Escale à Bréhat
Vendredi 11 juillet 2003
Aujourd’hui, nous nous levons tôt car nous partons en excursions sur l’île de Bréhat. Il faut monter tout là haut, à la pointe d’Arcouest pour prendre le bateau. Et la dernière heure idéale que j’ai calculée, en regardant sur le site, c’est 11 h 30. Donc nous devons partir à 9 heures.
Évidemment, rien ne se passe comme prévu. Si mes enfants se lèvent, elles sont
suffisamment dans les vapes pour traîner des pieds (même à l’idée d’une balade en bateau). N., levé lui aussi, me demande son petit déjeuner mais ne le mange pas. Il fait la tête. Il aimerait tellement partir avec nous. Malheureusement, je n’ai que trois places à l’arrière dans la voiture. Et puis Garance s’est fait bouffé par les moustiques. Elle a le visage tout bouffi. Une des piqûres est proche de l’œil qui, du coup est quasi fermé.
C., elle, dort du sommeil du juste et malgré tout le raffut que font les enfants prenant un petit déjeuner, elle n’ouvre même pas un œil. Nous la laissons dormir. Nous partons, enfin, avec quand même une demi-heure de retard sur l’horaire. Y’a rien de pire pour me stresser. Et en ce moment, question stress, je ne sais pas si c’est la pleine lune ou
pas, mais je suis au top. Remontée comme une pendule. Nous nous arrêtons dans une
pharmacie pour Garance qui a mal à ses piqûres. Je la montre à a pharmacienne histoire de l’amadouer et qu’elle me donne un truc efficace. Rien n’y fait, elle me vend un crème qui apaise les piqûres normales, pas les allergies !
La route se passe sans encombre. Il n’y a quasiment personne. Le temps est grisailleux, voire presque bruineux. Je m’en fout, on se baignera peut-être pas, mais on ira quand même faire cette balade à Bréhat. Et puis j’ai prévu les manteaux de pluie.
Bien m’en a pris, car une fois arrivée à destination, sur la pointe, au bout du bout des terres, le vent est là, bien froid.
J’ai tellement bien roulé que nous sommes légèrement en avance. Nous garons la voiture dans le parking ad hoc et rejoignons le quai. En attendant le bateau, nous nous pelons un peu et je prie pour que l’enthousiasme des filles ne retombe pas.
Nous optons pour la traversée longue. De la pointe à Bréhat, il doit y avoir dix minutes de bateau à tout casser. Mais si on fait le tour de l’archipel, ça dure beaucoup plus longtemps et on voit des jolies choses… Surtout que nous sommes à marée basse et qu’il est impossible de passer par les chenaux qui offrent de beaux raccourcis.
Deux goéland vole à l’arrière du bateau. Il feront le tour avec nous. Des habitués sans doute. J’en profite pour expliquer à Lou la science des vents et des courants d’air des oiseaux en général et des goélands en particulier…
Nous passons près des phares, nous côtoyons de nombreuses îles privées… certains ont bien de la chance. Comme disait Coluche, si tout le monde est égaux, il y en a de plus égaux que d’autres… Nous arrivons à Bréhat, sur le quai n° 2, le plus loin dans la mer. Nous aurions eu du mal à arriver au quai 1 qui est complètement à sec, comme les bateaux échoués sur le sable. Lou a du mal à comprendre le phénomène des marées. Il faut dire qu’aux Antilles, elles sont quasiment inexistantes, la différence entre marée haute et basse étant de moins de 1 mètre.
Arrivés dans le port, nous avisons un loueur de vélo. J’aperçois des sièges enfant et je me dis que, voilà la bonne idée : arpentons Bréhat en vélo. Lou saute de joie. C’est pas tellement le cas du Nôm. Faut dire que la location n’est pas donnée. Normal, puisque c’est une location. Mais tout de même. J’entraîne cependant Le Nôm dans l’aventure qui tout en râlant est très heureux de remonter sur une bicyclette. J’avais découvert, quelques années auparavant, à l’occasion d’un week-end chez un de mes cousins, qu’il aimait assez ça…
Nous louons donc trois vélos, deux adultes avec siège enfant pour Léone et Garance qui ne savent pas encore en faire, un petit (un peu trop d’ailleurs) pour Lou. Avec les casques qui s’imposent et que je n’arriverai jamais à mettre sur la tête de Léone sauf une demi-heure avant de rendre les vélos… et nous voilà partis à l’aventure.
Première mission, trouver un endroit où déjeuner à l’ombre. Pas facile, le temps de prendre les vélos, les autres touristes nous ont précédés dans les restaurant. J’en avise un qui semble avoir encore quelques places. Mais c’est une pizzeria. Et je n’ai aucune envie de manger une pizza à Bréhat !
Heureusement, j’aperçois un deuxième menu, avec grillade de poisson et coquilles saint jacques. Miam ! Nous nous installons, les filles sont mortes de faim. Pour les deux plus jeunes, toujours pas prise de risque, on prend jambon frites. Lou se lance dans l’aventure d’une cassolette de pâte aux fruits de mer. Et les deux gourmands de service se prennent des brochettes de coquilles saint-jacques avec de la ratatouille. Le tout arrosé de cidre.
Léone aimerait bien le goûter ce cidre. Elle adore tout ce qui pétille. Elle prend même ça pour du Coca… J’ai toutes les peines du monde à l’empêcher de se saisir de mon verre à chaque fois que je le pose.
Après déjeuner nous descendons vers le bourg. Interdiction de rouler en vélo. Pas facile de marcher à côté de la bicyclette avec les mominettes sur le siège. On s’arrête à l’office du tourisme pour prendre une carte et nous voilà partis à l’aventure.
Bréhat serait créole, elle aurait volé son nom à la Martinique : Madinina, l’île au fleurs. Elles sont partout, omniprésentes et magnifiques. ce sont les reines de l’endroit et il est impossible de ne pas leur rendre hommage. On y trouve des mimosas, des myrtes, des figuiers, des amandiers, des eucalyptus, des landes couvertes de bruyères, mais aussi des géraniums étonnants, des roses trémières (que j’adore).
L’histoire dit qu’elle fut fondée au Ve siècle par un moine anglais fuyant les pillards qui
mettaient à sac la Grande Bretagne. Il fut rejoint par d’autres moines qui firent de l’île un
centre de formation religieux. De nombreux saints patrons bretons qui fondirent des
paroisses d’Armorique furent formés à Bréhat… Par la suite, la vocation de l’île fut
essentiellement maritime.
Il n’y a pas de véhicule à moteur à Bréhat si ce n’est quelques tracteurs. C’est un bonheur que d’y rouler à bicyclette sans être dérangé ni déranger. On y observe de nombreux oiseaux dont des fous de bassan. Et pour ceux qui n’ont pas fait de vélo depuis des siècles (genre moi) et qui tirent en plus de leur poids conséquent un bébé d’environ 15 kilos, le sol n’est pas trop accidenté. Je veux dire qu’il n’y a pas trop de colline à grimper. Quelques unes, juste histoire de ce dire que finalement, on n’est pas si rouillé que ça.
La plus importante de toute façon se grimpe à pied, par l’escalier. c’est celle de la chapelle Saint Michel. Elle fut juchée sur un tertre granitique de 26 mètres de haut au XVIIIe siècle. Une fois là haut, le panorama est magnifique et embrasse l’ensemble de l’archipel. Une fois redescendu les X marches de la chapelle, nous remontons en vélo et prenons les routes au hasard.
Nous voici au moulin de Birlot, un drôle de moulin puisqu’il doit être noyé à marée haute. Et pour cause, m’explique-t-on, c’est un moulin à marée : il fonctionne, comme son nom l’indique, avec la marée ! Mais pas avec la force de la mer au flux et reflux, comme j’aurai pu le penser avec ce nom. Son fonctionnement est celui d’un moulin à eau classique une fois que la mer s’est suffisamment retirée et que la roue est à sec. Ici, cela correspond au niveau de la mer à mi-marée. Il y a donc trois heures de descente de la mer jusqu’au bas de l’eau et trois heures de remontée pour revenir à mi-marée, soit six heures de travail possible. On y faisait de la farine de froment, d’orge et de blé noir. Il fut abandonné par les îliens quant un boulanger commença à importer sa farine du continent, il a été remis en état par une association qui a également créé un site sur Birlot.
Nous remontons vers l’île nord (ah oui, l’île de Bréhat, perle de l’archipel du même nom, est aussi composée de deux îles, comme la Guadeloupe…) et nous y accédons en passant un petit pont. Un petit pont oui, mais construit par Vauban soi-même !
Le guide explique qu’il y a une grande différence entre l’île nord et l’île sud. L’une serait balayée par les tempêtes et offrirait un aspect presque désertique, tandis que l’autre serait un vrai jardin d’Eden. Franchement, et je vais peut-être en faire hurler certains, en tout cas ceux qui connaissent, je n’ai pas remarqué une si grande différence. Bon, c’est vrai sur l’île sud, il y a beaucoup plus d’habitations, de maisonnettes aux jardins luxuriant. Mais la première a aussi quelques demeures, des champs, des arbres, des fleurs. enfin, je ne voyais pas le désert sous cet aspect. Comme quoi, tout est relatif.
Nous n’avons pas le courage d’aller jusqu’au phare du Paon. Et puis nous l’avons vu du bateau. Je me suis d’ailleurs demandée l’origine de son nom. Y’avait-il de nombreux paon sur l’île.? Pas du tout a expliqué le capitaine du bateau. C’est du breton déformé (ce fut fréquent), c’était le phare du Penn qui veut dire tête. Ce qui est beaucoup plus explicite si on tient compte de sa position de tête de pont de l’île. On nous a raconté aussi que jusqu’en 1944, la garde en était assuré uniquement par des femmes. Qu’il est construit en granit rouge propre à l’île. Cette couleur proviendrait du sang d’un homme précipité à la mer par ses deux fils…
Pas de paon, d’accord, mais on va tout de même voir son voisin du Rosédo. En fait il n’y a rien à y voir. On aurait pu s’abstenir. Nous rebroussons chemin, replongeons vers l’île sud. Nous passons devant la pépinière, mais sans nous arrêter. Ce ne serait pas raisonnable. J’aurais bien acheté quelques agapanthe pour C., mais je ne sais pas si elles auraient supporté le voyage en vélo. surtout avec la chaleur qu’il fait.
D’ailleurs, nous en avons assez d’avoir chaud. Nous piquons vers la plage du Guerzido. Piquer est le mot car la plage est au bout d’une descente assez importante. Nous préférons descendree de vélo et y aller à pied. La petite crique de galets (à marée basse, il y a un peu de sable) est très abritée du vent. Par contre, Dieu que l’eau y est froide. Mais cela fait tout de même du bien. Les filles s’amusent dans les galets, un peu dans l’eau mais pas trop. Le Nôm et moi y restons plus longtemps.
Mais il est temps de repartir. Nous nous rhabillons et reprenons nos vélos. la côte est dure à monter, même à pied. Nous nous dirigeons tranquillement vers le port. Une passante accepte de nous prendre tous les cinq en photo. Autant dire que je me déteste là dessus. mais bon, il faut sacrifier à quelques rites tribaux.
Nous rendons nos vélos, achetons quelques cartes postales, puis rejoignons le bateau, amarré au quai n°1 car la marée est haute. Bientôt, l’île s’éloigne. Un des passagers tend son bras vers les goélands, faisant mine de leur donner à manger. Ceux-ci plongent vers la main tendue, effectuant des rétablissement impressionnant. Les filles se régalent du « pestacle ».
Nous accostons bientôt, rejoignons la voiture et repartons vers la maison de C. Celle-ci nous a préparé une surprise : un plateau de fruit de mer, avec deux beaux tourteaux, des bulots, des moules, des crevettes, des escargots de mer… un régal arrosé de gros plan.




