11 février 2006.

Invitation aux châteaux

La pointe des Colibris et le morne Pavillon (avec la croix) vus de la plage de la pointe des Châteaux

Le week-end, j’évite d’aller à la plage car toute la Guadeloupe y va. Si on y ajoute les touristes, cela fait beaucoup de monde, beaucoup de bruit (sono à fond) alors que nous sommes presque tranquilles en semaine. Donc ce matin, pas question de bouger, on reste à la maison. Les deux grandes à faire leurs devoirs (Garance toujours aussi heureuse de les faire), moi à faire de la lessive et du ménage. Puis lire et piquer un petit roupillon dans le fauteuil de la terrasse (eh, je suis en vacances, non ?)

L’après-midi, je décide d’emmener les filles dans un endroit que j’aime beaucoup, la pointe des Châteaux. C’est aussi l’endroit le plus visité de Guadeloupe, avec les chutes du Carbet, car relativement facile d’accès et surtout assez près des villes touristiques que sont Saint-François et Sainte-Anne.

Les châteaux, ce sont trois pointes de roche qui avancent dans la mer. Sur le morne Pavillon, il y a un promontoire auquel on accède maintenant par un escaliers (auparavant, c’est juste un chemin caillouteux et parfois casse-gueule, je préférais, je déteste les marches). En haut, une immense croix refaite récemment et deux tables d’orientation.

D’un côté, on voit la pointe des Colibris s’abîmer dans la mer, Petite-Terre – deux îlets inhabités, réserve de faune et de flore marine et terrestre – sur la droite. En face la Roche (lorsque la mer est plus basse, on voit nettement la tête ronde du rocher qui repose sur un corps plus étroit, taillé par la mer) puis le plateau de la Désirade. Sur la gauche, on peut voir le morne Petite Saline, la Porte d’enfer du Moule et la Pointe de la Vigie, une immense falaise qui tombe dans l’Atlantique. Un fameux coin de randonnées si on supporte le soleil de plomb.

Quand on se retourne, on a devant soi la naissance de la Grande-Terre avec d’un côté l’Atlantique, les plages des Salines, de Grande Anse, de Tarare, de l’autre, la mer Caraïbes avec l’anse à la Barque puis, la ville de Saint-François celles de Sainte-Anne, du Gosier, de Pointe-à-Pitre et enfin les côtes de la Basse-Terre.

Je trouve que c’est la plus belle vue de la Guadeloupe, la plus émouvante parce que pour moi, c’est la vraie porte d’entrée de cet endroit que j’adore. D’abord, une étroite bande de terre bordée de plages, qui s’élargit de plus en plus pour constituer une île magnifique. Depuis peu, trois rangs d’éoliennes font face aux alizés, particulièrement fort en cette saison.

Nous redescendons vers la plage que nous ne faisons que traverser, car il ne faut jamais, jamais s’y baigner. C’est beaucoup trop dangereux. A la pointe des Châteaux, les fonds chutent brusquement. Il n’y a pas de formation de coraux. Les vagues se jettent avec violence contre les falaises dont des pans entiers s’effondrent chaque année, et la plage. Malgré la présence de panneaux interdisant la baignade, les avertissements des guides touristiques, il y a toujours des inconscients pour se noyer. Il est même déconseillé de s’y mouiller les pieds, l’estran chute à quelques mètres et les courants, très violents, balaient toute la largeur de la plage.

Je l’ai éprouvé moi-même, lors de ma première visite, et j’ai été très impressionnée par leur force, la violence du sable et des petits coquillages qui fouettent les chevilles et manquent de vous faire chuter. Je n’ai jamais recommencé.

La Roche et la Désirade

Par contre, on trouve sur cette plage toutes sortes de coquillages concassés, émiettés qui donnent au sable une couleur unique. On dit qu’en Guadeloupe, il y a tant de couleurs de sable différentes, une pour chaque jour de l’année. Nous avons même trouvé des yeux de Sainte-Lucie. Ils sont célèbres en Corse où l’on dit qu’ils portent bonheur. J’ignorais qu’on en trouvait en Guadeloupe. Peut-être n’y en avait-il pas avant ? Ou peut-être, plus probablement, n’y faisais-je pas attention.

Nous continuons vers le morne Petite Saline. Léone en a assez. Elle se laisse choir sur la roche plate et attends que nous revenions. Nous ne nous sommes éloignées que de 5 ou 6 mètres, elle apitoie déjà des gens qui se penchent vers cette jolie boudeuse, puis m’ayant repéré, la laissent à ses pensées moroses. Pour dérider tout cela, j’achète des sorbets coco à tout le monde. Les marchandes sont nombreuses à cet endroit, parfois désagréables comme la première que nous avons croisé, parfois absolument charmantes, comme celle avec qui j’ai fini par faire affaire. Elle aussi est tombée sous le charme des yeux de Léone et lui offre son sorbet – à la passion –, le dernier qui lui reste (elle ne voulait pas de coco).

Nous quittons la pointe des Châteaux et faisons une escale à Saint-François, histoire d’acheter des cartes postales, d’aller à la poste pour envoyer les cartes déjà écrites et aussi me renseigner sur un projet que j’ai pur les enfants. Une petite surprise que je leur concocte. Mais chut !

Quand nous reprenons le chemin de la maison, le jour décline. Nous sommes engluées dans les embouteillages à la hauteur de Sainte-Anne. Pendant que Lou sort de la voiture, va jusqu’à la boulangerie, fasse la queue, achète deux baguettes et me rejoint, j’ai réussi à avancer de 1,50 mètre. Heureusement, je connais la ville. Je prends les petites rues qui me mènent de l’autre côté du bourg. Et comme sur la nationale, cela n’avance toujours pas, je bifurque vers les Grands-Fonds.Je comptais passer vers Mare-gaillard pour repérer un cybercafé recommandé par le guide Géo, mais il y a trop de monde sur la route. En chemin, j’achète un poulet grillé pour le dîner. Les filles sont contentes de leur journée, sauf Léone, très fatiguée. Cela fait deux jours qu’elle se plaint du ventre : gastro ? eau du robinet ? Je ne sais pas. Après dîner, alors que les enfants dorment enfin, je termine le livre de Vasquez Montalban. Je suis enfin débarrassée de ce pitoyable et odieux personnage de Francisco Franco. Extinction des feux.

Pour voir d’autres photos, vous pouvez vous rendre directement sur l’album photo… Je certifie par ailleurs que les couleurs n’ont pas été modifiées ni photoshopées…

1. Le dimanche 5 mars 2006, 10:48 par Eor

hey!!
moi j’ai hate de deouvrir le projet pour les filles!!!!!!
VIIIIIITE la suiteeeeee!

2. Le dimanche 5 mars 2006, 13:00 par alice

Je ne connais pas les « yeux de Sainte-Lucie…Tu nous mettras une tit’ photo?

3. Le lundi 6 mars 2006, 00:34 par Fauvette

Je me délecte de tes récits. Et des photos. Merci de nous faire partager tes vacances ! Et pour le bronzage il nous reste toujours la possibilité des cabines d’UV qui prolifèrent à Paris.

4. Le lundi 6 mars 2006, 09:30 par Anne

T’es vraiment sûre pour les couleurs ??!! Parce que là d’un coup j’ai une impression de monochrome en regardant par la fenêtre…

5. Le lundi 6 mars 2006, 10:16 par akynou/racontars

Anne, j’ai eu la même en arrivant à Paris. C’est assez classique après un voyage en Guadeloupe :-) c’est pour cela que je précise parce que je voudrais pas qu’on m’accuse de me vanter et de saturer mes photos exeprès ;-)

6. Le lundi 6 mars 2006, 10:17 par akynou/racontars

Alice : je vais essayer d’en retrouver un. Parce que le hic, c’est que j’ai perdu la petite boite où je les avais tous mis ainsi que celle où était la dent de Garance :-(

7. Le lundi 6 mars 2006, 11:01 par Leeloolene

Je ne vois pas non plus à quoi ça ressemble :s
Tu peux les décrire ?? car dans mes tonnes de coquillages j’en ai sûrement si tu ne retrouves pas les tiens !!

8. Le lundi 6 mars 2006, 11:05 par Leeloolene

Ok… je viens de voir sur google image ce que c’est !! Effectivement j’en ai ramassé beaucoup des coquillages comme ça… (à Port Louis ;)) et ils m’ont toujours fascinée !! Merci de m’en avoir donné le nom…
Je ne savais jamais si c’était des coquillages « naissants » qui n’avaient pas fini de se transformer en escargot ou non :)
Si tu as besoin de photos je t’en envoie une ce midi :)

9. Le lundi 6 mars 2006, 11:23 par Leeloolene

Je savais bien en les ramassant que ces coquillages n’étaient pas tout à fait comme les autres !!! :)
Je vais te raconter un truc bizarre… mais finalement avec la légende je vois dans mon geste un explication possible :)
En novembre, pendant mon avant-dernier séjour, j’avais passé environ une heure ou deux dans le lagon (la partie avant de passer la caille à Port Louis). J’avais du ramasser une vingtaine d’oeil de Sainte Lucie qui trainaît dans les 30cm d’eau… Je les ai ramenés sur la plage. Puis je les ai regardé… Et je les trouvais tellement mystérieux et mystiques… que je suis retournée à l’eau… et je les ai tous « rendu aux poissons » !! Il me faisait un effet bizarre ces coquillages :) !! (bon d’accord… c’est irrationnel… mais… voilà…)

« C’est au IVème siècle que naquit la légende de Ste Lucie.
Lucia, une jeune fille de la noblesse Syracuse à force de prières répétées à la Vierge Marie, obtint la guérison miraculeuse de sa mère atteinte d’une maladie incurable .

Vouant un culte et une dévotion sans limites à la vierge, Lucia s’arracha les yeux et les jeta à la mer pour ne pas être détournée de sa foi et éloigner ses prétendants.

Toute entière tournée vers la prière, Lucia réalisa de nombreux miracles.
En réponse à cette dévotion, la Sainte Vierge, lui rendit la vue et lui donna des yeux plus beaux et plus lumineux « occhji belli e lucentti ».

L’opercule du coquillage nommé le « Turbo Rugueux » que l’on trouve sur les rivages de la corse symbolise les yeux de Ste Lucie. En porter un, éloigne le mauvais oeil et favorise la chance.

En Corse, « l’oeil de Sainte Lucie » est un porte bonheur.

Il s’agit de l’opercule d’un coquillage que l’on peut ramasser sur certaines plages après une grosse tempête.

La taille des opercules peut varier de 2mm à 3cm. »

10. Le lundi 6 mars 2006, 11:27 par Leeloolene

Pour finir sur cette histoire d’oeil de Sainte Lucie, voici des photos : www.corsicanews.net/decou…
Et j’en finis avec mes commentaires envahissants

11. Le lundi 6 mars 2006, 12:15 par akynou/racontars

Oui, c’est eactement cela.
Je me suis demandée (parce que depuis le temps que je rammasse des coquillages de toutes sortes, j’aurais dû en voir avant), si je ne les avais pas vu avant parce que je ne les conaissais pas ou s’ils sont arrivés dans nos eaux à la faveur d’un cynclone. il y a tant de choses qui sont transportées par les cyclones…

12. Le lundi 6 mars 2006, 12:20 par Leeloolene

Tu as vu qu’en fait ce ne sont pas vraiment des coquillages ??? mais des opercules ??
Moi la première fois que j’ai commencé à en trouver c’est effectivement après les gros cyclones/tempêtes de l’an dernier… Donc peut être que c’est ça qui les a fait arriver en Guadeloupe ! Car moi aussi je n’en avais jamais trouvé auparavant… à étudier et à explorer comme hypothèse. Je vais me renseigner :)
Enfin… en tout cas… je serais moins bête ce soir :) et j’aurais résolu le mystère de ces coquillages bizarres !

13. Le lundi 6 mars 2006, 12:23 par akynou/racontars

Oui, je savais pour les opercules. Ma copine Seashelle m’avait expliqué ça quand j’étais en Corse l’an passé. L’hypothèse cyclone expliquerait aussi qu’à l’aquarium de Gosier, ils n’en aient jamais entendu parlé…