Je pique une tête dans la piscine, mouillée pour mouillée autant l’être complètement. Puis je vais déjeuner au Mambo, un petit snack près de l’embarcadère. Pour 3 euros, j’ai droit à un grand chocolat chaud, deux tartines de pain beurrées et confiturées. Dommage qu’il ne s’agisse que de confiture de fraise et pas une de ces merveilles locales à la goyave, au melon, à la coco ou au tamarin. A goûter d’urgence.
Je téléphone au club de plongée les Pisquettes, du nom d’un tout petit poisson qu’on mange en friture. Leur site Internet m’avait beaucoup plus et il est très facile à trouver. Il s’est installé juste à côté d’une étrange maison reproduisant les moindre détails de l’avant d’un bateau. Il paraît que, de tradition, elle abrite la maison du médecin. Et c’est vrai, j’y ai vu les plaques.
Une place est libre pour le prochain départ en plongée. J’ai de la chance. Normalement il faut réserver la veille. Rendez-vous est pris pour 8 h 45. En attendant, je me promène du côté de l’anse à Mire. Quelques pêcheurs préparent leur embarcation. Mais avec les conditions météorologiques, beaucoup ne sortiront pas et laisseront leurs saintoises sur le sable.
Je passe devant l’école primaire, en grands travaux. Les fenêtres ont été démontées, certains murs et la cour défoncés sans que le mobilier ait été déplacé. On voit toujours les affiches du maître avec les conjugaisons. Et le tableau noir n’a pas été effacé. L’île ne serait pas si tranquille qu’on pourrait penser à une école touchée par la guerre.
Je gagne le club de plongée. L’équipe est chaleureuse, disponible. Elle propose une bonne dizaine de spots différents. Celui du jour, sera à la Vierge, un des rochers des Augustins. Un labyrinthe de petits canyons très poissonneux et à la flore impressionnante. Une fois dans l’eau, après quelques minutes pour retrouver mes marques (cela fait trois ans au moins que je n’ai pas plongé), je prends un maximum de plaisir. Nous apercevons un banc de bonites, assez rares. Une murène sort son museau à notre passage, très « Madame Guette au trou », mais son corps gracile restera prudemment enfoncé dans son abri. Les aiguilles des oursins noirs, très longues et assez venimeuses, m’impressionnent. Je fais en sorte de ne rien laisser traîner : ni main ni pied !
Passant au dessus d’un trou dans le corail, j’aperçois un énorme diodon, ce poisson qui se gonfle quand il est attaqué pour effrayer ses ennemis. Celui-ci se contentera de se planquer puis de filer par une galerie souterraine. Mais notre attention est bientôt attirée par un couple de langoustes de bonne taille. Je les aurais bien mises dans mon assiette, mais la philosophie des clubs de plongée en Guadeloupe est : « On regarde, on ne touche pas. » Et ma foi, je suis plutôt d’accord. L’eau pullule de poissons de toutes les tailles et de toutes les couleurs.
Bientôt, notre chef de palenque nous fait signe d’approcher. Elle a attrapé un hippocampe. Déjà, un des plongeurs demande à le prendre. Mais la monitrice s’y oppose et écrit sur sa tablette : « C’est un mâle, il porte les œufs. » Nous laissons donc là ce père modèle et continuons notre promenade. Dehors, tiens ! il pleut. Pour changer. Mais il est curieux de vois la pluie 10 mètres sous l’eau. Au bout de cinquante minutes de plongée, nous remontons a bord. Les trois palanques racontent leurs découvertes respectives, nous l’hippocampe, les autres des tortues et un barracuda.
Le ciel est métallique, la pluie redouble. Le retour en Zodiak est mouvementé, du rodéo sur mer, mais c’est plutôt amusant et personne n’a le mal de mer. Une fois rentrés, on dessale tout, le matériel, les combinaisons et nos propres corps sous la douche. Nous papotons encore un instant, comme si nous avions du mal à nous quitter, nous nous racontons encore une fois notre sortie, puis nous partons chacun notre chemin.
Pour ma part, j’ai rendez-vous avec un M. Maisonneuve, pêcheur de son état. L’homme n’est pas très bavard, mais je voulais le voir car, d’après les guides touristiques, il organiserait des visites de l’archipel en canot. « Ah, bien non. Pas de tout l’archipel. On longe la baie, puis on va du côté de l’îlet cabri. Et puis le tour de Terre de Haut, c’est tout. » Est-ce qu’il m’emmènerait ? « Ben, il faut être nombreux. Et puis en ce moment, je ne le fais pas par exemple : pas assez de monde et de trop grands risques. » Il faudrait que je revienne entre novembre et juin, avec une dizaine de personnes. De temps en temps aussi, il emmène des gens à la pêche. Mais c’est pareil, il faut être nombreux.
Le Yacht Club que je contacte a lui aussi arrêté ses sorties en mer. De novembre à juin, il organise des mini-croisières sur des catamarans de deux pieds. Les bateaux récupèrent les clients à Pointe-à-Pitre et les emmènent au Saintes pour déjeuner et faire une ballade dans l’archipel. Mais durant la saison cyclonique, il préfère ne pas sortir. Il n’est pas assuré contre les cyclones.
Je laisse M. Maisonneuve sur la plage du Fonds du Curé, en haut du bourg et me dirige vers le cimetière.
J’aime me promener dans ces endroits. Les tombes sont entourées de conques de lambi, cet énorme coquillage. Mais la tradition tombe en désuétude, les famille préférant les caveaux tout couvert de faïence.
A droite du cimetière, une petite route mène à la plage de Grande Anse, la plus grande plage de l’île mais la baignade y est strictement interdite.
La mer y est dangereuse et les rouleaux impressionnants. De l’autre côté, on rejoint une petite route plutôt défoncée qui amène à l’anse Rodrigue. Rien à voir avec la fureur précédente. Une pelouse d’autant plus verte que le temps est à l’humide, du sable fin enserré dans une chasse de falaise et enfin l’eau, bleu marine et pourtant transparente.
C’est la plage préférée des locaux et des Guadeloupéens venus en villégiature aux Saintes. Moins fréquentée par les touristes car un peu plus difficile d’accès, elle est la preuve que les Saintois savent encore se garder quelques trésors.
Sur le chemin du retour, je rencontre trois iguanes. Ils sont nombreux sur l’île. D’ordinaires pères tranquilles, ceux-là m’ont l’air de pétochards de première et détalent comme des lapins. Je n’ai jamais vu un animal plus ridicule que l’iguane quand il court. Il relève ses pattes avant, trop courtes, et tricote des pattes arrières. Comique. Je rencontre aussi des Parisiens qui m’emmènent jusqu’au fort Napoléon. Ils sont en scooter et ont une place de libre. Du fort, évidemment, la vue est époustouflante, d’autant que le ciel semble enfin se dégager.
On voit la Basse Terre, Marie-Galante, la Dominique. Nous visitons un jardin botanique : conservatoire de la flore locale, on y admire surtout des cactées dont l’impressionnant Tête-à-l’Anglais ainsi surnommé car sa tête rouge rappelle le couvre chef des soldats britanniques. A l’intérieur du fort, on peut admirer des gravures, des maquettes et du mobilier qui donnent idée du quotidien des Saintois deux siècles en arrière.
Je me retrouve à nouveau à Fonds du curé et décide d’aller déjeuner au Triangle. C’est un des meilleurs rapport qualité/prix de l’île. On y trouve les délicieux acras de malanga, une merveille culinaire, du boudin créole, pas mauvais non plus. Le gratin de lambi, de chatrou (pieuvre) et le poisson grillé sont servis, ce qui est rare, avec des légumes locaux : une purée d’igname, une daube de banane, un gratin de christophines. Délicieux et ça change du riz.
C’est bientôt l’heure du départ. Une foule bigarrée se presse à l’embarcadère : tous les bateaux partent en même temps, que ce soit pour Trois-Rivières, Saint-François ou Pointe-à-Pitre. Ce dernier manque à l’appel. Il vient de Martinique et est en train d’essuyer un gros grain au large de la Dominique. Retard prévu, une bonne heure. Les bancs à l’ombre se font rares et j’avoue ne pas avoir le courage de m’éloigner.
Une famille en libère un aussitôt revendiqué par une vendeuse de tourment d’amour (un délicieux gâteau fourré à la confiture de coco) qui dépose son panier à la place que je convoitais. Comme elle ne s’assoit pas et part discuter avec une commère, je pousse la panier et m’installe, aussitôt dénoncée par la commère : « Ka tiré panier a w ! » s’exclame-t-elle visiblement outrée. Un coup d’œil lui fait comprendre que je comprends parfaitement le créole et elle se calme. Les vendeuses de tourments d’amour qui sévissent à l’embarcadère ne sont pas les Saintoises les plus affables, loin de là. En général, ici, les gens sont plutôt gentils et serviables, au pire indifférents. Mais ils n’aiment pas être « dérespectés » et prennent facilement la mouche.
Enfin, la navire arrive. J’embarque pour une traversée qui promet d’être très secouée. Mais je suis trop fatiguée pour monter sur le pont et je crains la pluie. Je m’écroule dans un fauteuil de la cabine, à l’arrière, ça secoue moins. Jamais traversée ne m’a parue plus longue. Enfin, la terre ferme, la voiture, le retour au bercail.
Le mercredi 21 janvier 2004, 19:54 par Cahuète Le Cruel
Qu’est-ce que c’est beau ces paysages !
Ça laisse rêveur !
Le mercredi 21 janvier 2004, 20:36 par guybrush
pff … Bon, je plante tout mon boulot là et je fugue aux Antilles…
Le mercredi 21 janvier 2004, 20:42 par Cahuète Le Cruel
On y va ensemble, entre historiens, Guybrush ?
Le mercredi 21 janvier 2004, 21:54 par guybrush
Quand tu veux…
Le mercredi 21 janvier 2004, 22:16 par Racontars
Et attendez-moi les gars :-))
Puisque mes histoires dépaysantes vous plaisent je vous en raconterai d’autres lol
Le mercredi 21 janvier 2004, 23:36 par la Mouche
moarf.. j’y suis allé qu’une journée aux saintes, on aurait dû y rester plus longtemps! moi ça ma semblé tout p’tit, mais c vrai que c magnifique
Le jeudi 22 janvier 2004, 22:42 par Une pauvre pitite pigiste
Pfff, et dire qu’il y en a qui restent coincés à Paris sous la grisaille… C’est trop injuste comme dirait l’autre ! 
Le samedi 24 janvier 2004, 13:28 par tgtg
tu me fais rêver:-)
Le jeudi 4 mars 2004, 21:30 par
je viens de rentrer des Saintes , après 15 jours passés sur cette merveilleuse île.
ok pour le Triangle super sympa comme resto à conseiller .
y manger le midi ou le soir avec cette ouverture sur la baie
c’est super !
pour le chameau même aventure que vous enfin presque
car la pluie a commencée lorsque j’étais en haut du chameau
alors après une heure d’attente ….il a bien fallu redescendre
en maillot et paréo c’est assez original (pas le choix quand vos
vêtements sont trempés).mais la vue est magnifique.
club pisquette ok même pour des débutants et des jeunes enfants.
ENFIN BREF LES SAINTES MERITENT VRAIMENT UN SEJOUR
COMPLET. A PIED IL Y A DE QUOI FAIRE ET VOUS EN PRENEZ PLEINS LES YEUX !!
A j’oubliais la route des crêtes est aussi à faire
