Vendredi 29 avril 2005

Balade à la tête de chien

Le paradis existe, je l’ai rencontré. Bon, c’est vrai que je le rencontre souvent vu que je dois dire le même genre de chose quand je suis en Guadeloupe… Mais ici, le paradis, c’est une plage, dans le golfe de Liamone, où il fait bon, si bon…

Nous avions donc rendez-vous avec Seashell et toute sa famille, aux alentours de midi, sur une plage entre Tiuccia et Sagone. Nous avons roulé beaucoup plus vite que prévu et nous étions donc les premiers. Coup de fil à Seashell pour vérifier que nous ne nous étions pas trompés d’endroit. « Si, au bout du chemin, tu vois une paillote merdique, c’est ici » m’a-t-elle dit. Vérification faite, il y avait bien une paillote merdique.

Nous avons trouvé un coin d’ombre pour les attendre pendant que les filles dévalaient la dune en roulant sur elle-même. Complètement jetées… Quand ils sont arrivés, nous nous sommes installés. Il n’y avait plus d’ombre. J’ai enduit proprement Garance de crème solaire. J’aurais dû faire en faire autant pour moi-même. Mais je n’ai pas osé demander au Nôm ni aux filles de me tartiner le dos… On est bête, même en vieillissant.

Comment décrire la plage ? Une gigantesque anse où nous étions trois ou quatre famille, pas plus (mais il paraît qu’en été, on ne voit plus le sable tant il y a de serviettes). Une eau très claire, transparente, très bleue aussi, puis verte, on y voit les poissons. A un bout, pas très loin, quelques rochers de granit qui donnent à l’endroit un air de Côte d’Armor (comme la température de l’eau, il faut bien dire). Et derrière, tout le long, des cascades de fleurs.

Les filles ont filé se baigner, suivies de Canelle et Noam, les enfants de Seashell, et ce à la plus grande surprise de leurs parents. Eux n’avaient même pas envisagé d’emmener leurs maillots de bain. D’ailleurs, avant notre départ pour la Corse, Seashell m’avait prévenue : les pique-niques sur la plage, sans problème, les baignades, pas question : ce serait trop tôt, trop froid… Sauf pour des Parisiens en goguette, en manque de mer et de soleil.

La couleur de l’eau et la joie des enfants ont fini par me tenter. J’ai fini par aller piquer une tête. J’y suis même restée un peu plus longtemps. Parce que le corps humain se fait à tout, j’ai même fini par trouver l’eau supportable. Pas bonne, hein, faut pas exagérer, et puis on ne me croirait pas. Mais supportable. Par contre, quand je suis sortie, j’étais très bien. Très très bien même.

Nous avons déjeuné. Jacques, le mari avait préparé une délicieuse salade. Un peu de copa, du pain, des tomates. De l’eau. La vie tranquille quoi. Les enfants sont retournés se baigner sous l’œil goguenard des deux locaux. J’ai remis de la crème sur les bras de Garance qui avait malgré tout pris un air d’écrevisse court-bouillantée.

Nous avons papoté de tout de rien, du traité de constitution européenne. Face à moi, trois non farouche. Je suis assez non aussi. Mais… Sans savoir expliquer le mais. En fait, il me vient d’une émission que j’avais regardé dix minutes à Paris, où Robert Badinter défendait la cause du « oui » avec des arguments simples que je pouvais tout à fait comprendre. Il disait, entre autres, que ceux qui voulaient dire non, disaient non en fait à l’Europe telle que nous la connaissions en ce moment, celle du traité de Nice. Mais que le traité de constitution allait clarifier tout cela et améliorer les choses. Dire non, c’était nous condamner à rester avec le traité de Nice, nous laisser entre les mains de la Commission européenne, qui, comme chacun le sait, est très largement ultra libérale, ne pas lui donner de contre-pouvoir.

Oui, peut-être, sauf qu’une de mes amies qui a été fonctionnaire européenne, m’a toujours dit que la Commission suivait les consignes des différents gouvernements…

Je n’étais pas convaincue, mais ébranlée dans ma conviction. Badinter, j’ai toujours eu un très grand respect et je sais qu’il ne s’engagera pas dans un combat par intérêt…

Le Nôm se décide à aller se baigner. Il va jouer avec les enfants. Je reste à discuter et prends quelques photos. Lou et Cannelle font mon siège. Je dois être le maillon faible. Cela fait un moment qu’elles veulent passer une nuit ensemble et elles aimeraient bien que ce soit celle-ci. Je ne suis pas contre, mais il faut l’accord des parents de Canelle, et celui du Nôm. A celui-ci, c’est à peu près égal. Je propose d’emmener Canelle avec nous voir les Calanches car je veux absolument emmener Lou. Quitte à la déposer au village au retour. Jacques n’est pas contre, mais il craint que nous ne nous fassions arrêter en voiture parce que nous ne sommes pas des locaux. Moi, je veux absolument qu’elles aient l’accord de Seashell qui n’est pas avec nous, mais partie chercher des coquillages, des yeux de Sainte-Lucie, avec son fils.

Les deux copines s’éloignent et semblent mettre au point les arguments qui feront mouche. Tout cela nous amuse beaucoup. Les gamins sont tellement prévisibles quand on se souvient de sa propre enfance. Seashell revient. Les filles lui ont exposé leur plan, elle n’est pas contre. Mais je précise des trucs qu’évidemment ni Lou ni Canelle n’ont dit. Finalement, je propose non seulement d’emmener Canelle à Piana, mais en plus de la garder pour la nuit. Je la rendrai à sa famille demain, et je leur laisserai Lou une journée. Banco.

Nous rangeons nos affaires et nous dirigeons vers nos voitures. Chacun sa route, chacun son chemin, on se reverra demain. Pour nous, c’est en route vers Piana !

Piana, j’en rêve depuis des années. C’est tellement mythique que je ne sais pas si j’y suis déjà allé ou pas. J’en suis certaine. Mais quand je regarde la carte, et les périples possibles que j’aie pu effectuer la première fois que je suis venue en Corse, je me dis que ce n’est pas possible. Quand nous arrivons, je garde cette même impression. Mais les images sont si courantes, que je ne sais plus.

Depuis la plage, la route est magnifique. Nous traversons Sagone, sans grand intérêt, mais dont la plage est superbe, Cargèse, petit village ravissant au passé grec et aux énormes slogans autonomistes sur les murs. Puis la montagne, incroyable de sauvagerie et de douceur mélangée. Quelques brebis et moutons, une bergerie aux pierres orange, et le vert du maquis. C’est fantastique. D’ailleurs, j’en ai vraiment assez d’être le seul conducteur de la famille, je ne peux vraiment profiter de rien. Je demande à Lou de prendre quelques photos. On ne peut pas vraiment s’arrêter. Cela va l’occuper car elle est malade en voiture et, régulièrement, se plaint d’avoir mal au cœur. Si je pouvais être à sa place (pas pour le mal de cœur, pour le côté spectateur), je serai bien contente.

Nous arrivons à Piana. Il paraît que le village se proclame être un des plus beaux du monde. C’est joli oui, mais je crois que le titre leur revient grâce aux calanques. Une fois dépassé ce fameux village, nous nous retrouvons dans ces falaises rouges, découpées par le vent et la mer, aux formes extraordinaires, qui plongent dans le bleu de l’eau et se découpent sur celui du ciel.

La route, extrêmement sinueuse, nous mène de roche en roche. Je m’arrête pour prendre des photos. Puis nous continuons, car nous cherchons le début d’un sentier réputé facile, appelé le Sentier à la tête de chien, pour pouvoir y emmener les filles. Le guide avance qu’il faut trouver le terrain de foot et que, de l’autre côté, commence ce sentier. En fait, en bas des calanques, il y a un parking et le début du chemin. Nous descendons de voiture. Lou, Canelle, Garance, Léone, les quatre filles sont bien contentes de se dégourdir les jambes car à l’arrière de la voiture, elles sont fort tassées.` Nous passons dans une petite pinède, à la fraîcheur agréable, puis le sentier débouche sur la roche. En fait pendant une bonne demi-heure, nous allons alterner les phases à découvert, sous le soleil accablant, et celles sous les arbres, à la fraîche.

Partout, ces parois rocheuses de couleur rouge, ces fleurs absolument magnifiques et cette odeur de printemps qui réjouit. Lou et Canelle courent devant, puis s’installent pour nous attendre en prenant des pauses style genre : « Pfff, quand même, nous on marche vachement vite et puis on est obligées de vous attendre. » Cela lui fait beaucoup de bien à ma Lou, elle n’est pas la seule à avoir ce genre d’attitude. Du coup, elle se sent mieux. Toute cette complicité qu’elle peut avoir avec ses copines à l’école et qu’elle ne retrouve pas à la maison, même si elle et moi nous entendons bien.

La fin du parcours est hallucinante. Certains ont eu l’idée de faire des petites colonnes en pierre. J’en ai vu de pareilles sur le chemin du lac de Creno. Là, il y en a des centaines. Je ne sais pas qui est à l’origine de ces constructions, mais de nombreux touristes font de même. Chacun pose sa pierre. Les filles font de même. Lou a même l’idée de réaliser une pyramide dans un arbre. Mais à la deuxième pierre, tout se complique, elle menace de tomber sur la tête d’une des petites. Du coup, Lou se faire engueuler par le Nôm. Têtue comme une mule, elle essaie de continuer. Je suis obligée de mettre le hola et je lui suggère qu’une pierre, cela suffit. Elle a commencé, d’autres finiront.

D’autres photos dans mon album Flickr Corse 2005

De l’autre côté du golfe, un nuage barre la montagne à mi-hauteur, tout est dans les teintes bleues (photo d’ouverture). Le paysage a quelque chose de féerique, de surnaturel. Cela me fait même penser à certaines images d’Asie, d’estampes japonaises, quand la mer et la montagne se confondent au milieu des brumes. Il n’y a rien de plus beau.

En attendant, nous souffrons de chaleur et du manque d’eau car nous avons oublié les bouteilles dans la voiture. Les filles râlent chacune leur tour. Mais il faut bien avancer. Enfin, nous regagnons notre véhicule. Je déverrouille les portes, Léone se précipite et sort, triomphante, une petite bouteille d’eau de la porte. Elle a bientôt ses sœurs et Canelle sur le dos. Heureusement, le Nôm qui est bien plus prévoyant que moi, sort d’autres bouteilles qu’il avait bien planquées et qui sont encore presque fraîches. Nous partageons les pommes, le jambon, les œufs durs qui nous restent. Un bon goûter après cette petite marche. Enfin petite, il a fallu beaucoup monter et beaucoup descendre des roches et des « escaliers ».

Nous repartons, environs deux heures de voyage dans des routes baignées par le soleil couchant. Quelle merveille. Nous n’arrivons à la maison qu’à 20 heures passées. Je prépare une grande plâtrée de spaghettis. Qui ne tiendra pas la soirée devant le coup de fourchette furieusement affamé des filles. Seashell m’envoie un SMS qui me fait hurler de rire : « On vient d’arriver, on est tout rouge et on a maaaaaaal. » Je l’appelle et lui rétorque que nous, c’est pire. On papote un moment au téléphone puis je lui passe sa fille.

Après dîner, les gamines s’installent pour la nuit. Nous installons Léone dans notre lit. Elle décide de dormir entre son père et moi. Canelle est dans le lit de Léone, les deux autres dans leur lit respectif. Je crains un moment qu’elles ne papotent trop longtemps avant de s’endormir. Mais comme de bien entendu, il n’aura encore fallu bercer personne ce soir-là.

Le mardi 17 mai 2005, 18:48 par Moukmouk

Pour Garance, n’est-il pas normal qu’un rouge gorge soit rouge-homard? beaucoup de crème encore pour le prochain mois… au moins ça donne le temps de faire des caresses dont on se souviendra longtemps…

2. Le mardi 17 mai 2005, 19:24 par Chonchon

homard a la creme… ca ce tiens… ;-)
meme sans se signaler nous suivons avec attention le bon déroulement de vos vacances

3. Le mercredi 18 mai 2005, 19:10 par Fab

Et elles sont où les photos de ces endroits de rêve, mmmm?? On veut des preuves!

Fab

4. Le mercredi 8 juin 2005, 20:17 par Vous reprendrez bien un peu d’humanisme ?

Piana c’est effectivement très joli et vu de la mer c’est même merveilleux quand on a la chance d’y être lors d’un long week-end de mai avec un ciel complétement dégagé. Cela a été le cas pour moi, il y a quelque année. Seul regret, avoir fait trop de moteur avec notre voilier…