Mercredi 22 février.
Port-Louis, one again 1Je viens de me réveiller et j’entends la voix de Florent, mon beau-frère. Ce qui veut sans doute dire qu’Onélie, sa fille est arrivée et qu’il est temps de me lever si nous voulons partir pour Port-Louis assez tôt. Le truc avec cette plage, c’est d’arriver assez tôt pour avoir un carbet libre dans le meilleur endroit possible, ce qui est assez subjectif. Par exemple, Lou et moi n’avons pas tout à fait le même point de vue sur la question. Elle préfère les carbets situés là où il n’y a pas de barre rocheuse quand moi j’apprécie cette barre, à condition qu’elle soit située à environs trois mètres du rivage. Parce qu’ainsi, il y a comme une petite piscine protégée où Léone et Garance peuvent se baigner sans souci et presque sans surveillance. Mais pour Lou, ce qui compte, c’est d’aller nager en faisant le moins de chemin possible. Elle préado, moi maman. Classique.
En attendant, je prépare le petit-déjeuner des mousmés qui se réveillent les unes après les autres. Céréales au programme qui a un succès fou. Même Onélie accepte d’en prendre un bol avec ses cousines. Personnellement, je préfère mes tartines beurrées et confiturées de coco pour accompagner mon thé. Le pain a une croûte un peu dure, mais une mie délicieuse qui fond dans la bouche.
Ma grande à peine terminé son bol qu’elle va chercher les tomes 4 et 5 d’Harry Potter pour les offrir à sa cousine qui est « trop contente ». Elle n’avait que les trois premiers. Eh oui, j’ai contribué à contaminer une pauvre innocente de plus à la Potter mania. Plus on est de fous plus on rit, sinon, le prosélytisme n’aurait aucun intérêt.
Je prépare la glacière : jambon, salami, maïs (garanti sans OGM, sinon, je n’en mange pas, et mes filles non plus), tomates du jardin et laitue préparées par Liliane. Une bouteille de jus maison, toujours grâce aux bons soins de ma belle-mère qui nous gâte. Et une bouteille de 2 litres de zordinaire. En fait, officiellement, cela s’appelle de L’Ordinaire et il s’agit d’une limonade à l’anis pour laquelle mes filles se damneraient (et moi avec). On ne la trouve qu’aux Antilles et, en Métropole, dans les boutiques qui vendent des produits pays. Nous avons des yaourts pour le goûter et des petits gâteaux, ainsi qu’un pain entier. Nous n’avons plus qu’à nous mettre en route.
Je prends la direction de Morne-à-l’eau qui, comme son nom ne l’indique pas, n’est pas situé au bord de la mer (ni même près d’une rivière). La seule chose remarquable que l’on peut y voir, c’est son cimetière. Il est situé au centre de la ville, sur un gros morne. Quand les morts dominent les vivants… Derrière les grilles, des mausolées décorés de faïence noir et blanc en font un lieu mystérieux et magnifique. Je m’y suis promenée, il y a quelques années, pour y prendre des photos. Je me souviens que Lou était petite, juste un peu plus de 3 ans, et que nous avions eu une grave discussion sur les morts et leurs maisons.
Le cimetière de Morne-à-l’Eau, sur sa colline. Il faudra que je raconte un jour les cimetières guadeloupéens.
Bon, pour le moment, nous tournons à gauche, vers Petit-Canal. Voilà une ville où je ne me suis jamais arrêtée, je n’ai fait que la traverser pour aller ou revenir de Port-Louis, il faudra un jour que je me décide à y faire une halte.
Nous traversons maintenant d’immenses champs de canne. La saison de la coupe a commencé, il y a quelques jours. Flotte dans l’air une odeur incroyable, qu’on n’oublie jamais. Celle du brûlis (les champs sont incendiés avant la récolte pour supprimer les feuilles basses et coupantes, les insectes et autres parasites, enfin pour en faire fuir les animaux et les oiseaux qui pourraient y avoir trouvé refuge). Et puis la fragrance tenace, lourde et délicieuse du jus de la canne taillée qui transforme toute la zone en une gigantesque promesse de dessert ou de bonbon. Lou, Garance et moi adorons cette odeur, mais Léone ne la supporte pas car elle peut aussi être écœurante.
Sur certaines parcelles, nous observons les machines prêtes à entrer en action. Et puis, plus loin, les champs où la canne, trop jeune, ne sera pas coupée, immensité vert métallique, argentée, qui ondule et brille sous le soleil du matin. Les couleurs sont franches, tranchées. Le bleu du ciel sans pardon, le vert des cannes sans rémission. Les yeux en prennent pour leur grade.
Bon, comme d’habitude, si vous voulez voir les photos en plus grand, rendez-vous sur l’album photo…
1. Le lundi 24 avril 2006, 16:34 par andrem
Blanc et noir. Le cimetière de Morne à l’Eau saisit quand on le voit au sortir du carrefour en contrebas. Le mort saisit le vif, dit l’autre, et là c’est pour de vrai. De leurs yeux noirs et blancs ils sont là tous à nous regarder, blancs ou noirs que nous sommes.
On devine que dès le dos tourné pour monter à Port-Louis ou revenir aux Abymes, ils vont tous se mettre à chuchoter sur notre compte et nous tailler un costard pour le prochain ouragan. On n’ose plus s’en aller; et on finit par se prendre pour Victor Hugo méditant sur la mort tel un Booz endormi, assis sur une de ces tombes, le cul entre deux cases, une fesse blanche, une fesse noire.
J’aime surtout les cimetières perdus où s’alignent les coquillages énormes dont tu sauras le nom que j’ai oublié.
2. Le vendredi 28 avril 2006, 14:16 par andrem
J’oubliais aussi. La photo de cette bannière de ce billet, je précise parce que Akynou change de bannière à chaque billet, elle me fait tomber à la renverse.
Leone, je suppose.