Mardi 21 février.

Je me ruine

Après les deux journées précédentes, aujourd’hui, temps calme. Les filles sont rentrées heureuses, mais complètement épuisée. Lou n’a même pas été a sa réunion, trop fatiguée. C’est Lina qui a pris tous les renseignements pour nous.

Après le ménage, voiture direction Pointe-à-Pitre pour les achats de tissu, plumes et autres fanfreluches. Comme la fois précédente, je lâche les filles sur l’aire de jeu de la place de la Victoire et vais tourner en ville à la recherche d’un endroit libre et gratuit pour me garer. Ce qui n’est pas si évident car Pointe-à-Pitre n’échappe pas à la règle et a vu ces dernières années une floraison impressionnante de parcmètres.

A force de tourner virer, je finis par trouver mon bonheur. C’est assez loin du centre, mais c’est calme et tranquille. En revenant vers la place de la Victoire, que vois-je ? un cyberpoint avec des prix d’appel pour Internet défiant toute concurrence : 4,50 euros de l’heure quand partout ailleurs les tarifs tournent autour de 7 à 9 euros. Je me dis que l’après-midi, pendant que les filles seront sur l’aire de jeu toute proche, je vais m’offrir une petite ligne de surf. Et surtout relever mes messages qui doivent saturer mes boîtes à mails…

 Place de la Victoire, Pointe-à-Pitre

Pour le moment, nous devons nous occuper des achats car le temps nous est compté. La plupart des boutiques ferment à midi. Nous allons dret-là à Espace couture où se pressent quantité de femmes qui ont toutes le même but : acheter les fournitures pour le costume de carnaval de leurs chers bambins. C’est que vendredi prochain, dernier jour avant les vacances, c’est le carnaval des écoles et il s’agit d’être prêt. Ici, les enfants sont toujours en congés pendant la semaine de carnaval. Et on comprend pourquoi : ce serait vraiment trop cruel de les faire travailler alors que toute la Guadeloupe est en fête.

Ça ne m’arrange pas du tout. Mes rivales prennent d’assaut les trois quatre vendeuses. Je vais y passer des heures. Si Mas Ka Klé n’avait pas de compte ici (10% de réduction), j’irais voir ailleurs si le tissu est plus accessible. J’adopte ma tactique habituelle : je repère une vendeuse et la suis à la trace dans tous ses déplacements tout en prenant les petits accessoires à coller sur le costume. Plumes noires, 5 euros le paquet, il y en a une centaine, j’en ai besoin d’une dizaine, mais « non, on ne fait pas le détail ». Idem pour les jaunes. Je laisse tomber les rouges. J’en aurais pour 15 euros rien qu’en plumes… D’autant que je dois encore acheter la verroterie (5 euros le paquet et il m’en faut deux), la peinture rouge pour le visage (2,50 euros.), 2 mètres de jut, 3 mètres de cotonnade rouge, une corde pour faire la ceinture et de l’élastique.

Je m’en sors pour un total de 35 euros, réduction comprise. Pas question que, cette fois, je paie la tante Marie en plus. Je vais me débrouiller toute seule. Avec l’aide de Liliane, je devrais y arriver. Je passe à la papeterie prendre du papier doré et de la colle, plus quelques livres pour enfants. Allez hop, encore 50 euros. L’argent file. Mais nous en avons fini avec Pointe-à-Pitre.

Une maison traditionnelle, place de la Victoire, qui vient juste d’être rénovée.

Nous cherchons un endroit pour déjeuner. Nous tombons sur un petit restau qui ne paie pas de mine mais qui n’est pas cher non plus. Et, mon dieu, ils ont des frites et c’est ce que Léone me réclame depuis nani nanan. Les filles prennent un steak haché (Léone, juste des frites) et moi un poisson grillé. J’ai dans mon assiette un beau morceau de vivaneau, je me régale. La télé est allumée et je peux voir quelques images des JO de Turin. Ce seront les seules. Bobsleigh à deux féminin et patin de vitesse, c’est plutôt dépaysant.

Nous repartons le ventre plein et nous nous dirigeons tranquillement vers l’aire de jeu pour les unes et vers le cyberpoint pour l’autre. Ce sera le cyberespace pour tout le monde car la pluie se met à tomber dru. Il pleuvra pendant une bonne heure, ce qui interdit aux filles d’aller jouer. Elles tournent en rond derrière moi, mais je tiens bon. Pour une fois que je tiens un ordi en état de marche, même un PC, je ne vais pas lâcher.

Sur une de mes adresses, j’ai cinq cents mails en attente, dont trente qui en sont vraiment. Sur l’autre, huit cents messages qui se bousculent pour une cinquantaine de corrects. Je maudis les spammeurs et toute leur descendance jusqu’à la trentième génération, au moins ! J’efface à tour de bras. Cela me prend une bonne heure. Je fais enfin un petit tour sur mon blog où je laisse une petite note. Je termine, passe à la caisse, puis récupère les filles qui ont fini par aller jouer. La pluie a enfin cessé. J’ai surfé une heure et demie, c’est bon…

Nous reprenons la voiture, direction Milenis, le centre commercial, acheter ce que nous devons emmener en France : sucre en poudre, rhum, moutarde créole, produits locaux pour les cheveux, plus quelques trucs pour les deux piques niques qu’il nous reste à faire, un peu de lait, un peu d’eau. Je m’en sors pour 223 euros. Gloup ! Encore une journée ruineuse. Je connais un banquier qui va finir par me faire la gueule. Je récupère mes cartes mémoire que j’ai fais transférer sur un CD et nous rentrons enfin.

A peine le temps de nous désaltérer et de nous reposer que nous repartons, avec Liliane cette fois-ci, chez mamie Rosélie. Que nous ne reverrons sans doute pas avant notre départ.

Cathédrale saint-Pierre-saint-Paul, Pointe-à-Pitre

Le matin même, la famille a enterré un cousin qui s’était suicidé alors qu’il était en dépression. Tout le monde ne parle plus que du mort et, surtout, de sa terrible veuve qui était si odieuse. C’est sûr, c’est elle qui l’a mené dret en enfer. Je suis plus ou moins la discussion tout en sirotant mon ti punch . Puis la gent féminine s’installe devant la télé pour regarder la telenovela brésilienne. Les hommes, eux, sont depuis longtemps dans la maison voisine où ils regardent le match de foot Arsenal-Real de Madrid, Thierry Henry contre Zinedine Zidane. Autant dire que, si tout le monde voue un culte à notre Zizou national, c’est quand même Henry qu’on soutient. C’est le régional de l’étape, il n’y a pas photo entre les deux.

Je suis restée seule sur la terrasse avec mes cacahuètes et mon verre. Du coup, je vais chercher mon livre dans la voiture et m’installe confortablement.

Match et feuilleton se termine en même temps, la terrasse s’emplit à nouveau, on sort les verres, le jus, le rhum (je suis déjà servie) et on reparle de la mort, de la cérémonie… C’est ça la vie ici, la vie, la mort, la télé et le foot…

Liliane finit par donner le signal du départ. J’embrasse bien fort la douce et joyeuse Rosélie, une fois pour moi, une fois pour mon mari, son petit-fils et filleul. Elle part dans la cuisine et en revient avec un ti bocal de confiture coco qu’elle a faite pour lui. Pour le rhum. Elle sait qu’il aime. Nous nous embrassons encore et puis je pars avec les filles et leur grand-mère.

A la maison, Nita me suggère de préparer un purée pour les gamines qui font la gueule (la purée n’est pas bonne). Alors je leur prépare des pâtes chinoises que j’ai achetées l’après-midi même. Grand succès, elles adorent cela.

Nous regardons la télé, un peu. Je consigne la journée. Garance a déjà sombré. Je la couche. Léone suit, puis Lou. Ne reste que moi, seule sur la terrasse, dans la fraîcheur et le calme de la nuit. Et si je me servais un ti punch ?

 

Les photos prises ne rendent pas réellement la réalité de Pointe-à-Pitre, qui est une ville grouillante de monde et très fatigante. Sauf à partir de 19 heures, quand il n’y a plus un chat, puisque tout ferme. Elle ont été prise avec un appareil Lomo et une pellicule Fujichrome Provia 100. 

Comme d’habitude, si vous voulez voir les photos en plus grand, rendez-vous sur l’album photo