9 février 2006.

Le jour où la voiture arriva

La plage de Bois-Jolan.

A défaut d’ordinateur, j’ai retrouvé les joies su stylo-bille et du papier. Je m’attelle à la tâche chaque jour et je noircis des feuilles blanches de mes aventures quotidiennes, pendant que les filles, elles, les couvrent de dessins.

Hier en fin d’après-midi, Nestor m’a demandé de lui apporter en toute urgence la carte grise de la voiture. (Résumé de l’épisode resté dans l’ordinateur en panne : Nestor est mon deuxième beau-frère. Ma belle-mère a suggéré qu’il pourrait me prêter la voiture de sa femme qui est en ce moment en train de finir ses études en Métropole. Depuis, c’est la course pour obtenir les papiers permettant d’assurer la voiture). Je ne me suis jamais changé aussi vite. Vingt minutes après je le rejoignais sur son chantier. Une demi-heure plus tard, je revenais vers la maison avec le précieux papier vert qui me permettait de rouler. Je n’ai jamais autant aimé une police d’assurance. Enfin ! le sésame qui nous ouvrait les portes de la liberté.

Ce matin, à 8 heures, j’ai emmené Yasmina à l’école. Lou est venue avec moi. Elle voulait tellement jouer les grandes et monter devant. C’était une de ses impatiences. Quand nous sommes reparties après le petit-déjeuner pour descendre ma belle-mère en ville et faire quelques courses, elle a été très déçue d’être obligée de repasser à l’arrière.

Je suis toujours sidérée par les prix pratiqués en Guadeloupe. Ils font de Carroufle une boutique de luxe où l’on ne peut aller que pour des besoins précis : en l’occurrence un siège auto pour Léone, un cadeau de petite souris pour Garance qui a perdu sa dent au petit déjeuner (et qui a opportunément oublié de la mettre sous son oreiller cette nuit), savoir si je pouvais sauvegarder mes photos sur CD quand ma carte est pleine (foutu ordi !), des goûters, du lait, de l’eau minérale (pour Léone qui ne supporte pas celle du robinet), des feutres et des crayons de couleur, quelques yaourts. Bref, rien de très méchant et j’en ai eu pour 200 euros, soit plus que mon budget grande surface d’un mois à Paris et encore, sur Internet donc livraison comprise.

Tout est si cher que pour s’en sortir, il est obligatoire de faire ses courses chez les discounters. Et encore, le panier de la ménagère guadeloupéenne restera supérieur à celui de la Parisienne. Mais qui fait ses courses à Carroufle ? Les touristes, bien contents de trouver une enseigne qui les rassure parce qu’ils la connaissent, les fonctionnaires dont les salaires sont plus élevés grâce à leur prime d’expat (ou de vie chère, je ne sais plus comment cela s’appelle). La bourgeoisie locale. Personne dans ma famille en tout cas.

Je suis restée perplexe devant le stand des soutiens gorges. C’est aussi aux sous-vêtements que l’on voit les différences culturelles. Comme je n’avais pas eu le temps d’acheter cet accessoire avant de partir, je m’étais dit que je le ferai une fois en vacances. Sauf que, en la matière, mes goûts semblent très éloignés de ceux de la population locale. Sur une centaine de modèles, il n’y en avait que trois ou quatre blancs, rien de simple. Tous avaient force dentelles, surpiquages, détails affriolants, sans même parler des couleurs ou des motifs… Idem pour les culottes : que des strings ou des tangas rouges, noirs, panthère, violets, oranges, verts, fluos… Rien qui pouvait se faire discret sous mes robes claires. Ou alors des trucs énormes, en tissus synthétiques et couverts de dentelles.

Après le déjeuner, nous avons été avec Liliane à la plage de Bois-Jolan. On y parvient après plusieurs kilomètres de routes sinueuses dans les Grands Fonds, puis une autre plus rectiligne qui traversent de vastes prairies où paissent quelques bœufs flegmatiques (mais ne vous en approchez pas trop quand même), puis un chemin défoncé (et c’était pire, il y a quelques années). On débouche enfin sur la mer et la plage, immense. En général, je prends toujours à gauche, je longe la mer jusqu’à trouver l’emplacement idéal pour la voiture, proche de l’eau bien sûr – on ne saurait être trop feignant – mais avec également de quoi s’étendre – un peu d’ombre, un peu de soleil – et suffisamment d’espace pour les jeux des enfants – moitié sable mouillé, moitié sable sec. Il ne faut pas croire que je suis trop difficile, des endroits comme cela, Bois-Jolan en regorge.

Et un petit panoramique, un, pour profiter de la beauté du lieu.

Nous sommes en semaine, et il n’y a pas trop de monde, surtout des touristes qui racontent les grèves dans les aéroports de Paris et la difficulté qu’ils ont eu à prendre leur avion (j’ai suivi un peu l’affaire à la télé pour me dire que nous étions vraiment parties au bon moment). Plus tard viendront quelques Guadeloupéens venus faire trempette après le boulot. Faire trempette est bien le terme, car, sur cette plage, tout le monde à pied jusqu’à… la barrière de corail qui est au moins à 1 kilomètre. Au maximum, j’ai de l’eau jusqu’à mi-cuisse. Pas besoin de bouée ni de brassards. D’ailleurs, les filles sont déjà dans l’eau.

Les deux grandes ont mis leurs masques et leurs tubas, mais il y a peu de poissons si près du bord à part ceux de couleur sable que l’on voit à peine. Elles décident d’aller plus loin. Elles ont pied partout, soit, mais on n’est jamais trop prudent. Je laisse Léone à la garde de Liliane et décide de les accompagner. Nous traversons des zones ensablées et d’autres pleines d’une algue qui ressemble furieusement à de l’herbe et transforme les fonds en de vastes prairies. Les filles en ont peur. Elles ne voient pas où elles posent leurs pieds pourtant chaussés de sandales en plastique. Elles préfèrent nager. Or les zones où pousse cette herbe sont surélevées. Impossible d’y nager sans frôler le sol de son ventre. Horreur, enfer et damnation, les filles sont bloquées. Je dois leur montrer l’exemple.

Nous barbotons un moment puis finissons par voir les premiers jolis poissons. Ce sont des Capitaines de roche (Bodianus rufus) juvéniles. Ils sont minuscules. Ce sont des bébés. Je les montre à Garance qui me fait signe qu’elle les a bien vus. Nous apercevons de nombreux poissons striés de vert, assez commun dans les parages, mais dont je ne me souviens plus du nom (je vais retrouver), puis j’aperçois un bébé poisson coffre. Vu l’effet grossissant du masque, il soit être vraiment minuscule. On ne voit guère de coquillage par contre. Nous continuons notre promenade et observons deux espèces de je-ne-sais-pas-quoi des mer, aux filaments très longs agrippés aux rochers. Je connais ce truc, mais je suis incapable de dire s’il appartient à la faune ou à la flore.

Garance fatigue, elle a froid. Il faut dire qu’il y a beaucoup de vent et que l’eau n’est pas si chaude. Nous prenons le chemin du retour. Nous apercevons deux demoiselles qui défendent leur bout de roche. Je montre aux filles le courage de ces petits poissons capables de faire face à une énorme baleine dans mon genre. J’agite le doigt devant eux et ils n’hésitent pas à répondre à la provocation en me fonçant dessus. Mes filles se marrent.

Enfin, nous regagnons le sable chaud. Léone est en train de se baigner avec sa grand-mère. Elle bondit jusqu’à moi comme si j’avais été absente pendant plusieurs jours. Je m’installe sur ma serviette avec mon livre, Franco toujours : la guerre civile est terminée, nous sommes dans les années cinquante. Et je suis effondrée de voir qu’un pareil imbécile aussi imbu de lui-même a pu régner aussi longtemps. Il faut lire les passages sur ses pseudos théories politiques et économiques. J’ai beau savoir qu’il s’agit d’une biographie romancée, je bous. Mais je finis par piquer du nez. Franco m’assomme, c’est un comble. Quand j’ouvre les yeux, il y a au-dessus de moi le bleu intense d’un ciel sans nuages, les feuilles d’un amandier et les palmes majestueuses d’un cocotier.

Je dois avouer que, comme tête de lit, c’est le top. Je me redresse, les filles sont toujours dans l’eau, elles ne la quitteront d’ailleurs quasiment pas. Je prends quelques photos, essayant de capturer tout ce bleu et ce vert. Et puis j’entends une petite musique que je connais bien, celle du marchand de glace. Lou me supplie. Elle fait à merveille le petit chien qui halète pour réclamer un nonosse et me fait hurler de rire. Du coup, je dis oui, et elles sont trois à courir vers la camionnette : coco, vanille, pistache, maracudja. Elles s’en mettent plein les narines.

Après ? eh bien après, ça a été baignade, séchage, baignade… Avec Lou, nous avons fait un truc qui nous a beaucoup amusé. Comme à Bois-Jolan il y a toujours un fort courant qui suit la plage, nous faisions la course en faisant la planche. C’était à celle qui arriverait la première auprès de Liliane. Interdiction de se servir de ses mains et de ses jambes, planche intégrale. Le truc con, mais parfait pour les vacances.

Toutes les bonnes choses ont une fin. Lou étant pressée de rentrer à la maison pour regarder son feuilleton favori (une telenovela d’une nullité confondante mais que toute la gent féminine guadeloupéenne regarde, ou presque), nous avons repris la voiture, traversant les Grands Fonds au moment où la lumière rasante du soir illumine les paysages. Passant près d’une mare, nous nous arrêtons pour observer une poule d’eau et je vois un superbe martin-pêcheur dont je ne réussis pas à prendre une photo correcte à cause de l’autofocus qui ne veut pas faire le point sur lui. Il faut que j’apprenne à le débrayer.

Feuilleton, dessin, écriture, préparation du dîner, puis dîner, nous filons chez tonton Nestor pour lui souhaiter un bon anniversaire et lui donner quelques cadeaux de sa femmes arrivés de Métropole par nos soins. Les filles rient, toutes émoustillées, lui sourit, plutôt gêné de n’avoir rien à nous offrir à boire. Nous lui claquons une bise sur chaque joue et nous rentrons.

L’infernale Yasmina fait tourner sa mère et sa grand-mère en bourrique parce qu’elle ne veut pas se coucher. Elle ne veut aller au lit que si Léone se couche aussi. Mais Léone n’a pas école demain et entend bien finir son dessin. Puis Léone va dormir et Yasmina est toujours en électron libre. Lou, à côté de moi, marmonne : « Une fessée et au lit. » J’avoue que c’est une solution qui me tente. Garance dort déjà depuis longtemps. J’en ai d’ailleurs profité pour jouer à la petite souris et placer sous son oreiller le cadeau qui remplacera la dent. Je rebouche mon stylo et m’en vais rejoindre ma grande au lit puisque c’est elle qui partage ma couche cette nuit. Je vais attendre que Franco veuille bien m’assommer…

Pour voir d’autres photos, vous pouvez vous rendre directement sur l’album photo… Je certifie par ailleurs que les couleurs n’ont pas été modifiées ni photoshopées… (nananère)

1. Le jeudi 2 mars 2006, 14:43 par andrem

C’est du propre. Aller dans les îles et revenir en aimant la police.

2. Le jeudi 2 mars 2006, 15:01 par akynou/racontars

Ouaip, même toujours pas Sarko lol

3. Le jeudi 2 mars 2006, 16:26 par samantdi

Ces couleurs dis donc !

4. Le jeudi 2 mars 2006, 16:32 par akynou/racontars

Oui Samantdit. Ça explique pourquoi j’ai l’impression de voir soudainement tout en noir et blanc quand je rentre

5. Le jeudi 2 mars 2006, 17:28 par Anne

En tout cas je ne me plains pas que tes filles, et l’une d’entre elles en particulier, ne couvrent des pages de dessins !!

6. Le jeudi 2 mars 2006, 17:31 par akynou/racontars

anne : :-)

7. Le jeudi 2 mars 2006, 17:49 par Jazz

Woy, woy, woy !
Enfin, cette voiture est arrivée pour vous sauver de l’ennui.

Je lis tes notes et il me tarde plus que jamais d’être là-bas à mon tour…

8. Le jeudi 2 mars 2006, 22:22 par aude dite Orium

aie aie aie!!! Ca m’a l’air bien pénible tout ça! ;)