 11:34 par andrem

Pour une leçon c’est une leçon et je ne sais plus où me cacher.
J’ai le vertige dès que je monte sur un tabouret et je n’ai jamais réussi à aller plus haut.
Alors, chapeau, la Garance.

7. Le lundi 20 mars 2006, 14:12 par Mamounia

Alors là, moi aussi je suis impressionnée!!!! Je n’ai jamais réussi à escalader plus que 5 pieds de haut et j’en ai toujours accusé ma petite taille, mais là, je viens de perdre mon excuse!! Et dans l’improbabilité où j’aurais réussi à me rendre en haut, aieaieaie, j’en aurais pleuré un coup moi aussi pour qu’un guide vienne me rechercher dans ses bras, surtout s’il était mignon lolll

Bravo championne!

8. Le lundi 20 mars 2006, 17:11 par clopine trouillefou

S’il n’y a pas grand’chose de pire qu’une soirée diapos sur des vacances de 8 jours au club med’ de Marrakesh, y’a guère rien de mieux que les souvenirs illustrés des vacances d’Akynou et de ses vaillantes filles en Guadeloupe. Tout y est, même le suspense (Garance arrivera-t-elle à dépasser sa peur ? Sa maman arrivera-t-elle à ne PAS intervenir ? ) … Quant à la salade de papaye et au poulet boucané, je préfère carrément ne pas en parler, parce que ça va m’éviter de me faire du mal pour rien !

(au fait, Akynou, ce dimanche midi sur France Cul, émission « comment le goûtez-vous ? », cuisine antillaise au menu. Tu peux écouter d’après ton ordinateur. Ca laisse sur les lèvres le goût du piment écrasé dans le court-bouillon où cuit le poisson-chat, et dans l’air l’odeur de la vanille !

Aïiiie, je le savais, j’aurais pas dû…j’ai mal…)

Clopine

9. Le lundi 20 mars 2006, 21:36 par Moukmouk

Bravo! bravo à Garance c’est la plus meilleure du monde entier.

10. Le lundi 20 mars 2006, 21:40 par Akynou/racontars

Merci à tous. Je lui lirai les commentaires. Ça lui fera plaisir… D’autant qu’avec le retour de l’école, il y a eu le retour du chagrin d’y aller…

11. Le mardi 21 mars 2006, 16:14 par Vroumette

Félicitations à Garance, c’est une vraie victoire que de vaincre sa peur. C’est une championne !