Monsieur l’ambassadeur,
Les périodes de crise sont propices à toute sorte de décisions malencontreuses. George W Bush a pris prétexte de l’atroce attentat du World Trade Center pour envahir l’Afghanistan, puis l’Irak, interventions qui étaient prévues bien avant que les deux tours ne s’effondrent. Mon gouvernement tente de mettre sur le dos de l’actuelle crise économique la mise à sac de notre service public (école, santé, recherche, énergie, etc), destruction planifiée bien avant le crack. Et votre ex ministre de l’Agriculture a décrété la hausse du quota de chasse à la baleine juste avant que son gouvernement ne tombe. Sans doute en espérant que ces changements de quotas passent inaperçus.
Ben c’est raté. Le procédé est douteux et surtout tellement connu qu’il faut vraiment être aux abois pour s’imaginer que nous puissions encore être dupes. C’est d’autant plus ballot que cette décision est autant inacceptable, dangereuse et désastreuse pour l’environnement qu’elle sera nuisible pour l’économie de votre pays. Favoriser une activité qui n’est rentable que par les subsides de l’Etat quand ce même Etat connaît une grave crise financière, voilà ce qui s’appelle se tirer un trident dans le pied.
J’espère de tout cœur que votre pays reviendra à des dispositions plus raisonnables et saura tirer les leçons de malheureux précédents.
Un de nos plus grands poètes, Jacques Prévert, a écrit ce texte que la plupart d’entre nous apprenons à l’école.
« À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Disait le père d’une voix courroucée
À son fils Prosper, sous l’armoire allongé,
À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine,
Tu ne veux pas aller,
Et pourquoi donc?
Et pourquoi donc que j’irais pêcher une bête
Qui ne m’a rien fait, papa,
Va la pêcher, va la pêcher toi-même,
Puisque ça te plaît,
J’aime mieux rester à la maison avec ma pauvre mère
Et le cousin Gaston.
Alors dans sa baleinière le père tout seul s’en est allé
Sur la mer démontée…
Voilà le père sur la mer,
Voilà le fils à la maison,
Voilà la baleine en colère,
Et voilà le cousin Gaston qui renverse la soupière,
La soupière au bouillon.
La mer était mauvaise,
La soupe était bonne.
Et voilà sur sa chaise
Prosper qui se désole :
À la pêche à la baleine, je ne suis pas allé,
Et pourquoi donc que j’y ai pas été?
Peut-être qu’on l’aurait attrapée,
Alors j’aurais pu en manger.
Mais voilà la porte qui s’ouvre, et ruisselant d’eau
Le père apparaît hors d’haleine,
Tenant la baleine sur son dos.
Il jette l’animal sur la table, une belle baleine aux yeux bleus,
Une bête comme on en voit peu,
Et dit d’une voix lamentable :
Dépêchez-vous de la dépecer,
J’ai faim, j’ai soif, je veux manger.
Mais voilà Prosper qui se lève,
Regardant son père dans le blanc des yeux,
Dans le blanc des yeux bleus de son père,
Bleus comme ceux de la baleine aux yeux bleus :
Et pourquoi donc je dépècerais une pauvre bête qui m’a rien fait?
Tant pis, j’abandonne ma part.
Puis il jette le couteau par terre,
Mais la baleine s’en empare, et se précipitant sur le père
Elle le transperce de père en part.
Ah, ah, dit le cousin Gaston,
Ça me rappelle la chasse, la chasse aux papillons.
Et voilà
Voilà Prosper qui prépare les faire-part,
La mère qui prend le deuil de son pauvre mari
Et la baleine, la larme à l’œil contemplant le foyer détruit.
Soudain elle s’écrie :
Et pourquoi donc j’ai tué ce pauvre imbécile,
Maintenant les autres vont me pourchasser en moto-godille
Et puis ils vont exterminer toute ma petite famille.
Alors éclatant d’un rire inquiétant,
Elle se dirige vers la porte et dit
À la veuve en passant :
Madame, si quelqu’un vient me demander,
Soyez aimable et répondez :
La baleine est sortie,
Asseyez-vous,
Attendez là,
Dans une quinzaine d’années, sans doute elle reviendra…’’
A lire sans modération en écoutant le chant des baleines.
Je vous pris d’agréer, Monsieur l’Ambassadeur, l’expression de ma haute considération.
Akynou
Voici donc le mail que, sur la suggestion de Moukmouk, j’ai envoyé à M. l’Ambassadeur. Et je vous encourage à faire de même. A cette adresse là : icemb.paris@utn.stjr.is pour les Français ou celle-ci [pour les Canadiens : icemb.ottawa@utn.stjr.is. Et si vous voulez en savoir plus, vous pouvez aller faire une petite visite à Moukmouk, il vous expliquera tout tout tout.
Le jeudi 29 janvier 2009, 00:14 par Karmara
Moi j’aime bien les baleines – et le prénom Prosper -, mais le lien ne fonctionne pas.
2. Le jeudi 29 janvier 2009, 02:41 par akynou
Celui de moukmouk fonctionne et les deux adresses mails y figure. Je changerai le post dès que j’aurais un moment (oui, pour Prosper, il me semblait bien ;-))
3. Le jeudi 29 janvier 2009, 13:17 par Moukmouk
merci beaucoup. L’Islande se sait très surveillé alors plaignons nous.