Deux soir sans pouvoir me connecter. Apparemment bande passante quasi inexistante et il semble que ce cher U-Blog, dans sa page de garde, en demande beaucoup…

Ma belle-mère nous a donc invité à une soirée organisée par une association. Un dîner, avec apéritif, entrée, dessert, etc. En général, on y mange plutôt bien, même si c’est plus de la cuisine familiale que de la grande gastronomie créole. Je suis assez contente de sortir enfin et ce genre de repas m’amuse souvent même si je ne cause pas avec grand monde, vu que je n’y connais personne. Mais c’est un bon terrain d’observation.

Ma belle-sœur nous a prêté sa voiture. Cela fait longtemps que je ne l’avais pas conduite et j’ai commencé par caler au moins une dizaine de fois. Comme je suivais la voiture qui emmenait ma belle-mère, je l’ai perdue. Faut le faire tout de même, j’en ai suivi une autre jusqu’au moment où le Nôm a fini par me demander si c’était la bonne… Il s’était rendu compte que je m’étais trompée de chemin, mais n’en avait rien dit sur le coup. Il est parfois long à la détente.

Enfin, nous avons fini par arriver. Le dîner était prévu pour être à l’extérieur. Mais alors qu’il avait fait beau toute la journée, il pleuvait des cordes, il pleuvait comme si le ciel devait nous tomber sur la tête. Une avalasse d’eau comme on en voit à cette saison et qui dure parfois quelques minutes et parfois plusieurs jours. Celle-ci n’a en fait duré que la soirée.

Heureusement, les organisateurs, prévoyants, avaient installé des tentes à l’extérieur et un grand nombre de tables à l’intérieur. Un orchestre se préparait. En attendant, un DJ nous assourdissait avec du zouk à nous percer les tympans. Je ne suis pas une fan de cette musique, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais alors à la puissance maximale de la capacité de la sono, je le suis encore moins. Les gens essayaient de communiquer en hurlant. Le niveau sonore était à son maximum.

Quand l’orchestre fut enfin près, ce fut à peine mieux. Ça hurlait tout de même moins et l’on arrivait à se parler sans s’époumoner.

Ici, la musique, il faut que ça gueule. Quand une voiture arrive, on entend d’abord les basses de son autoradio avant son moteur. Il n’est pas rare que lorsque vous rentrez chez les gens, d’avoir les oreilles prises d’assaut par la chaîne hi-fi qui hurle du Zouk d’un côté et la télé qui déverse ses feuilletons à l’eau de rose de l’autre. Cela donne des dialogues assez surréalistes comme :
– Jack je t’en conjure, j’ai besoin de te parler.
– Oh chéri doudou ba mwen l’anmou
– Je t’en prie, écoutes moi, la situation est grave.
– Vas-y Franky c’est bon, vas-y Franky c’est bon bon bon
– Cécilia attend un enfant. Il faut faire quelque chose, elle est si jeune…
– Alice, ça glisse…

Les paroles sont aussi débiles pour l’un que pour l’autre. Je n’avais pas revu Les Feux de l’amour depuis deux ans. Eh bien, les personnages sont toujours les mêmes, ils ont les mêmes mimiques, disent les mêmes choses, avec des airs aussi catastrophés. La seule chose qui change, c’est qu’ils ne sont pas toujours mariés avec les mêmes… Les couples semblent assez interchangeables…

Pour en revenir à la sono, la majorité des gens pensent que la musique antillaise se limite au zouk. C’est une calamité, parce qu’elle est heureusement bien plus riche que cela. Mais le zouk fut une vraie manne pour nombre de musiciens locaux et ils sont nombreux (et bons). Avec le succès de Kassav et, dans une moindre mesure, celui de la Compagnie créole ou de Philippe Lavil, tous ont surfé sur cette vague. Chacun sortait un disque solo et participait aux disques des autres. Quand on regarde les noms des musiciens sur chaque CD, il n’est pas rare qu’on trouve les mêmes. Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle se casse. A force de sortir des CD pas assez travaillés et qui répétaient toujours les mêmes rengaines, le public non-antillais qui appréciait ces rythmes pour danser c’est vite lassé…

Reste le public local, qui consomme beaucoup, mais pas que du zouk heureusement. Les radios ne s’y sont pas trompées, Comme RCI qui, il y a encore quelques années, ne diffusait que du zouk et qui maintenant passe d’autres rythmes antillais ou caribéens. Et à ce compte-là, souvent, les Haïtiens sont les meilleurs. Beaucoup plus imaginatif, ils se renouvellent constamment. Il n’est qu’à voir un groupe comme Tabou Combo qui sillonne la planète depuis plus de vingt ans.

Bon bref ! l’orchestre de la soirée nous cassait un tantinet les oreilles…

Nous avons pris l’apéro, j’ai bu un délicieux ti punch. Le rhum, c’est le rhum. Mais le sucre citron avait été préparé et le mélange délicieux. Nous avons ensuite choisi une table où tous les présents du groupe de ma belle-mère se sont réunis. Nous étions pas mal nombreux et, paraît-il, il manquait encore cinq personnes. Mais il n’y avait encore qu’une chaise de libre.

J’ai oublié mon appareil photo. Dommage, il y avait des clichés à prendre. Il y avait là des familles sur trois générations (comme la nôtre). Des hommes qui venaient seuls (pas forcément célibataires d’ailleurs), des femmes qui venaient en groupe, des couples… Certains étaient sur leur 31, d’autres habillés plutôt normalement. Certaines femmes avaient sorti leurs plus beaux atours et s’étaient coiffées : boudins, mille pattes, tresses, chignon étaient de sortie. Les boudins, c’est quand les on met des élastiques sur une mèche de cheveux, environs tous les trois quatre centimètres. Vous pouvez en voir sur la tête de ma nièce. Les mille-pattes, ce sont les tresses le long du crâne. Le reste, c’est classique. Il y avait des hommes et des femmes plus noirs que la nuit, d’autres au teint caramel, ou pain d’épices. Quelques chabines au teint jaune et cheveux de paille.

Une mère dansait avec son bébé. Je ne sais comment celui-là pouvait dormir avec un tel bruit.

Dehors, la pluie continuait de tomber dru. Et pourtant, il fallait bien sortir pour aller chercher la nourriture. Les entrées, classiques pour ce genre de repas : betteraves, salades, carotte râpées, maïs. Pas grand-chose d’antillais. Je préfère le boudin et les acras. Ensuite du riz aux légumes ou du riz aux épinards, avec soit des brochettes, soit du poulet grillés, soit d’énormes morceaux de cochons grillés. C’est ce que j’ai choisi car ils semblaient fort appétissants et j’ai bien eu raison. D’autant qu’ils étaient agrémentés d’une sauce chien que j’adore. Une vraie merveille.

Nous nous sommes disputé une bouteille de vin rouge, les hommes présents s’étant servi copieusement sans même imaginer trente secondes que je pouvais en boire. Voyant que la bouteille ne passerait pas devant moi pleine (vide oui, pour débarrasser), j’ai tendu mon verre. L’homme qui la tenait s’en est rendu compte juste après en avoir vidé la dernière goutte dans son verre. J’ai pris un air las et n’ai pas accepté ses excuses. Il y a des moments où je n’ai pas envie d’être charitable avec ces pauvres petits machos…

Ma belle-mère adorable s’est levée pour aller en chercher une autre. Il faut dire que c’était le repas de son association et qu’elle savait où s’en procurer.

Les filles, les miennes et une jeune fille d’une quinzaine d’année assise à côté de mois, s’ennuyaient à 100 sous de l’heure… Garance n’avait qu’une envie, c’était d’aller dormir. Elle n’avait pas voulu faire la sieste l’après-midi et tombait de sommeil. Lou n’est pas encore assez âgée pour se distraire du pittoresque. Quant à Léone, du moment qu’elle est avec moi, tout va bien. J’ai dit au Nôm que lorsque le repas serait fini, je ramènerai les donzelles à la maison pour les coucher. Et qu’il pourrait rentrer plus tard avec ses parents ou des amis. Ça l’arrangeait. Il n’avait pas envie de rentrer tôt.

En fait, le départ est arrivé bien plus vite que prévu. Avant le dessert en tout cas. Les cinq personnes en retard (de deux heures) se sont annoncées. Ma belle-mère s’est mise en quatre pour leur trouver une place. J’ai installé Garance sur la même chaise que Léone, à côté de moi. Restait Lou que ma belle-mère a levé et qui s’est retrouvée debout, à ne pas savoir quoi faire de sa peau. Je l’ai fait asseoir auprès de moi. Les retardataires se servaient les entrées. La première est arrivée, a salué mes filles, moi-même, mon mari puis s’est installée.

La table à côté s’est libérée. Je l’ai montrée à ma belle-mère pour qu’elle y installe ses amies. Elle y a installé ma fille ! Médusée je suis restée. Lou s’est retrouvée totalement isolée à une table avant de s’en faire virer par un autre groupe qui avait besoin de la place. Pendant ce temps, les autres sont arrivées et se sont installées sans un regard pour nous, sans même un bonjour ni une excuse pour le dérangement.

Je fulminais. Je me suis levée en disant aux filles :
« On se tire ! »
Ce qui chez moi, en pareille circonstance est plutôt mauvais signe.

Mon mari m’a regardé d’un air étonné en me demandant ce qui se passait. Je lui ai expliqué que je n’admettais pas la façon dont on traitait mes filles et que je n’envisageais pas le moins du monde de laisser Lou debout à nous regarder pendant le restant de la soirée. La pauvrette, elle s’ennuyait déjà tellement. J’ai bousculé les pétasses en retard et, sans leur jeter un œil, j’ai attrapé la main de mes enfants et nous sommes parties. Je me suis juste retournée pour lancer un regard noir de reproche à mon mari.

Dans la voiture, je pestais contre le manque de savoir-vivre ambiant. Lou, émue, m’a remercié de m’occuper aussi bien d’elle. Je lui ai dit de considérer que si je m’étais amusée comme une folle dans cette soirée, j’aurais peut-être été moins compréhensive à son égard.
– Je ne te crois pas maman.
– Qui peut savoir…. « 

Nous sommes arrivées à la maison et nous avons passé un petit quart d’heure sur la terrasse. Je leur ai offert un yaourt. Ça ne valait pas la glace promise lors du banquet, mais elles ne semblaient pas la regretter. Puis je les ai envoyées se coucher. J’ai surfé un peu, mais je tombais moi-même de sommeil. J’ai branché le climatiseur et j’ai rejoint à mon tour les bras de Morphée.

Finalement, ce n’était pas une si mauvaise soirée.

Le samedi 31 juillet 2004, 10:41 par marco
Joli t exte
on devine bien ton caractère 
vraiment j ai bcp aimé

Le lundi 2 août 2004, 12:20 par Anne
Non mais ! Incroyable… parce que les enfants sont des enfants ont les traite comme des meubles ?? 
Heureusement la fin de soirée m’a eu l’air plus douce… 
Bises à vous, profitez bien des vacances.

Le lundi 2 août 2004, 17:43 par oznej
Ah la la !!! heureusement que tu as du caractère er que tu ne te laisses pas faire?? Tu as eu bien raison.. 
Tu sais, chez nous, nous avons des conjoints francais, arabes.. et il est hors de question que mes parents parlent créole et de ce fait isolent les nons antillais… 
C’est une question de savoir vivre… Même si il y a des histoires qui sont plus marrantes en créole qu’en français… 
Je disais à mon père;. « Oh paap..Tu oublies que Alain ne comprends pas le créole »..
Alors mon père lui disait en créole… « Tu ne comprends pas..? »
Alors Alain disait.. « Si si.. ».. 
Et mon père lui parlait doucement en créole..
« De quoi je me mêle » pensai-je… :-)
Chéri est avec moi depuis 6 ans… bientôt.. 
Moi, je ne parlais déjà pas beaucoup le créole mais depuis que je le connais… Je peux dire que je ne le parle que rarement… 
Mais lui le comprend bien.. 
Il faut dire que ma mère parlait un créole francisé… et articulait.. 
PAs comme aux Antilles où ils parlent vite et parfois sans articuler.. 
J’espère que cela ne te gène pas trop…
Moi, ça m’emmerderait… 
J’ai des copines chiliennes, arabes, brésiliennes.. et dès qu’elles parlent un peu leur langue.. je me mets à gueuler.. 
« ca va oui ?.. faites comme si j’étais pas là… » 
elles rigolent et me traduisent immédiatement.. 
Enfin, comme tu le dis tu es habituée…Mais est-ce une raison…. 
Bises 
Oz www.lemagicjournal.net

Le mercredi 4 août 2004, 12:21 par 2pasag
Je viens de lire avec intéret ce post que je trouve un peu long mais c personnel à moi. J’ai le sentiment que ce n’est pas le fait de considérer l’enfant comme un meuble mais la place qu’il occupe dans la société. Chez nous il est enfant roi dans ce que tu décris c’est l’adulte et certainement la personne agée qui là possède. Donc il ne peut y avoir qu’incompréhension culturelle. Ce qui me permet de dire cela c la réaction de surprise de ton mari. « Mon mari m’a regardé d’un air étonné en me demandant ce qui se passait. » Nous demandons toujours à l’étranger de s’adapter à notre culture…. Ce qui prouve que ce n’est pas toujours évident quand nous m^me sommes considéré comme étranger ailleurs. @+

Le jeudi 5 août 2004, 07:54 par oznej
Je ne suis pas du tout d’acord avec 2pasag.. 
En France également on peut rencontrer le même type de réaction.. Et je l’ai rencontrée souvent… 
Cela n’a rien à voir avec une quelconque différence culturelle.. 
C »est simplement la place que chaque famile attribue à l’adulte et l’enfant.. 
Et je précise que je suis antillaise, que je vis en france où je ne me suis jamais sentie étrangère… 
De plus, la réaction de son mari ne me choque pas..
Il réagit à la réaction de sa femme..
Je suis sûre que lui même ne s’était rendu compte de rien ou avait minimisé l’incident..le pensant sans importance comme beaucoup d’hommes..
Seulement ce sont des choses que ,nous les femmes, nous ne supportons pas.. 
Enfin, c’est mon point de vue… 
OZNEJ www.lemagicjournal

Le vendredi 6 août 2004, 04:04 par Racontars
2pasag, merci de ton passage et désolée d’avoir été longue. :-))
Pour les enfants, je ne crois pas que cela tienne à ça. Si il y a bien un endroit ou les enfants sont rois, c’est bien ici, en Guadeloupe… Et chez moi, mes filles, même si je les adore, ne sont pas les reines de la maison. Elles sont à leur place d’enfants. La reine de la maison… c’est moi et c’est pas demain la veille que je vais me faire détrôner. :-)
Personnellement, je ne les aurais pas emmenées dans ce genre de manifestation. C’est pas de leur âge. Mais ma belle-mère y tenait. Fallait qu’elle assume. Quand on décide d’emmener des enfants, on ne les laisse pas debout, surtout quand elles tombent de sommeil (pas non plus remises du décalage horaire), quand elles ont 3, 5 et 9 ans.
Si mon mari a été surpris, c’est qu’il est toujours surpris quand je pique un bœuf, quand je vois rouge et quand je décide de partir. Il a toujours été surpris. Déjà, quand nous venions de nous rencontrer, quand il m’emmenait dans des soirées (ou je m’ennuyais royalement), et qu’il me laissait tomber au bout de 5 minutes pour rester avec ses copains alors que je ne connaissais que lui, je me barrais. Et ça l’étonnais. Il ne comprenait pas qu’une femme fasse ce genre de chose. Cela fait dix ans qu’on est ensemble et il est toujours étonné. Différence culturelle ??? Je pense que n’importe quel homme métropolitain ressentirait la même chose. 
Oz, pour le créole, c’est compliqué dans la famille de mon mari. Mon beau-père ne parle pas français du tout. Ma belle-mère le parle très mal et j’ai du mal à la comprendre. Mon mari aussi d’ailleurs. S’ils devaient parler en français devant moi, ils ne parleraient jamais. D’ailleurs, à Paris, mon mari parle très peu. Le français le rend extrêmement timide et il faut qu’il soit vraiment en confiance pour se lancer. Je raconterai ça un de ces quatre :-))