Autant le dire tout de suite, jusqu’à cette année, je n’étais pas une fan de la saint-valentin. Je n’ai pas besoin de date précise pour avoir des petites attentions pour mon Nôm. Et réciproquement. Je n’ai rien contre, mais je n’ai rien pour non plus. Je m’en moquerais plutôt, même si je trouve que le déballage commercial de cette époque, qui nous abreuve de message jusqu’à l’indigestion, plutôt indécent. Tout le monde affiche la saint-valentin, même la boulangère de ma rue a réalisé des petits biscuits en forme de cœur sur lesquels est écrit « je t’aime » et qu’elle vend tout de même 3 euros !

Je ne l’aurais sans doute pas remarqué sans ma fille aînée. Depuis le début de l’année, je lui donne de l’argent de poche. Pas grand-chose, 10 euros par mois. Pour janvier, je ne les lui avais pas encore donnés. Mercredi matin, elle me les a réclamés. « Ah, c’est vrai que je te les dois…» lui ai-je dit, puis voyant que cela semblait urgent, je lui pose la question « Tu veux t’acheter quelque chose ?
– Ce n’est pas pour moi, c’est pour mon amoureux… Je voudrais lui faire un cadeau pour la saint-valentin.
– Ton amoureux ? Ah ! Et tu es sûre que lui aussi est amoureux de toi ?

J’ai préféré lui poser la question car, jusqu’à l’an passé, elle s’entichait de garçons qui l’aimaient bien, mais sans plus. Des bons copains quoi. Elle leur faisait de grandes déclarations qui les refroidissaient un tantinet. Il n’y a rien de plus effarouchable qu’un garçon de 8 ou 9 ans…
– Tu comprends, ai-je poursuivi, si tu lui offres un cadeau pour la saint-valentin et que lui n’est pas amoureux, ça va lui faire bizarre…

Elle est repartie dubitative. Elle comprenait ma position, mais n’avait pas la réponse. N’ayant pas l’argent sur moi, je lui ai suggéré de me rappeler ma dette à la maison. Le samedi, avant de partir pour l’escrime, elle me réclame ses sous. Je donne donc le billet de 10 euros promis. Sur le chemin, elle me demande si, en rentrant, nous pourrons aller acheter le cadeau.
– Tu sais… Je sais. Il me l’a dit. Il m’aime aussi.

Trop mignon une gamine de 10 ans amoureuse…
– Et que veux-tu acheter ?
– À la boulangerie, j’ai vu des gâteaux en forme de cœur…

Voilà, c’est comme cela que je l’ai appris.

Je lui ai tout de même conseillé de ne l’acheter que lundi matin son biscuit, car sinon, il risquait de rassir.
Lundi soir, quand je suis rentrée, elle m’a sauté dans les bras. Elle avait visiblement quelque chose à me raconter.
– Maman, je l’ai fait, je le lui ai donné.

– Ah, il était content ? 

– Oh oui, mais il l’a mangé ! Elle avait l’air déçue. 

– Mais c’est normal de manger un gâteau…

– Oui, mais toi, le gâteau de Nicole tu l’as gardé…

Nicole était une amie merveilleuse, qui n’oubliait jamais mon anniversaire et qui, une année, m’a envoyé un biscuit alsacien en forme de cœur où était inscrit : joyeux anniversaire Racontars. Elle est décédée d’une sale maladie quelques mois plus tard et c’est vrai que je n’ai jamais mangé de gâteau qui est toujours dans mon armoire. Mais puis-je dire à ma fifille qu’outre le fait qu’il s’agit effectivement d’un souvenir, je ne suis pas une fan de ce genre de biscuit…
– Mais tu sais, il m’a offert quelque chose. Elle ne se tient plus de joie. Je la vois filer dans sa chambre. En revenir avec une enveloppe sur laquelle est écrit son prénom et dessiné un beau cœur rouge. Elle l’ouvre devant moi et me sort une carte faite main puis me lit un ravissant petit poème vantant les mérites de ma grande…

Voyez-vous, depuis, j’ai comme une tendresse pour la saint-valentin.