Tropiques
« Les pâles du ventilateur tranchent l’air épais comme du manioc. » Je crois qu’aujourd’hui, j’ai enfin compris cette phrase d’une chanson de Lavilliers. Il fait une chaleur étouffante dans ma chambre et je transpire à grosses gouttes, moi qui ne transpire jamais. J’ai l’impression que je vais fondre sur place tant il fait chaud. Dehors, il y a un peu d’air. Mais ici, dans la chambre, seuls les mouches et les moustiques se déplacent dans cette mélasse.
J’aurais dû m’installer sur la terrasse. Mais Lou et Léone voulaient le même matelas, j’ai dû les départager en envoyant Léone sur mon lit et en allant la rejoindre. Et Fritz s’est installé sur l’autre siège allongeable. Il faudrait pouvoir installer nos hamacs là-bas. Mais j’ai le sentiment que chez ma belle-mère, le hamac n’est pas de mise et surtout pas en terrasse.
Déjà, quand j’ai connu ma belle famille, il n’y avait pas de table sur la terrasse, y manger était impensable. Depuis, les choses ont bien changé…
Nous avons quitté Paris hier. Il faisait beau malgré la météo qui annonçait de la pluie et même de la grêle. Les filles étaient super excitées même si elles ne se rendaient pas toutes compte de ce que nous allions faire. Léone surtout qui demandait déjà dans le taxi qui nous menait à l’aéroport si c’était encore loin chez mamie…
La première chose que nous avons faite, en arrivant à Orly, a été d’enregistrer les bagages, histoire de nous alléger. Nous avions trois gros sacs pesant dans les 25 kilos chacun, une glacière remplie jusqu’à la gueule de fruits : cerises, pêches, pommes. Un lecteur DVD que m’avait demandé de lui acheter une amie de ma belle-mère. Un carton contenant des habits d’enfant trop petits pour mes filles, mais qui feront sans doute usage pour les petites cousines nées ou à naître. La planche de Lou… Je crois que c’est tout. C’est déjà bien assez.
Dans les bagages, pas que des habits pour nous. Un seul sac a suffi pour placer toute la garde-robe, assez pléthorique, que j’ai prévu pour les filles et moi, surtout pour les filles d’ailleurs. Il faut dire qu’elles ont plein de trucs super mignons qu’elles n’ont pas tellement eu l’occasion de mettre avec le temps de cochon que nous avons eu jusque-là. Mais beaucoup de choses que nous apportons pour donner.
Nous avions une bonne heure à tuer. Nous l’avons passée dans une librairie, chacun choisissant qui un livre qui un journal pour le voyage. Nous sommes entrés dans la salle d’embarquement en passant sous le portique et j’ai sonné. Estomaquée j’étais, moi qui n’avait que mes vêtements sur moi. Pas de poche ou oublier un trousseau de clés, de la monnaie, rien. « Ce sont vos chaussures », m’a rassuré le préposé à la sécurité qui visiblement connaissait son affaire. J’ai quand même dû écarter les bras le temps qu’il teste sa machine. Pas d’autre bip, je pouvais passer. C’est nécessaire mais agaçant tout de même. Avant d’entrer dans l’avion, on nous a demandé trois ou quatre fois nos cartes d’identité.
Nous avons rejoint nos places, nous nous sommes installé, Le Nôm sur une rangée avec Garance, moi derrière avec Lou et Léone. Et vogue la galère, ou plutôt vole l’avion.
Huit heures, c’est long. Je ne l’apprendrai à personne. Mais assis à ne rien faire ou pas grand-chose, c’est pire. Surtout si on ne peut même pas piquer un roupillon parce que deux mousmés excitées jouent les électrons libres à côté de vous
– Maman je veux aller faire pipi
– Maman, j’ai faim
– Maman, je ne vois pas le film
– Maman, il ne marche pas mon écouteur
Maman, j’ai perdu (mes crayons, ma gomme, mon livre, mes écouteurs…)
Le Nôm, lui, a réussi à dormir. Garance, toute seule est nettement moins difficile à gérer. Au retour je change, même si les petites font la tête parce que être assis à côté de papa, c’est nettement moins drôle qu’à côté de maman.
Bref, on a mangé, on a bu, j’ai acheté du parfum, on a regardé deux films : Stuart Little 2 que les filles connaissent par cœur vu qu’elles ont reçu le DVD à noël, et Deux Frères, le dernier film de Jean-Jacques Annaud que j’ai trouvé très beau. Un magnifique film animalier pour enfant, pétri de bons sentiments et d’images d’Épinal. Quasi-Disneyen, c’est dire. Le roi Lion, mais chez les tigres. Enfin, ça fait passer le temps.
Nous sommes arrivés à Pointe-à-Pitre avec une bonne demi-heure de retard. Le commandant de bord, pour s’en excuser nous a fait un atterrissage admirable et il a eu droit aux applaudissements d’usage.
Après, la routine : descendre de l’avion (ça prend du temps quand on est 550 à bord, surtout pour les personnes, comme nous situées en queue d’appareil), passer la douane, récupérer les bagages (se chicaner un peu le Nôm et moi parce qu’on n’est pas synchrone) et se diriger vers la sortie. Les filles se tordaient le cou pour essayer de voir si elles apercevaient quelqu’un de la famille venu nous chercher. Rien. Personne.
Nous nous sommes mis à la porte d’entrée. Nous avons attendu. Et puis j’ai entendu un petit rire derrière moi, je me suis retournée. C’était ma belle-sœur qui était partie chercher de l’eau, nous avait raté et nous avait enfin retrouvés. Les filles lui ont sauté dans les bras. Nous avons chargé sa voiture… Il faut dire que nous loger tous les cinq plus tous les bagages susmentionnés, dans une Clio, ça frôlait l’exploit. Mais personne n’avait envie de faire deux voyages.
Sur la route, par les fenêtres baissées, nous entendions le chant des grenouilles. Léone m’a fait : « Tu entends ?
– Quoi ma chérie
– Le bruit là
– Ce sont des grenouilles ma puce qui chantent
– On ne peut pas les voir ?
– Oh non, tu sais, elles sont toutes petites petites. Mais elles chantent fort. »
Nous sommes arrivés à la maison, enfin.
Et là, ben les retrouvailles. Ma belle-mère, Yasmina la fille de ma belle-sœur, mon beau-père et puis quelques amis qui sont passés. Nous avons dîné. Ma belle-mère nous avait sorti du boudin, elle sait que son fils, comme moi, en raffolons et que nous n’avons guère l’occasion d’en manger.
Les cousines, c’est-à-dire mes filles et Yasmina n’ont pas mis longtemps à faire connaissance. Elles ont joué ensemble et il a été dur de les coucher malgré la longue journée et la fatigue du voyage. Une fois que nous en fumes débarrassés, le Nôm et moi sommes partis boire un verre chez les cousins qui habitent de l’autre côté du chemin.
Et puis nous nous sommes couchés.
Ma belle-mère nous laisse sa chambre. C’est la seule pièce où il y a la climatisation. Et hier soir, j’ai trouvé que c’était une bénédiction. Je passais de la chambre à la salle de bain attenante et je changeais de monde et de température. Trop drôle. Dans le milieu de la nuit, quand même, j’ai eu presque froid. Avec le Nôm, nous avons décidé d’éteindre l’engin qui est en plus très bruyant. Ça ne me changeait guère de l’avion…
C’est à ce moment qu’est venue nous rejoindre Léone. Celle-ci, on peut changer de maison, elle trouvera toujours dans le noir le chemin de mon lit…
Vers 4 heures du matin, alors que nous ne dormions plus vraiment, décalage horaire oblige, le coq s’est mis à chanter.
« C’est qui qui crie comme ça, m’a chuchoté la petite
– C’est le coq ma chérie
– Le coq ?
– Oui, le mari de la poule mon ange.
– Ah bon ! »
Et l’ange s’est rendormi.
Il ronfle d’ailleurs légèrement à côté de moi cet après-midi. Et transpire également à grosses gouttes. Elle se réveille, me jette un œil, décide de se lever et retombe endormie à mes pieds (qui sont sur le lit, je vous rassure), terrassée par la chaleur et le besoin de sommeil qui prend le pas sur l’envie de jouer…
Ma belle-sœur, qui est pâtissière, a préparé un gâteau. Il est dans le four et la bonne odeur vient me titiller les narines.
A midi, nous avons dégusté un court-bouillon de poisson avec des fruits à pain et des ignames. Mon beau-frère est venu déjeuner. Il nous prête sa voiture pendant tout notre séjour. Je n’ai qu’à payer l’assurance. L’histoire est entendue. Je sais que je vais encore attendre deux jours avant qu’il ne se décide à l’amener. Pas qu’il hésite à ma la prêter. Mais parce qu’il a toujours plein de choses à faire et très peu la notion du temps et des besoins. Il y a deux ans, qu’est-ce que j’ai pu pester contre lui à cause de ça.
Mais là, je sais. Je me suis préparée à la chose. Et je sais que je n’aurai pas de moyen de locomotion ce week-end. Je n’ai qu’à prendre mon mal en patience. Mais lundi, il me faudra la voiture, sinon, je vais exploser.
Il y a une chose que je ferai d’urgence : chercher un câble pour relier mon appareil photo à mon ordinateur. J’en ai deux à la maison. Et il a fallu que je les y oublie. Alors j’ai l’appareil photo, j’ai l’ordi, mais rien pour aller de l’un à l’autre. Moi qui voulais envoyer plein de photos dans mes mails, pour le moment, c’est rapé.
Si je ne trouve pas de câble, je suis bonne pour emprunter l’appareil photo de Lou (elle me l’a gentiment proposé d’ailleurs) et pour lui acheter une carte mémoire, chose que je m’étais refusé à faire jusque-là. Je m’étais dit que j’allais le regretter. Vu le prix que je vais la payer ici par rapport à là-bas, je pense que c’est déjà fait.
Je suis en nage, la maison reprend vie, un souffle d’air commence à passer par les fenêtres. Je vais rejoindre les autres. Boire et attendre. Laisser la vie passer, regarder les filles jouer. Les vacances quoi !