Jeudi 23 février.
Nager et sauter 4Nous n’avons pas terminé notre repas quand arrive un groupe d’une trentaine de personnes, des touristes avec quelques ados, dont un plonge direct d’une hauteur de 4 ou 5 mètres, sans même connaître l’endroit. J’en suis estomaquée, d’autant qu’il est suivi de près par deux autres et par deux pères. Totalement inconscients. Ils ont de la chance. Apparemment, les fonds sont dégagés. Mais j’explique aux filles que c’est quelque chose à ne jamais faire. Si je suis assez pointilleuse sur le sujet, c’est qu’un de mes camarades d’enfance s’est pété les cervicales en plongeant d’un endroit comme il le faisait tous les ans. Sauf que cette année là, le banc de sable avait bougé. Depuis, il est dans un fauteuil roulant. Pour une grand sportif, c’est tout de même malheureux.
Lou qui est assez hypocondriaque et apeurée par tout ce qui bouge, est très impressionnée par mon histoire. Elle n’est pas la seule. Un maman m’écoute et tente de raisonner son gamin. « Il y a des accidents ici ? » me demande-t-elle. « Tous les ans », réponds-je sans sourire. Et c’est ce moment là que choisi le jeune homme silencieux, celui qui m’a porté ma glacière, pour plonger du point le plus haut de la cascade. Ruinant toute ma démonstration. Je me suis légèrement sentie tébè sur ce coup-là. Mais bon, j’ai charge d’éducation, moi.
En fait, deux garçons assurent le spectacle. Ils sont visiblement du coin, connaissent la cascade par cœur. Et que je plonge de droite et que je plonge de gauche et que je fais le toboggan et que je fais le saut de l’ange. Lou est estomaquée. Euh, moi aussi. Il m’est arrivée de plonger de 5 mètres de haut quand j’avais 13/14 ans et que j’étais totalement inconsciente. Mais je serai tout à fait incapable de recommencer maintenant. D’ailleurs, pas plus tard que tout à l’heure, j’ai plongé d’un petit 2 mètres et je me suis fait rudement mal à l’épaule. Je ne suis plus aussi musclée, je ne tiens plus mes bras assez rigides en rentrant dans l’eau et mon articulation, fragile en ce moment, a pris un coup. Mais enfin, je voulais montrer à mes enfants que j’avais quelques restes.
Au bout d’une demi-heure, le groupe repart. Nous sommes de nouveau presque tranquilles. J’en profite pour aller nager avec l’appareil photo sous-marin. Je veux prendre des photos de la cascade de face. Je traverse le courant et choisi un angle de rocher sur lequel j’espère m’accoter.
En fait le courant, très fort, m’emporte. J’insiste, j’y retourne plusieurs fois et je manque de me noyer. Je suis furieuse contre moi. J’ai passé une heure à donner des leçons de prudence aux autres pour faire deux énormes conneries dans ma journée qui auraient pu me coûter cher. Emmener Garance trop loin dans la mer le matin à la poursuite de la tortue. Et me noyer connement pour prendre une photo.
Je sors furieuse avec un point d’angoisse. Je me traite de tous les noms, je suis une mauvaise mère qui met ses filles en danger. J’en aurais presque les larmes aux yeux. Et puis Lou m’appelle pour me montrer comment elle et Léone plongent ensemble de hauteurs différentes. Leurs rires et leur joie l’emporte et je finis par me calmer.
Garance réclame la bouée. Elle veut nager. Je lui lance un défi. Elle n’a pas besoin de bouée. Elle ne le sait pas encore, mais moi je le sais. Je sais qu’elle nage très bien. Ce qui est merveilleux dans l’enfance, c’est la confiance. Elle me suit en nageant. Elle fait un mètre, puis deux, puis trois. Revient enfin.
Evidemment, je la suis de près. Elle repars, puis revient. Puis elle repart et se dirige résolument vers la cascade. Heu… faudrait peut-être pas pousser là, non ? Elle rit. Elle sait nager. Elle en est enfin consciente. Et elle n’a aucun problème. Elle se lâche. Elle décide d’essayer de sauter sans sa bouée.
Pour le premier saut, je suis dessous, pour la rassurer, pour l’encourager de la voix. Elle hésite. Elle a peur. Mais c’est une battante que la peur n’arrête pas. Elle se lance, elle disparaît dans l’eau et en ressort en riant aux éclats. Elle est fière d’elle. Toute l’assistance l’applaudit.
Elle n’arrêtera plus de l’après-midi.
Du coup, c’est Léone qui fait la tête. Elle veut sauter sans bouée. Je pense qu’elle serait capable de le faire. Mais je ne veux pas qu’elle vole la gloire de Garance. Et elle n’a que 5 ans. Elle fatiguerait beaucoup trop vite. Ce sera pour l’année prochaine.
Je sors de l’eau et m’installe sur un rocher au soleil. Un couple d’américains et ses deux filles sont assis à côté de moi. Lui s’apprête à plonger du seul endroit où c’est dangereux car il y a sous l’eau un banc de roche qui fait bien un bon mètre de large. Je lui explique qu’il peut le faire de partout, sauf de là. Il rit et me remercie. Sa femme parle bien français. Nous discutons un peu ensemble. Ils sont adorables. D’abord, ils trouvent mes filles très belles. Alors évidemment, ce ne peut être que des gens bien.
L’après-midi passe ainsi, entre rires, plongeons, bains, jeux. Bref, du pur bonheur. Mais l’heure tourne. Il va falloir songer à rentrer. Les filles sortent de l’eau à regret et commencent à se changer. Je leur donne à goûter. Les Américains aussi se préparent à partir. J’ai la bouteille de jus à la main et je ne sais pas pourquoi, je leur en propose en leur expliquant que c’est du jus de fruit frais, préparé par ma belle-mère, goyave, pamplemousse et maracudja. Un pur délice. En voyant leur tête surprise, je me dis : mais tu es complètement folle. Ils ne vont jamais accepter, c’est totalement antihygiénique ce que tu fais là. En fait, si, ils goûtent. Bon, ils ne boivent pas. Mais ils goûtent. Et trouvent cela délicieux.
…/…
Bon, comme d’habitude, si vous voulez voir les photos en plus grand, rendez-vous sur L’album photo…
1. Le mercredi 3 mai 2006, 09:56 par clopine trouillefou
Dans les Gorges du Tarn, un copain a sauté dans les remous… Y avait juste une pierre, même pas bien grosse, que les remous avaient rendu invisible. Ca a été l’horreur, le corps qui flottait inconscient, le sang. On a dû le remonter, on a appelé le SAMU, on a foncé à l’hôpital de Millau : trépanation, le copain a été sauvé, mais depuis, il est resté chauve et une grande cicatrice zèbre son crâne.
Tu n’es pas du tout irresponsable, Akynou. Les accidents peuvent venir ternir les plus belles lumières, les plus beaux jours.
Et puis t’as pas besoin d’américains pour le savoir, que tes filles sont belles. Garance a des cheveux absolument magnifiques. Tu peux lui raconter, de ma part, que les vrais cheveux roux, comme les siens, sont ceux qui ont le plus de valeur au monde, et tu sais pourquoi ? Parce que ce sont ceux qui réagissent le plus au degré d’humidité dans l’air. Ils sont réactifs une à deux fois plus vite que les autres, et gonflent et rétrécissent bien plus que n’importe quels autres cheveux.
Du coup, toutes les stations météo du monde utilisent ce précieux et noble « matériau ». Si vous allez visiter une station météo, demandez à voir la petite boîte servant à l’hydrométrie. Dedans, il y a une sorte de petit appareil, et au milieu, comme une très fine tresse… de cheveux roux ! N’empêche que c’est d’une utilité extrême, pour prévoir le temps. Et prévoir le temps est également d’une utilité extrême. Il y a ainsi eu, sûrement, des vies sauvées grâce à un petit bout de chevelure rousse (achetée très cher par les fabricants d’hydromètres, d’ailleurs) . C’est une vraie fierté, je trouve !
Et surtout, surtout, qu’elle ne s’en fasse pas avec les conneries qu’on raconte sur les roux et les rousses, et les surnoms genre « poil de carotte ». Cela vient tout simplement de superstitions d’un autre âge, quand la pauvreté des connaissances scientifiques faisait croire n’importe quoi. Les Romains croyaient ainsi que le ventre des femmes n’étaient qu’une sorte de pot, que seule la semence masculine était nécessaire pour faire un enfant. A contrario, certaines tribus africaines, matriarcales, étaient persuadées que l’homme n’avait aucune part à l’affaire, et que seule la femme était responsable de la fécondation. C’est dans un contexte oscurantiste de ce genre que les cheveux roux ont été décriés, rattachés au satanique, au « pas bien ». Ces cons-là croyaient qu’on était roux parce qu’on avait été conçu pendant les règles de la femme, donc, pendant une période « taboue ». D’où anathèmes et conneries diverses.
Moi qui te parle, j’ai été littéralement scotchée, lors d’un voyage en Irlande, par la chevelure rousse d’une jeune fille qui marchait le long d’un chemin creux. Il y a avait le vert absolu de la prairie, le bleu intense de la mer, derrière, et ses cheveux roux, gonflés, qui bougeait dans le vent… Le cliché typique de couverture de brochure touristique, mais quand tu le vis vraiment, que tu regardes ça et et que toi aussi tu sens le vent sur ton visage, que tu as le bruit de la mer derrière et qu’en plus, la jeune fille rousse te sourit, alors, là, tu te dis que parfois, miraculeusement, la présence humains fait intimement partie de la beauté du monde !
Embrasse Garance pour moi, veux-tu ?
Clopine
2. Le mercredi 3 mai 2006, 15:01 par andrem
Au moins tu as eu la présence d’esprit de ne pas leur dire, aux américains, qu’il fallait aussi faite mariner un crapaux buffle une heure avant de consommer.
Et circonstance atténuante: le photographe qui ne prends pas de risques pour La photo n’est pas un photographe. Simplement, certains jours, il vaut mieux ne pas l’être et jeter son jetable.
Moi, je suis un photographe jetable.