D’une terre à l’autre

CNous ne sommes que six sur la navette. Le capitaine et son second, probablement son fils, une femme et ses deux fils – Charly et Charlemagne – et moi-même. Je m’installe à l’avant du bateau car j’ai envie de voir l’arrivée sur Terre-de-Haut. Mais le ciel est couvert et menaçant, la mer agitée. Le second, un jeune garçon, me suggère d’aller plutôt m’installer à l’arrière : « A l’avant, ça va gicler ».

Un quart d’heure plus tard, nous débarquons à Terre de Haut. L’île est en train de se vider de ses visiteurs qui prennent le dernier bateau pour la Guadeloupe. Les boutiques ferment une à une. Je me dirige vers l’Office du tourisme car la chambre que j’ai réservée chez Zette est située juste en face.

Zette m’attend allongée sur sa berceuse. Ce que j’entrevois de sa maison est magnifique. De beaux meubles locaux fait dans ces bois précieux que l’on trouve ici. Une terrasse pleine de fleurs et de plantes où trônent un canapé et un hamac. Un bureau d’enfant aussi, plein de crayons de couleur.

Les chambres d’hôtes sont un peu plus loin, derrière la maison. Au nombre de trois, elles entourent un patio et… une piscine qui à peine aperçue me fait déjà envie.

La chambre n’est pas très grande mais confortable : un lit, une moustiquaire, quelques meubles, un frigo, une salle de bains : que demande le peuple ! A peine installée je pique une tête, mais je ne traîne pas. J’ai des projets. La première chose est que je me dépêche d’aller voir la plage de Pompierre avant qu’il ne fasse nuit. J’ai envie de la découvrir vide, nue, sans touriste. Pompierre est située de l’autre côté de l’île, mais la traversée se fait à l’endroit le plus étroit. Autant cette marche peut paraître éreintante quand le soleil est à son zénith, autant là, elle me paraît courte et facile. La plage est là, avec ses arbres, ses carbets, ses cabris aussi qui n’hésite pas à piquer les sandwichs des touristes jusque dans leur sac. La baie est fermée par un îlet. L’endroit est magique. Il paraît que le mouillage y est interdit, mais j’y ai toujours vu un voilier. Aujourd’hui comme les fois précédentes.

La nuit commence à tomber. Je retourne sur mes pas. Contrairement aux années précédentes, il n’y a guère d’ambiance en ville. Tout est fermé ou presque. C’est que, me raconte un bistrotier, « depuis le début de l’été, il n’y a quasi personne qui reste dormir. Le soir, les touristes s’en vont avec le dernier bateau. Y a pas un chat. La faute à Air France qui a tellement augmenté ses prix. On se croirait de retour à la période de monopole ». Le fait est que les tarifs ont flambés cette année. Et que tous espèrent que cela ne durera pas car, à terme, c’est la mort du tourisme par ici.

Je m’installe dans un petit square, face à la mairie. Une grand-mère tance son petit-fils, trop turbulents à son goût et coupable de trop nombreuses courses dans les allées du jardin avec un compagnon de fortune. Elle décide finalement de ramener le petit garnement à la maison, hurlant et désespéré de devoir se séparer de son copain. Les grands-mères antillaises sont sévères.

Je décide d’aller dîner au Toumbana, un restaurant réputé pour sa bonne cuisine créole, situé en face du cimetière. Las, faute de client, le Toumbana a décidé de garder porte close le soir. Je reprends la petite route escarpée éclairée par des lampadaire rares et poussifs. Mais ici, en dehors des scooters, on ne craint rien. J’admire au passage l’intérieur des cases largement ouvertes sur la rue.

Depuis quelques années, grâce à la manne du tourisme, l’habitat saintois s’est très largement amélioré. Des maisons ont été agrandies, retapées, repeintes dans des couleurs vives. Les frises en bois qui ornent les toitures ont retrouvé leurs dentelles.

Bob Marley et le ressac

Sur cette route, la plupart des maisons offrent – comme Zette – des chambres d’hôte. En haute saison, de décembre à mars, il est absolument nécessaire de réserver. Mais en ce moment, il y a plus d’offre que de demandes. D’ailleurs les prix sont plus bas. Place de la mairie, j’aperçois un restaurant ouvert. Craignant de ne pouvoir en trouver d’autres j’y pénètre. La terrasse d’En Ti Kaz donne sur la mer. L’ambiance sonore, c’est Bob Marley et le ressac. Mauvaise nouvelle, ils ne prennent la carte bleue qu’à partir de 30 euros. Et pas de chèque hors place. Devant ma mine déconfite, la serveuse, très gentille, me fait comprendre qu’on peut toujours s’arranger. Je m’installe.

Le midi, il y a un très appétissant menu à 14 euros. Mais le soir, c’est à la carte. Et là, c’est nettement plus cher. Bon, va pour une fricassée de lambi (Lobatus gigas). Il est de plus en plus difficile de trouver ce plat en Guadeloupe car le coquillage se fait rare et sa pêche interdite. Mais aux Saintes, on en trouve toujours. Et c’est délicieux. Ceci dit, ici, la cuisine est quelconque : les acras pas mauvais, le punch coco servi avec de la glace ce qui le noie et l’affadit, le lambi sans trop de goût et le riz on ne peut plus fade. Mais c’est copieusement et très gentiment servi.

Il n’est que 20 h 30 et je tombe de sommeil. Ce n’est pas ce soir que je goûterai aux charmes des nuits saintoises. Car les activités nocturnes ne manquent pas. Outre les deux discothèques, on compte un excellent piano bar avec orchestres brésiliens, français ou créoles. Et le Coconut’s, un bar branché qui propose cocktail de fruits et milk shakes. Il est l’un des rares à ne pas désemplir. Et puis il y a le cha cha. Dans une salle en plein air (c’est un concept typiquement antillais ça, en fait il s’agit d’un carbet, une toiture mais pas de murs) est organisé chaque week-end un bal populaire ouvert à tous. Une excellente occasion pour nouer des contacts avec la population de l’île, enfin surtout les jeunes hommes, très portée sur les petites métropolitaines. C’est amusant, jamais agressif, rarement pesant.

Mais le lendemain, j’ai prévu de me lever tôt et préfère résolument mon lit. Une dernière tite tête dans la piscine et au dodo.

Ça va ? Vous avez chaud là ? La suite, bientôt 🙂