Tous les jeudis, Matthieu propose un mot et demande ce que cela nous inspire. Cette semaine, le mot était « patois »… Voici ce que je lui ai proposé.
Mon rêve, ce serait que mes enfants parlent le créole, expliquais-je l’autre jour à certains de mes amis.
– Mais pourquoi ?
– D’abord, parce que c’est la langue de leur père. C’est important. Ensuite, parce que leur grand-père, leur arrière grand-mère ne parlent pas français. Et puis, tant qu’elles ne sauront pas parler créole, elles ne seront pas considérées comme des Antillaises, ce qu’elles sont pourtant pour moitié. Et parce qu’une langue, c’est une culture, mais c’est aussi une définition de l’univers, une façon de se considérer et de considérer les autres. C’est important qu’elles aient cela en héritage de leur famille. Enfin, parce que c’est beau, le créole. C’est plein d’images. Par exemple, on ne dit pas quelques, mais « deux-trois ». Un arbre, on l’appelle un pied bois (pié bwa). C’est une langue qui a grandi dans la douleur, le sang, sous le sifflement des fouets, dans le cliquettement des chaînes. Et elle est pourtant si poétique parfois, si pleine d’humour et d’amour.
Un de mes amis, lui-même originaire d’un département ultramarin, de m’interrompre :
– Le créole ? Mais ce n’est même pas une langue !
– Ah non ! pas toi ! me suis-je écriée. Ne sois pas si jacobin, ne te fais pas l’injure de mépriser ta propre langue et de l’appeler patois au prétexte qu’il n’y a que le bel français qui compte.
Nous nous sommes regardé, lui le Noir et moi la Blanche. J’ai alors murmuré avec un grand sourire :
– Enmen palé fwansé sé on maladi ka rann moun bwak (A trop vouloir parler français, on finit par devenir idiot.)
– Misié misié, zorey ka parlé kreyol ! (mon Dieu, une métropolitaine qui parle créole !)
Et nous avons éclaté d’un rire complice devant les autres convives médusés.
(*) Parler français ne veut pas dire qu’on est intelligent…
1. Le samedi 28 janvier 2006, 08:42 par alice
C’est ce qui s’appelle avoir du répondant. En Bretagne, après des décennies de mépris, on observe un petit retour d’affection pour le breton, grâce aux écoles Diwan essentiellement. J’ai ainsi dans mon entourage un petit garçon qui parle le breton à l’école et avec sa grand-mère alors que le reste de la famille n’y comprend rien!
2. Le samedi 28 janvier 2006, 11:20 par Lo
c’est effectivement important pour les enfants de ne pas couper les liens avec leurs racines à cause d’une simple question de compréhension (nous avons les mêmes cas dans la famille avec l’anglais et le français). et effectivement pourquoi hiérarchiser les langues? Certes, il faut faire en sorte d’être à l’aise dans la société dans laquelle on vit, mais en dehors de ça, je ne vois pas pourquoi une langue serait meilleure qu’une autre, surtout quand on parle de la langue du coeur finalement!
3. Le lundi 30 janvier 2006, 13:38 par Jazz
Hier, je regardais le film Nèg’ Marron.
Le Loup qui comprend un peu la langue (au point d’avoir été voir et écouter un conteur qui faisait un spectacle entièrement en créole, de regarder le journal en créole sur France Ô et de me dire « pa anmerdé mwen ti-makrel » ou « pa ban-an gaz » ou « sôti-la », si si…) faisait le fier en disant qu’il ne lisait même pas les sous-titres quand les acteurs parlaient créole. Et puis, il m’a demandé si les jeunes parlaient souvent créole entre eux en Guadeloupe.
Je lui ai répondu que dans certains milieux, c’était toujours considéré comme faire preuve de mauvaises manières et que certains parents, certains professeurs, certains culs-serrés condamnaient l’usage du créole, à tort, prétendant que c’était le fait des gens mal élevés et peu instruits.
FAUX ! FAUX ! Et FAUX ! Ces gens-là ne savent pas ce qu’ils font perdre à la Guadeloupe, à sa culture, à son histoire en punissant le créole.
Je suis heureuse de me promener dans Pointe-à-Pitre et d’entendre un garçon faire la cour à une jeune fille en lui disant : « ou sé on bèm fanm tou bolman ! ».
Je ne parle pas souvent ma langue, parce que j’ai été d’abord élevée ici, en Fwans’, et que quand je suis partie en Guadeloupe, pour y vivre, j’avais honte de mon accent parigot, aussi je me cantonnais au français avec mes camarades de classe qui m’ont prise, pendant des mois, pour une pimbêche un peu coincée qui ne comprenait pas le créole. Je pouvais comprendre, parler et lire le créole mais j’avais vraiment trop peur que les gens se moquent de mon accent trop « hexagonal ».
Avec les années, je me suis enhardie, heureusement.
Maintenant, je parle créole un peu avec ma mère (très pratique quand je ne veux pas que les gens autour de nous comprennent la conversation), avec mon frère, avec mon Loup (toujours content d’apprendre de nouvelles expressions), mais jamais avec mes grands-parents qui font toujours l’effort de me parler dans un français qui ne leur est pas naturel, ils y tiennent beaucoup.
Nos enfants parleront, chanteront, écriront et célébreront le créole. « De force » comme dirait le Loup. Ce n’est même pas une question, d’ailleurs.
Yo ké palé kréyol mèm’ !
Merci pour cette note Akynou, i a gou an mwen !
4. Le lundi 30 janvier 2006, 13:58 par andrem
Tout à fait d’accord avec toi, Akynou.
Et tu sais aussi, je le dis pour les autres, que ce désir bilingue est indissociable d’une exigence: parler les deux langues est bien, en les parlant bien.
Sinon, c’est juste de la peinture.
5. Le mardi 27 juin 2006, 16:50 par elodie
an vlé palé kréyol …
6. Le dimanche 23 juillet 2006, 18:25 par Akynou/racontars
Elodie, oui, je sais… 