Pour les zanniversaires de mes filles, j’ai l’habitude de leur offrir une fête : Lou emmène ses copines et copains au cinéma ; les deux petites invitent leurs amis à la maison.

Début septembre, j’ai convoqué mes dernières pour leur demander si elles voulaient des invités particuliers. « Un zindien », m’a répondu illico la dernière. « Un Pirate », m’a dit l’autre. Puis la petite s’est reprise et m’a dit : « Non, pas un zindien, un queaubouille. » Vous êtes sûres ? Alors va pour l’un et l’autre.

Car pour ces petites fêtes entre amis, j’ai un atout de taille : Le pays du Glouglou qui rend fou. C’est une contrée étrange où ne vivent que des fées, des sorcières, des cow-boys, des zindiens, des pirates, des clowns… L’an passé, pour ses 5 ans, Garance avait eu la visite de la fée rose. Et c’était génial. Un grand souvenir pour mes rejetonnes comme pour leurs camarades. Un maman m’a d’ailleurs raconté que, depuis, sa fille croit aux fées et qu’elle a déclaré que celles-ci viennent du Pays du glouglou

J’ai attendu que les petites aient le dos tourné pour prendre mon téléphone magique et appeler le Pays du glougou. Une charmante opératrice me répondit et nous nous mimes d’accord sur les dates, les animations et je passe les détails techniques qui n’ont rien de magique.

Quelques jours avant la fête de Léone, je reçois l’appel d’un queaubouille bien ennuyé. Il était tombé de cheval, s’était cassé la margoulette et ne pouvait venir. Mais il avait assuré ses arrières. Il me recommandait chaleureusement Gros Jack, un garçon vacher de ses amis, qui venait d’un autre pays, mais qui avait longtemps séjourné au Pays du glou glou et en connaissait toutes les coutumes. Impec ! Gros Jack me téléphona à son tour et nous conclûmes un accord : pas d’armes, elles seraient déposées à l’entrée du saloon, mais une pêche à la ligne dont je fournirai les poissons, enfin les canards, bref, les cadeaux à gagner.

Léone et les queubouilles

Le jour dit, un peu avant l’heure (après un ménage du tonnerre de dieu, la fabrication d’un gâteau, l’achat de boissons, de bonbons et d’un chapeau de Zorro), Léone, dûment habillée en queaubouille, recevait ses premiers copains et copines. Mais de Gros Jack point ! Alors que sur le carton d’invitation, nous avions menacé les retardataires d’une corvée de patates ! Avais-je trouvé quelqu’un pour préparer les frites que je projetais de faire le soir-même ?

Eh non, à 15 heures tapantes, comme le recommandait le carton, Gros Jack s’annonça. Il avait eu un peu de mal à trouver un endroit où garer son cheval. L’avantage du queaubouille sur la Fée, c’est qu’il peut arriver tout habillé sans choquer personne. Il était donc prêt à prendre les mômes en charge. Gamins qui ouvraient de grands yeux, soit dit en passant, devant ce cow-boy plus vrai que nature… Pendant que je papotais avec les parents des derniers arrivés, Gros Jack a installé nos petits vachers dans le saloon, assis par terre, et a commencé à leur raconter des histoires. On aurait pu entendre une mouche voler. Comme ils étaient tout de même pas loin de quinze, nous fumes passablement admiratif du savoir faire.

Léone, qui était le queaubouille de la fête, a eu le droit de s’asseoir à la droite de Gros Jack, privilège qu’elle refusa de laisser par la suite à qui que ce soit.

Léone et les queubouilles

Gros Jack leur raconta d’où il venait, ce qu’il faisait, les amis et ennemis. Puis il les fit travailler : monter à cheval, descendre de cheval, sans se tromper (on ne descend pas si on vous dit de monter, etc.). Il leur appris à faire des danses zindiennes (nous avions une jeune squaw dans l’assistance), leur montra qu’il pouvait guillotiner des doigts sans les couper (pur moment d’émotion), leur fit dire des formules magiques, leur mis de la poussière de Lune dans les mains ou sur les joues. Puis il alla faire une sieste derrière un rideau qu’il avait installé. Quand même, Gros Jack, tu exagères…

Oui, mais pendant ce temps, les marionnettes se sont données en pestacle… Elle le firent tant et si bien que les enfants hurlèrent de rire. Et ils rirent tant qu’ils réveillèrent Gros Jack. Alors pour se faire pardonner, il organisa une pêche aux cadeaux qui eut le plus grand succès.

En général, dans notre quartier, tous les enfants qui vont à un anniversaire repartent avec un petit présent : des bonbons, des colifichets… Chez nous, on fait des compiles (entre nous, au prix où j’achète les CD vierges sur Internet, c’est ce qui me revient le moins cher). La semaine précédente, les filles enregistrent quelques chansons. Puis nous en choisissons d’autres parmi leur chanteurs préférés (pour enfant, genre Le roi des papas, Carmen Campagne, Enfance et musique., etc.). Je fais un CD que je copie en autant d’exemplaires qu’il y a d’enfants à venir. Puis un autre car souvent j’ai des frères et des sœurs et il est hors de question qu’ils repartent avec le même disque. Je fais une jaquette qui reprend le carton d’invitation.

Léone et les queubouilles

Je peux vous assurer que le CD a eu un succès fou et qu’aucun enfant n’est reparti sans s’être assuré que son papa, ou sa maman, ne l’avait rangé dans son sac.

Puis Gros Jack, car c’était l’heure, s’est éclipsé discrètement, laissant Léone, son gros gâteau, ses bougies à souffler, ses copains pour la regarder et ses cadeaux à ouvrir. Gâtée elle fut.

Après, j’envoyais tous ces enfants destroyer la chambre des filles. Heureusement, les parents sont arrivés assez vite. Certains se sont laissé tenter par un ti punch. D’autres sont repartis illico. L’après-midi s’est achevée doucement. Il ne restait plus qu’à envoyer mes queaubouilles à moi au bain.

Voyez-vous, ce que j’aime particulièrement dans ces après-midi, c’est que je suis spectatrice. Ce n’est pas moi qui gère les enfants. Je ne vois que leur bonheur. Et ma foi, ça vaut le coup !

(*) tout le monde aura compris qu’il s’agit des cow-boys…