Capturer la nuit
Il y a des nuits où je redeviens petite fille. Celles où la Lune est pleine et éclaire le la ville. Petite déjà, j’étais capable de la regarder des heures durant, assise sur mon pot devant la porte fenêtre de notre appartement. Ma mère, émue par ce tableau, s’accroupissait à mes côtés et me répétais : « La Lune, c’est la Lune… » Jusqu’à la nuit où j’ai répété : « La Lune. » Ce serait ainsi, dixit ma mère, le tout premier mot que j’aurais prononcé (sans doute après papa et maman quand même, mais je n’en suis pas sûre).
Je ne me souviens pas avoir eu peur la nuit. Et notamment pas quand on pouvait voir la Lune. Je me souviens de vacances dans la maison de campagne de ma grand-mère. J’avais 7 ou 8 ans. Nous revenions de chez des amis de ma grand mère, ou de la ferme où nous achetions le lait et les œufs. Il faisait déjà nuit, ce devait être l’hiver. La Lune éclairait le chemin blanc. Et je trouvais cela totalement magique, cette lumière à la fois douce et froide.
Quelques années plus tard, nous avons quitté la région parisienne pour nous installer à Isle d’Espagnac, en banlieue angoumoise. Le premier hiver, la neige à fait son apparition. Ne me demandez pas si c’était à Noël, je ne m’en souviens pas, je n’avais que 9 ans. Ce dont je me souviens, par contre, c’est cette nuit froide et claire (pas un nuage) où la Lune pleine se réverbérait sur la neige. On y voyait comme en plein jour. La lumière emplissait la chambre. Je me suis relevée, me suis installée près de la fenêtre pour regarder cet incroyable spectacle.
Des année plus tard, j’ai retrouvé cette luminosité étonnante lors des deux éclipses totales du soleil auxquelles j’ai pu assister. Cette lumière lunaire, si différente de celle du soleil…
Quand j’ai eu 16 ans, mes parents m’ont envoyée dans une famille en Espagne, en Galice très exactement. Le père était président du club nautique. Aussi j’ai passé mon été à faire de la voile avec mes camarades. Un soir que nous rentrions dans la ria de Arosa, nous avons assisté à un spectacle que là non plus je ne suis pas prête d’oublier. Derrière, le soleil se couchait en nous éclaboussant de tons rouge orangé. Devant nous, dans le ciel déjà sombre, la Lune sortait de derrière les collines, énorme et verte. Epoustouflant. Je ne faisais pas de photo à l’époque. Je 1e regrette un peu.
Des souvenirs de Lune, j’en ai des centaines. J’ai guetté des éclipses lunaires (quand l’ombre de la Terre passe sur son satellite), Lune montante, Lune descendante, Lune sur la mer, Lune en montagne, Lune dans les Caraïbes, je suis un Pierrot lunaire…
Il y a des nuits où je redeviens petite fille. Comme la nuit dernière. Mon jardin était éclairé. Il avait un peu neigé et le givre envahissait les toits mais on ne voyait pas encore la Lune. A 1 heure du matin, elle est au dessus de la maison et on ne peut la voir qu’à partir de 3 heures du matin. Je me suis couchée sans fermer mes volets, pour laisser sa lumière envahir ma chambre. Régulièrement, je me suis réveillée et me suis levée pour voir où elle en était de sa promenade du soir. J’ai pris des photos avec mon portable comme pour capturer cette nuit. Ce qui est totalement dérisoire. Mais mon appareil était dans mon bureau où dort un invité de la maison.
J’ai réitéré à 5, puis 6 heures. Et puis vers 8 heures, quand il faisait grand jour. Elle était toujours là, derrière les branches de l’arbre de mon jardin.
Une nuit morcelée, mais pas d’insomnie. Juste un petit dialogue avec mon amie la Lune.
C’est vrai qu’elle est belle!!!
Et fidèle.
Très joli texte.
merci 🙂
Ah la Lune, moi aussi, elle me fascine, et je peux passer de long moment à l’admirer 🙂 Et marcher au clair de lune, un bonheur !
Gilsoub, ça ne m’étonne pas de toi 🙂