Véronique traversa la place en courant. Il était midi moins cinq et elle voulait absolument acheter du pain pour le déjeuner. C’est qu’un repas sans quelques tranches de ce délice, ce n’était pas la même chose…

Véronique était une amoureuse du pain en général et celui de cette boulangerie en particulier. Elle avait une préférence pour le campagne, avec du levain. Mais elle ne dédaignait pas la baguette. Certains jours de fête, pour son petits déjeuner, elle descendait volontiers à la boutique pour acheter une ficelle bien fraîche et un croissant croustillant. Cependant, pour les repas, le pain de campagne n’avait pas son pareil.

Véronique salivait en imaginant le contact de la croûte encore un peu tiède au creux de sa main. Du croquant sous la dent et puis de la sensation de douceur fondante de la mie. Quel bonheur, quel bonheur d’avoir une aussi bonne boulangerie dans son village…

Véronique poussa la porte avec entrain et, répondant aux clochettes du carillon qui saluait son arrivée, elle lança un joyeux « Bonjour Mme Sergi », avant de se rendre compte qu’elle était seule dans le magasin. Ce n’était guère habituel. Bon, se dit-elle, au moins suis-je arrivée avant la fermeture. Elle fut tout à fait rassurée quand elle aperçu deux belles miches de pain dans le présentoir. Elle aurait de quoi agrémenter le déjeuner.

En attendant la boulangère, elle fit le tour de la boutique. Elle admira les bocaux de bonbons, très beaux, très tentant, mais prudemment hors de portée des petites mains. Son œil passa, presque indifférent sur les pâtisseries, elle n’était pas trop gourmandes de ces sucreries et, franchement, ce n’était pas ce que M. Sergi réalisait de mieux. Elle revint vers le comptoir. Elle résista à la tentation de saisir un petite boule de pain de noix. Elle en était friande. Le pain aux lardons et olives n’était pas mal non plus il faut bien avouer. Mais ce que Véronique appréciait par dessus tout, c’était la fougasse, juste sortie du four, encore chaude et fondante dans la bouche. Un délice presque sensuel. Oui, c’est cela, sensuel…

Elle soupira. Elle commençait à avoir faim et se demanda, enfin, si Mme Sergi avait bien entendu son arrivée. Elle se dirigea vers la porte, l’ouvrit et la referma histoire de faire résonner le carillon et lança à nouveau : « Bonjour Mme Sergi. » Mais celui-ci était moins joyeux, plus impatient. Elle recommença le tour de la petite boutique. Un endroit moderne, sobre, presque élégant. C’est que le couple de boulangers, s’ils avaient gardé leur façade quasi en état (et pour cause, son côté rustique attirait indéniablement le chaland parisien en goguette), avait refait tout l’intérieur. La boutique marchait bien et les tournées du frère de la patronne se révélaient fructueuses. Elles leur assurait la clientèle des retraités, nombreuses dans la région. Notamment celle des veuves auxquelles la prestance du jeune homme laissait des regards rêveurs.

Bon, mais qu’est-ce qu’elle fait soupira, Véronique. « Madame Sergi, vous êtes là ? » Toujours pas de réponse. Véronique se sentit mal à l’aise. C’était bien la première fois que cela arrivait depuis que les Sergi avaient repris la boulangerie. Un couple jeune, dans la force de l’âge, très travailleurs. On peut dire qu’ils n’avaient pas ménager leurs forces. Mais le résultat était là : leur pain était apprécié de toute la région et la boutique ne désemplissait pas. C’est bien pourquoi Véronique trouvait la situation pour le moins bizarre.

N’y tenant plus, elle fit le tour du comptoir, et souleva le rideau qui séparait la boutique du reste de la maison. Elle vit un long couloir sombre et, tout au fond, une porte à demi-fermée, d’où jaillissais de la lumière. « Mme Sergi ? » s’enquit-elle d’une voix plus chevrotante qu’elle n’aurait voulu. Toujours pas de réponse. Elle avança dans le couloir, jusqu’à la porte éclairée, s’arrêta devant, hésitant encore. Puis se décida à ouvrir.

Le spectacle qu’elle découvrit alors la laissa stupéfaite…

Ceci est ma participation au diptyque 7, l’histoire de la photo de Lorent (qui a hélas disparu).

1. Le samedi 3 décembre 2005, 00:35 par Anitta

Eh, t’as pas le droit de faire ça…!!! C’est interdit. Où est le règlement du Dyp-ty-que (chais pu comment ça s’écrit) ? A qui faut-il écrire pour se plaindre ?

2. Le samedi 3 décembre 2005, 09:15 par Bladsurb

Je sais !
Elle découvre un énorme tas de pinces à linge !
Ou alors, Barbarella, vétu de deux gants noirs, jouant des chants traditionnels du Népal sur un accordéon rance, pour un Wallace visiblement de très bonne humeur, bronzé comme en plein été.
Euh, je m’égare, peut-être ?

3. Le dimanche 4 décembre 2005, 01:36 par luciole

Rire!!! On aura droit à une suite? Est ce qu’elle ne trouverai pas l’araignée chanelle par hasard dans cette arrière boutique? Fou rires! Excellent!!!

4. Le dimanche 4 décembre 2005, 12:24 par Akynou/racontars

Anitta : la règle, c’est moi ;-)
Bladsurb : Egarée ? Non ! Un peu mélangée, mais sans plus :-)
Luciole : C’est une idée :-)

5. Le lundi 5 décembre 2005, 16:51 par Traou

Moi, chuis comme Anitta, j’vais m’plaindre aux responsables !! Farpaitement !!! Ah zut, c’est toi….