Il en a toujours été ainsi avec elle.

Elle a parlé beaucoup plus tard que ses sœurs. Elle baragouinait des mots incompréhensibles. Elle nous tenait pourtant de longs discours. Bien plus longs que ceux qu’elle nous tiendrait par la suite. On sentait bien une pensée construite, des phrases rythmées avec sujet, verbe, complément, incise, respiration. Mais nous ne comprenions rien. Rien de rien. Elle parlait le garance et elle était la seule à saisir ce qu’elle disait.
Et puis d’un coup, c’est devenu clair. Et en quelques semaines, elle avait rejoint le niveau des autres qui avait mis, eux, des mois à l’atteindre.

L’an passé, en CP, l’apprentissage de la lecture n’a pas été simple. Quand ses petits camarades ont déchiffré seuls leurs premiers mots, elle restait malheureuse devant le mystère des lettres. Pourtant, nous sentions qu’elle avait toutes les bases nécessaires, mieux, qu’elle les avait comprises et intégrées. Mais non, les lettres restaient pour elle des hiéroglyphes indéchiffrables. Et puis un jour, elle a lu sans faiblir ses premières phrases. Puis son premier livre. Et à la fin de l’année, elle lisait aussi bien que tous les autres. Voire, même, un peu mieux.

Cela fait des mois que ses meilleurs amis font du vélo sans petites roues. Cela fait des mois que nous avons enlevé celles de sa bicyclette. A 6 ans et demi, puis à 7 ans, il est raisonnable de penser savoir faire du vélo. Nous trouvions un coin de rue peu fréquenté, un bout de cour légèrement en pente, ça aide. Mais rien. Elle n’arrivait pas à coordonner ses gestes pour partir à l’aventure sur deux roues.

Pourtant, lors des cours de danse orientale, elle avait des mouvements à effectuer bien plus compliqués. Semaine après semaine, week-end après week-end, je regardait mon petit oiseau dépité ne pas y arriver, et je me disais qu si cela continuait ainsi, la petite dernière saurait en faire avant elle. Nous laissions tomber le vélo. Trop douloureux, pour elle.

Pourtant, il y a quelques jours, elle m’a réclamé sa bécane. Elle insistait. Samedi, nous sommes donc descendues dans le local à vélo, nous avons pris sa bicyclette rose. Nous sommes allées dans la rue. Elle a enfourché sa monture. Et elle est partie, comme ça, toute seule à la poursuite de sa sœur.

Depuis samedi, Paris compte une cycliste de plus.

1. Le lundi 19 décembre 2005, 12:29 par Nounou

Ta fille est un papillon, se construisant lentement mais sûrement dans sa chrysalide…
Bises

2. Le lundi 19 décembre 2005, 14:34 par Anne

Ah la tendre Garance, la résolue Garance, ça va bien avec son nom, une couleur vive et décidée !

3. Le lundi 19 décembre 2005, 15:51 par Leeloolene

Félicitations à Garance !!
Elle a fière allure au loin avec son beau vélo rose et son casque rouge.
Bravo à elle.

4. Le lundi 19 décembre 2005, 16:18 par luciole

J’ai des frissons, on sent tout l’amour que tu as pour elle, merveilleuse garance, dis lui bien que je pense à elle et que je lui fais des gros bisous!

5. Le lundi 19 décembre 2005, 17:09 par Labosonic

Reste plus qu’à lui apprendre à pas prendre les sens interdits dans le mauvais sens …

6. Le lundi 19 décembre 2005, 17:16 par samantdi

Bravo Garance ! En avant vers de nouvelles aventures!

7. Le lundi 19 décembre 2005, 17:50 par akynou/racontars

Labosonic, tu es un fin observateur :-)

8. Le mardi 20 décembre 2005, 00:51 par Odile

Moi, j’ai un garance-au-masculin.
Il m’a appris a attendre. A l’attendre.
Il me fait m’arracher les cheveux.
Et puis un beau jour, il m’epate completement.

9. Le mercredi 21 décembre 2005, 11:25 par andrem

C’est peut-être un beau sens interdit. Mais c’est aussi une belle solarisation.

Et face au danger, en plus.