Ce matin, rien. La glande. Nous nous sommes mis du vernis à ongle sur les ongles des orteils. Enfin, les filles de la famille. Le Nôm ayant gentiment décliné notre invitation à en faire autant. Puis, pendant que Garance finissait un de ses devoirs, les autres se sont lancées dans l’activité carte postale. Moi de même.
Puis déjeuner.
Puis départ en voiture. Le but de la promenade, le site de Filitosa. Bien que le guide indiquât que la route par la côte – très belle – était en très mauvais état et pleine de virages, j’ai décidé de l’emprunter. Je ne me suis arrêté qu’au mot « belle ». Nous avons longé la plage d’Agosta, dépassé la presqu’île d’Isolella, suivi la plage de Ruppione, puis celle de Verghia où nous avions été nous baigner quelques jours auparavant. Puis nous avons grimpé dans les montagnes, ne voyant plus la côte que de loin. Ce qui n’était pas si mal car, avec du recul, la mer n’en était que plus belle.
Des virages, ça, nous en avons vu. Jusqu’à l’écœurement. Heureusement, Lou s’était assoupie et n’a donc pas été malade. A un moment, nous avons pu admirer d’un côté le golfe d’Ajaccio, de l’autre celui de Valinco. Magnifique. Mais aucun endroit correct pour s’arrêter et prendre une photo. L’or des genêts dégringolait jusqu’au bleu de la mer, sur le bord de la route, une multitude de fleurs – qui me sont totalement inconnues sauf peut-être quelques églantines du plus beau rose – embaumaient. On aurait voulu rester là, malgré la route, malgré la chaleur…
Un peu plus loin, j’ai eu une pensée pour le préfet Bonnet. Pas émue, non. Je me fous du préfet Bonnet. Mais nous sommes passé devant un gigantesque panneau indiquant la paillotte Chez Francis, eh oui, celle-la même à laquelle des gendarmes avaient mis le feu sur les ordres du fameux préfet. Une de ses conneries dont la petite histoire de France a le secret, comme celle du Rainbow Warrior.
Malgré la concentration exigée par la route, j’arrivais à m’en mettre plein les mirettes. C’est frustrant tout de même. Quand je ne conduis pas, je profite du paysage, mais je n’ose pas demander au conducteur de s’arrêter pour que je prenne des photos. Quand je conduis, je m’arrête quand je veux, et quand je peux. Mais je loupe la moitié du paysage parce que j’ai l’œil rivé sur la route. Les quelques fois où j’ai essayé de jouer les touristes, j’ai fait de telles embardées que cela m’a guérie à tout jamais.
Au bout d’une heure environ, nous sommes arrivés dans une vallée, très large dont le paysage était fort différent de celui que nous connaissions jusqu’à présent. Des prairies vertes, presque plates et des routes en lignes droites, ouiiiiiiii. Un brai bonheur sur… à peine 1 kilomètre. Ensuite, les virages ont repris. Nous n’étions cependant pas à la montagne, mais à la campagne. La vallée du Taravo, un fleuve qui débouche sur la mer dans ce coin-là. Le site de Filitosa était indiqué à chaque carrefour, je pensais bien que nous nous rapprochions, mais il n’y avait aucune indication kilométrique, rare d’ailleurs sur les panneaux corses.
En parlant des panneaux d’ailleurs, depuis que nous avions quitté Porticcio, j’avais remarqué que la plupart des noms des villages en français étaient effacés, certains même étaient criblés de plombs. Il ne restait que les noms corses. Pourquoi pas. La seule chose c’est que je trouve un tantinet ridicule d’aller fusiller un mot français sur un panneau. Pour moi, ça ne peut être l’œuvre que de gamins, je ne peux m’imaginer un adulte en train de perdre son temps à faire ça.
Au détour d’un village, comme par miracle, nous nous sommes retrouvés au cœur de Filitosa. Chouette, ont dit les filles qui en avaient marre de la voiture, sauf Léone qui, elle, aurait préféré continuer à dormir. Je n’arrive jamais à les avoir toutes les trois d’accord en même temps. Je me suis supportée pendant une bonne partie de la balade une gamine renfrognée, grincheuse, fatiguée, râleuse, bref, pénible. Il faut dire que les trois en ce moment, c’est quelque chose. Toujours une qui trouve à redire. Jamais contente. Toujours une qui geint, pleurniche, râle… Il a fallu que je me fâche plusieurs fois. Je me demande si ce n’est pas encore plus fatigant que la route.
Filitosa donc. Mais pourquoi donc aller dans ce petit village ? Parce que figurez-vous que c’est le principal site préhistorique de la Corse. Ce à quoi Lou ajoute : « On aurait dû venir en Corse l’an passé quand on faisait la préhistoire à l’école. » Parce qu’en plus il faudrait que je cale les vacances sur leur programme scolaire… Et puis quoi encore.
Bref, Filitosa. Ce lieu fut occupé au VIe millénaire avant notre ère (ça ne date donc pas d’hier) jusqu’à l’époque romaine. Comme dit le guide, « une longue histoire… » J’adore quand les bouquins enfoncent des portes ouvertes.
Découvert après guerre par le propriétaire des lieux, qui tomba (au figuré j’espère pour lui) sur des statues menhirs le site fut reluqué par un archéologue du CNRS qui mit au jour d’autres vestiges mégalithiques. Mais pas seulement puisqu’il paraît que l’endroit est un raccourci de toute la préhistoire corse. Certains élevant des statues, d’autres, leurs successeurs sans doute, les jetant à terre. J’en aurais sans doute appris bien plus si j’avais pu acquérir le petit guide du site. Mais j’avais oublié de passer à la machine à sous et il ne nous restait que de quoi payer les billets d’entrée, 5 euros par personne, sans réduction pour enfant, mais Léone n’a pas payé. Ce n’était quand même pas donné pour voir des pierres dans un champs.
Pour tout dire, les vestiges de la préhistoire, ben bof. Sans le guide (et alors que la majeure partie des bornes ne fonctionnant pas), on ne voit et l’on ne comprend pas grand-chose. Par contre, l’endroit est magnifique. Vraiment une superbe balade à faire. Une fois passé un village datant des Torréens (appelés ainsi car ce qu’ils construisaient avait la forme de tour), le reste n’était que des roches, des amas de rochers, certains sculptés mais pas beaucoup. Par contre, très escaladables, ce que s’est amusée à faire Lou. Au grand dam de Léone qui voulait en faire autant et qui ne comprenait absolument pas pourquoi je le lui interdisais formellement. Et hop, une nouvelle crise de larmes…
Ce qui est amusant avec ces menhirs sculptés, c’est que souvent, on nous dit qu’il y a un dessin dessus, mais on ne le voit pas vraiment : la lumière, l’ombre, nous empêche de voir clairement. Par contre, l’appareil photo, lui, voit tout. Et quand on regarde les photos on voit parfaitement les traces de sculptures. Le village torréen est intéressant. Il faut imaginer un escargot pour rendre compte de cette construction. D’abord, des abris créés dans ou sous la roche, puis en tournant, des constructions de plus en plus élaborées. Je suis passée à côté d’une statue représentant un visage très bien conservé. Par contre on la voit très bien sur une de mes photos.
Nous sommes descendus de la butte dans une espèce de « vallon champêtre » (je reprends les termes du guide car c’est tout à fait ça) ou flânaient deux chevaux plus très jeunes et qui semblent couler là une paisible retraite. Ils ont tôt-fait de repérer les touristes avec casse-croûte et n’hésite pas, alors, à le lui piquer. Autour d’arbres très anciens, des oliviers, se dressent une série de six statues menhirs contre lesquels les chevaux n’hésitent pas à se gratter les côtes. Ça doit leur faire un bien fou.
A côté de cette série de statues, un chaos de granit, d’où étaient extraits les blocs servant aux constructions. C’est là que se trouve, paraît-il le dinosaure. L’annonce d’un tel animal n’a évidemment pas manqué de susciter l’intérêt des mousmées. Elles ont été bien déçues quand elles ont appris qu’il ne s’agissait que d’une grosse roche dont la forme évoquait l’animal préhistorique. Puis Garance a ajouté : « Remarque, si ça avait été un vrai dinosaure, je ne serais pas venue le voir d’aussi près. » La sagesse même cette enfant.
Nous avons flâné dans cet endroit enchanteur pendant deux bonnes heures sous un soleil de plomb sans que nous ayons vu le temps passer. La bouteille dans sa gourde glacière était quasiment à sec. Nous avons pris la direction de la sortie en passant par le petit musée. Pas grand-chose, un peu brouillon, mais on y voit tout de même un morceau d’une statue menhir avec une très belle tête. Nous avons cependant profité de ses bancs et de sa fraîcheur pour se reposer un peu. Léone s’était étendue sur un banc. Lou et Garance tournaient dans la salle. Trois personnes sont entrées. Munies du fameux guide et l’une d’elles s’est installée pour le lire. Garance s’est assise à coté d’elle. Alors, la dame lui a fait la lecture, lui a expliqué de nombreuses choses. La petite était très intéressée. Et chacun regardait la scène avec un petit sourire.
A coté de l’entrée du site, il y avait une boutique de souvenirs, céramique, etc. Nous y sommes entrés. J’y ai vu de très beaux couteaux corses. Je voulais en acheter un pour le (futur, le 19 juin) anniversaire du Nôm. Mais le commerçant ne prenait pas la carte bleue et moi-même, je n’avais pas mon chéquier. Tant pis, déçues, les filles et moi avons renoncé. Nous avons vu de magnifiques yeux de Sainte-Lucie, ces opercules de mollusque qui sont des portes bonheur. Et d’assez beaux bijoux. Les céramiques, elles, n’étaient pas nombreuses et pas terribles. Nous avons repris la route du retour. J’avais repéré un autre chemin pour rentrer vers Ajaccio. Comme les panneaux qui l’indiquaient prenaient la très officielle couleur verte, j’ai pensé que la route serait plus grande, moins sinueuse et en meilleur état. Sur ce dernier point, j’avais raison, sur les deux autres…hum passons.
Nous sommes passés par de superbes villages dans la montagne corse, dans des forêts d’oliviers, de chênes. C’était très beau. Mais excessivement fatigant. Nous avons cueilli une branche de genêt. Je ne savais pas que ces fleurs embaumaient autant. Un parfum somptueux et entêtant. Que je supporte mal à cause de mon rhume des foins. Depuis cet après-midi, j’ai de nouveau les yeux qui pleurent et le nez qui coule, c’est d’un élégant. Et ce ne serait pas très grave si mes yeux ne me brûlaient pas. Heureusement, j’ai toujours un antihistaminique sur moi, mais comme ils me font tous dormir, je suis condamnée à ne les prendre qu’une fois arrivée à la maison. D’ailleurs, l’arrivée à la maison fut un vrai soulagement. J’ai envoyé les filles au bain. Nous avons préparé un dîner léger (mais un apéro copieux). Ensuite, les filles ont filé au lit. Elles dorment, bercés par la musique d’un disque. Et moi, je m’en vais prendre un bon bain avant de m’endormir dans les bras de Morphée bercée par mon amoureux. Enfin, bercée, s’il en a le temps.
Le jeudi 26 mai 2005, 00:24 par Aude dite Orium
hummm daaa !!!! haaa!
2. Le jeudi 26 mai 2005, 09:04 par Anne
Chouette promenade avec tes mots et superbes photos qui l’accompagnent.
(sauf que je dirais genêts et pas jeunets, mais bon…)
3. Le jeudi 26 mai 2005, 09:44 par racontars
Damned ! Anne, tu as raison. En l’écrivant, je me suis dit que ça ne s’écrivait pas comme ça. et puis j’ai oublié… Je corrige.
Aude : Oui, mais encore ?
4. Le jeudi 26 mai 2005, 16:07 par Leeloolene
Ce qui est bien c’est qu’on a vraiment l’impression que vous êtes partis en vacances pendant 2 mois complets 