Jeudi 23 février.
Nager et sauter 5Nous traînons à ranger toutes les affaires puis nous partons enfin. La glacière, allégée de deux litres et de la nourriture est certes plus légère mais j’en ai plein les jambes après la course du matin en mer et la baignade ici. C’est dur. J’ai le souffle court. Je souffre. Mon cœur fait des bonds dans ma cage thoracique. Je me demande si je ne vais pas claquer ici. Mais je continue. De toute façon, je n’ai pas le choix.
Quand j’arrive enfin, je suis rendue à l’état de légume. Je balance la glacière dans le coffre, fait le tour de la voiture pour me changer à mon tour discrètement. Et je tombe sur l’antenne de la voiture, par terre, cassée nette. Alors soit quelqu’un me l’a arrachée (un qui n’aime pas les Martiniquais blancs) soit je suis passée trop près d’une branche basse et, comme la voiture n’est pas toute jeune et un peu cuite, ça a suffit pour casser l’antenne. En tout cas, ça m’embête. Je prend l’objet et le met dans la voiture. Les Américains arrivent à leur tour. Ils sont garés juste derrière moi. En fait ce sont eux qui ont cassé mon antenne et, maintenant, ils sont bien emmerdés de voir que je suis si gentille.
Non, je déconne. Ils offre des bonbons aux filles, des bonbons au sucre avec écrit, en anglais bien sûr, des mots d’amour. Nous passerons une partie du voyage à les manger et moi à traduire ce qu’il y a écrit. Le vert a un goût de cactus, le rouge de fraise, le violet de violette, l’orange… d’orange, bravo. Et le blanc est absolument immonde. Nous avons toutes goûté. C’est imbouffable. Du coup, on les garde pour Yasmina. On met même au point un plan diabolique. On en garde un de chaque couleur qu’on se distribuera devant elle. On se régalera. Et quand elle en réclamera un, on lui filera un blanc. NA ! C’est très con, mais ça défoule Et surtout, ça nous occupe sur le chemin qui est assez long.
Nous arrivons vers 18 heures à la maison. Impeccable. Je téléphone au frère d’une de mes meilleures amies à Paris qui m’a donné, pour lui, une lettre, et quelques présents. Ils ont malheureusement tous les deux perdu leur mère la semaine précédente et, hier, quand je lui téléphoné pour la première fois, il rentrait juste de Martinique. Je lui ai proposé de passer par Capesterre-Belle-Eau où il demeure. Ou de m’arrêter à Jarry, où il travaille. « Mais non, il n’en est pas question, vous vous êtes donné assez de mal. Appelez moi quand vous êtres rentrée, je passerai chercher le paquet. » C’est charmant et adorable. Et puis je comprends aussi. C’est pas le moment d’envahir chez lui.
Je l’appelle donc sitôt arrivée, tente de lui indiquer le chemin depuis Jarry (je connais la route par cœur, mais pour expliquer…) et j’attends son arrivée. Evidemment (c’est quasi immanquable dans la zone où nous habitons), il se perd et c’est là qu’on bénit les portables maudits le reste du temps. Il finit par arriver. Il est très ému. Il est très gentil. Nous échangeons quelques mots, un peu gênés. Les circonstance, vous comprenez, oui, ne vous en faites pas, je comprends tout à fait et vous avez été très gentil de passer. Non, c’est vous de vous être chargée du paquet…
Il finit par repartir, un peu poussé par ma belle-sœur qui rentre et voudrait bien sa place pour garer la voiture. Elle arrive sur la terrasse avec Yasmina et Lou, très pressée de mettre notre petit scénario en pratique, se précipite sur sa cousine et joue très mal la comédie. Si mal, que sa tante l’envoie dans les cordes en disant : « Yasmina ne mange pas de bonbon ! » Heureusement pour elle. Mais j’explique à Lou que lorsqu’on prépare une mauvaise (mais pas méchante) blague, il faut s’y prendre un peu subtilement.
Bon, ce n’est pas tout ça. Mais nous avons un costume à faire. Je m’installe sur la terrasse avec les tissus, les colles, les ciseaux, le carton. Je commence par la coiffe. Je prends les mesures, découpe de carton. Encolle le tissu rouge et entreprend d’y coller les plumes jaunes et les noires en couronnes. Ça tient pas. Ça m’énerve. Je finis par séparer les deux couches de carton, y mettre les plumes, refermer avec la colle. Puis je dîne. Quand je retourne à mon travail, je me rends compte que les plumes tiennent bien. Je décore alors avec un morceau de toile de jute, des fausses pierres précieuses, des morceaux de papier doré ou argenté. Lou me regarde. Elle aimerait bien faire, mais en même temps, elle a envie d’aller regarder la télé. Elle laisse tout en plan pour se coller devant le poste. Ce n’est pas grave, je vais continuer seule. Je suis bien là, sur la terrasse, au frais dans les courants d’air. Il est 23 heures passé quand je rejoins Lou et Léone dans mon lit. Comme tous les soirs, je dois les déplacer pour me faire une petite place. Et c’est mes deux bébés collés à moi, que je m’endors. Les bras de Morphée ont la peau douce et chaude.
Le mercredi 3 mai 2006, 15:09 par andrem
Je ne trouve rien pour casser l’ambiance. Au cinquièmement toutes mes flèches se sont ramollies dans l’humidité de la glacière, et mon crapaux buffle s’est endormi à son tour.
Oui je persiste. Oh, trop facile sinon.
Et je n’ai même pas attendu quatre heures.