Elle était entrée dans la petite échoppe du vieil indien qui vend des cigarettes de l’autre côté de la route à l’endroit précis où commence la réserve juste en face du « diner » de banlieue où elle travaillait comme serveuse et c’est là qu’elle l’avait rencontré…
…Je refermais le livre avec un soupir. Je l’avais trouvé sur la table de nuit de ma grand-mère. Princesse indienne, collection Arlequin. Je m’en étais saisi avec curiosité. Cela faisais des années que je n’en avais pas lu. Depuis mes 20 ans, au moins. A l’époque, nous en parcourions les pages, mes sœurs et moi, et nous nous laissions aller à tous les commentaires qui nous passaient par la tête. C’était plutôt saignant. Pourtant les héroïnes avaient notre âge, si leurs rêves nous amusaient, étaient-ils si loin des nôtres ? Avoir du travail, rencontrer un homme, fonder une famille. Des choses simples finalement.
La différence résidait surtout dans les couples. Dans chaque livre, l’héroïne rencontrait un homme d’un niveau social supérieur au sien, qu’elle le sache ou non d’ailleurs (il ne fallait pas que la lectrice puisse penser que le personnage pouvait être intéressée). Leurs relations, d’abord orageuses, tournaient assez vite à la romance pour finir par la naissance d’un grand amour. Ça nous énervait, ça. Nous savions bien, nous, que les barrières sociales sont encore bien plus dures à franchir que les raciales, que les princes charmants n’existent pas et, qu’à tous le moins, ils n’épousent pas les bergères.
Je reposais le livre sur la table de chevet. Je n’avais pas vraiment envie de savoir qui cette jeune femme avait rencontré, ni même comment elle s’appelait. Mon humeur n’était pas à l’eau de rose. Mamie venait de partir pour la maison de retraite et il fallait que je mette un peu d’ordre dans toutes ses affaires avant que les déménageurs ne viennent. J’en avais pour des heures et des heures.
Plus tard, bien plus tard, je suis entrée dans la petite échoppe du vieil épicier tunisien, de l’autre côté de la rue, à l’endroit précis où commence la zone, juste en face de la librairie dans laquelle je travaillais. Et c’est là que je l’avais rencontré…
Ce texte est ma participation au billet en sablier J-6 (avant la fin des blogs) initié par Kozlika.
Le mardi 27 décembre 2005, 22:48 par Zub
Sacré coïncidence!!!
Dans la saison précédente du sablier, je m’étais déjà servi de la littérature. Il fallait bien changer un peu…