Je ne suis pas une fan d’Halloween, mais, bien évidemment, mes filles adorent. Il y a quelques années, j’ai donc parcouru les rues de mon quartier avec Lou et une de ses copines habillées en sorcières, Garance déguisée en fantôme et Léone en rien du tout vu qu’elle n’était encore qu’un bébé dans sa poussette. Nous entrions chez les commerçants, elles réclamaient des bonbons, ressortaient et continuaient leur route jusqu’à leur prochaine victime. Les boutiques qui arboraient les couleurs de cette fête n’étaient pas forcément les plus enthousiastes à satisfaire au rite… Mais bon an mal an, nous avions ramené quelques kilos de friandises pour la plus grande joie des gamines. Mais depuis, la folie halloween s’est bien tassée. Il faut croire que les commerçants ne trouvent pas ce filon si juteux que ça et de moins en moins de boutiques se décorent. Nous n’avons pas recommencé notre excursion halloweenesque.

Cette année-là, j’avais aussi décoré la chambre des filles avec des guirlandes de vampires et de citrouilles, des toiles d’araignée et quelques méchantes sorcières. Mais je n’ai plus jamais trouvé le temps de réaliser ce genre de chose. Et la chambre des filles étant un tel cloaque, je ne m’y aventure quasi jamais. Sinon, c’est l’engueulade assurée (pour elle) et le coup de sang (pour moi). Je laisse la main au Nôm…

Bref, cette année, mon trio favori n’osait plus trop me parler de la fête des sorcières. Néanmoins, j’avais bien l’intention d’organiser quelque chose pour leurs vacances. Et les miennes. Une de mes amies vivant en Belgique, nous nous étions promis d’aller la voir dans sa nouvelle grande maison où elle pouvait accueillir sans soucis toute la famille. Le lundi de la Toussaint me permettait d’allonger le week-end, je pris un jour de récupération pour faire bonne mesure. Nous voilà donc partis, samedi matin, pour Lessines, Belgique… Avec dans notre sac de quoi improviser des costumes et des maquillages. Car ce que je n’avais pas dit expressément à mes donzelles, c’est que là-bas, un défilé était organisé l’après-midi, auquel elles pourraient participer. Je tenais à faire la route tranquille et sans qu’on me demande toutes les trente secondes « c’est encore loin Lessines » et « on va arriver à temps ? ». J’ai des petits nerfs fragiles, surtout quand je conduis.

Et bien m’en a pris, parce que nous avons commencé par mettre une bonne heures pour faire les 30 premiers kilomètres. Ce qui plonge n’importe quel automobiliste moyen dans les transes. Puis une autre heures pour faire les 50 suivants. Il y avait amélioration…

Arrivés en Belgique, j’ai loupé la bifurcation pour Tournai. Puis celle pour Ath. Il faut dire à ma décharge que le panneau indiquant la sortie était planqué par les belles feuilles d’automne. J’imagine que dans quelques semaines, ce sera nettement plus visible, mais là, franchement…

Nous sommes arrivés vers 15 heures, un gratin aux légumes nous attendait au four, ainsi que deux petites filles toutes excitées, A. 6 ans et M., 2 ans et demi, les deux filles de mes amis. Nous avons eu le temps de nous restaurer avant de nous lancer dans les déguisements. J’ai ensuite sorti du sac une robe de sorcière pour Lou, une robe de princesse, très très sale, pour Garance et un habit de clown pour Léone. Pas très halloween pour les deux derniers. Mais tout était dans le maquillage. Je me suis donc lancée dans un grimage de mort-vivants, ce qui a passablement modifié l’allure générale. Mes rejetonnes étaient laides à faire peur, mais mignonnes quand même, parce que tout de même, ce sont mes fifilles d’amour…

Nous sommes partis rejoindre le cortège, les filles, V. ma copine et le Nôm. O. le nôm de V., travaillant ce jour-là. Le cortège était bon enfant, deux fanfares dont une avec les inévitables majorettes, beaucoup d’enfants en costumes, quelques adultes aussi. Beaucoup de poussettes et de bébés également. V. attend depuis cinq mois un numéro trois et elle m’a raconté qu’à la consultation maternité, elle n’avait jamais vu autant de mères très jeunes, des adolescentes, qui se lançaient gaillardement dans des grossesses tout à fait voulues et désirées. Et c’est vrai que j’en ai vues quelques unes de ces mères, presque des enfants encore, pousser le landau de leur bébé.

Dans chaque rue, la circulation était coupée, les enfants pouvaient donc courir à leur guise. Les organisateurs assuraient le service d’ordre avec, en amont, deux policiers de la ville pour assurer la sécurité. V. m’a également raconté que Lessines était une des villes dont le taux de chômage était le plus fort de Belgique. Mais que, depuis quelques temps, avec l’autoroute la reliant à Bruxelles, la cité minière accueillait de plus en plus de jeunes ménages bruxellois avec enfants qui trouvaient ici des logements avec jardin pas chers et à leur mesure. Comme mes amis… Un groupe d’entre eux étant particulièrement actif avait décidé de redonner une vie à cette agglomération un peu triste. Et il y réussissait assez bien puisque tout devenait prétexte à faire la fête.

Les enfants sonnaient aux portes qui s’ouvraient sur des mamies hilares, les mains pleines de bonbons qu’elles distribuaient du mieux qu’elles pouvaient. C’était la cohue. Je laissais Lou et Garance se débrouiller et portait Léone a bout de bras, elle même tendant son sac de plastique pour pouvoir récupérer ces bonbons qu’elle attendait avec tant d’impatience. Elle adore cela. Si elle pouvait, elle ne se nourrirait que de ça. La fête, les déguisements, la course, le jeu devenaient totalement secondaires, une seule chose importait, remplir le sac de ces douceurs.

Certains assiégés préféraient lancer les bonbons à la foule en délire. C’était alors des cris joyeux, des enfants et de leurs parents se baissant pour ramasser, plus vite que les autres, la sucette ou le bombec tombé à terre. L’arrivée devant la boulangerie fut triomphale. Mais dame boulangère avait prévu son coup. Elle avait fermé boutique, enfermant au passage ses clientes, dont V. qui était entrée se ravitailler.

En fait, dans toutes la boutique, les bonbons étaient accessible et la commerçante craignait de se faire dévaliser. Elle lançait des signaux désespérés demandant aux enfants de reculer. Quand tout le monde fut à distance respectable, au moins 2 mètres, elle sortit et lança des poignées de bonbons sur la foule. Ce fut la cohue, tout le monde riait, sautait, s’accroupissait… Et ce qui était extraordinaire, c’est que dans ce bazar, il n’y eu pas un enfant bousculé, piétiné. Moi qui déteste les bains de foule, je dois reconnaître que celle-ci était extrêmement respectueuse des petits qui la composait.

La boulangère se montra généreuse et les sacs s’alourdirent un peu plus. Mon petit clown déjanté commençait à fatiguer, ma princesse folle aussi. Le cortège aussi probablement puisqu’une pause se fit en bordure de rivière. Le soleil qui commençait sa descente donnait une lumière d’or à la troupe des sorcières et sorciers, succubes et esprits. L’ambiance était sereine, les mandibules mâchaient bon train les guimauves récoltées.

Puis la marche reprit. Un petit garçon, pas impressionné pour deux sous mais fort déçu de ne pas se mêler à la foule, nous jeta ses bonbons de la fenêtre de sa chambre sous l’œil inquiet de sa maman. Quand sa boite fut vide, il clama en zozotant un « y’en a pu » qui fit monter rires et clameurs.

Des jeunes à la trentaine nostalgique nous régalèrent de la même façon. Maquillés qui en diable, qui en sorcière (difficile de faire original), ils se bousculaient aux fenêtres de leur appartement pour nous envoyer leurs confiseries.

Notre petite troupe se sépara : d’un côté le Nôm, Lou et A. qui suivirent le cortège, V., de l’autre, la petite M., Léone, Garance et moi-même qui retournèrent à la maison. Je n’en pouvais plus, les filles non plus. Sur le chemin du retour nous admirâmes de nombreuses maisons décorées. Et les filles, très sérieusement, affirmèrent que : « Lessines, c’est mieux que Paris. » Pour le plus grand bonheur de ma copine.