Vaudou à l’abbaye

Le 16 juillet, la suite

Nous remontons en voiture, direction Daoulas. Nous ne mettons qu’un quart d’heure pour y arriver. Daoulas est une petite ville que je connaissais déjà. Je l’avais visité, ainsi que son abbayes, une dizaine d’années auparavant. C’est comme un village témoin, entièrement restauré, avec grand soin, très fleuri, on a peur d’y abîmer quelque chose par maladresse comme dans un magasin de porcelaine.

Tout n’a pas toujours été aussi rose dans la bourgade. il paraît qu’en l’an 510 (je vous parle d’un temps que les moins de 2000 ans ne peuvent pas connaître…), le seigneur (saigneur) du Faou tua deux abbés qui l’agaçaient, Tadecq et Judulus. Et pour expier son double crime, il fit construire à l’endroit du meurtre un monastère. Devenu abbaye depuis, celle-ci connut bien des vicissitudes.

C’est maintenant un musée où ont lieu de très belles expositions qui vont à la rencontre des civilisations par le biais de l’archéologie, de l’histoire et de l’ethnographie. L’abbaye est un centre culturel reconnu du monde entier qui reçoit des objets très rares, très précieux et souvent extrêmement fragiles. Elle s’intéresse essentiellement à des civilisations disparues, anciennes ou plus récentes, mais qui ont toutes marqué l’histoire de leur pays : la Colombie, la Chine, le Honduras, le Mexique et, cette fois, Haïti avec cette exposition sur le vaudou. Connaissant la qualité du travail qui y est réalisé, j’avais vraiment hâte de découvrir l’expo sur le vaudou, sachant que j’allais y admirer des objets uniques et sans doute très rares.

Nous n’avons pas été déçus. Nous avons choisi de suivre la jeune guide qui tout en nous expliquant l’histoire du vaudou nous racontait également celle de l’expo. Cette religion née au royaume du Dahomey est devenue celle des esclaves d’Haïti. Elle était aussi pour eux le ferment de leur révolte et le ciment de leur identité. A tel point que les maîtres blancs n’ont eu de cesse que de la décrier, en faisant une description apocalyptique, fruit de leur peur et de leur haine. C’est à travers cette légende noire, amplifiée encore par les Américains quand ils occupèrent l’île, que la plupart des gens perçoivent encore le vaudou. A tort, les ethnologues ont fait depuis justice à cette légende.

Entrant dans la première salle, je suis frappée par deux grandes photos qui représentent des rues d’Haïti couvertes de fresques murales. Tout autour, des toiles, plus de 180 pour toute l’exposition. Les premières retracent l’histoire de l’île : l’esclavage, la révolte, l’indépendance et ses héros : Boukman, Toussaint Louverture, Christophe… Les suivantes représentent des scènes plus ou moins fantasmagoriques. Dans chacune, notre guide nous détaille ce qui en fait un tableau vaudou.

Certains tableaux ont une valeur inestimable, notamment celles de Robert Saint-Brice ou d’Hector Hyppolite. Pour ce dernier, Daoulas s’enorgueillit d’avoir réuni une douzaine de toiles alors que le Moma de New York n’avait pu, lors d’une expo sur le même thème, n’en exposer que cinq.

Exposition sur le Vaudou

Les sculptures, pas moins de 160, dont plusieurs monumentales en fer martelé, sont aussi incroyables. Certaines d’une grande beauté, d’autres que je ne mettrai pas dans mon salon tellement elles sont inquiétantes. Il y en a d’incroyables, les toutes premières en fer martelé, que Georges Liautaud, le premier des forgerons vaudou, créait à partir de rail de chemin de fer. En hommage à Ogoun ferraille, le dieu de la guerre et patron des forgerons.

En levant la tête on peut voir une vingtaine d’oriflammes, ces drapeaux brodés de perles à l’effigie des loas, les dieux vaudou : Baron samedi, Erzulie, Damballah Wedo, etc.

Deux reportages photos sont exposés. Ils dépeignent des scènes impressionnantes de transes. De telles photos ne concourront sans doute pas à améliorer l’image du vaudou dans nos têtes d’occidentaux. Et pourtant, les prêtres missionnaires du séminaire Saint-Jacques, de Landivisiau, qui autrefois allaient en Haïti pour extirper cette religion superstitieuse, ont maintenant bien changé d’avis. Toujours présents en Haïti, ils sont là maintenant pour aider les populations pauvres, les soigner, les alphabétiser. Venus en experts visiter l’exposition, ils en sont repartis très favorablement impressionnés par le grand respect qui y règne quant à cette religion.

Il y a aussi, bien sûr, des tambours partout car pas de cérémonie sans leur son entêtant. Certains mesurent plus de 2 mètres de haut, tous sont merveilleusement décorés.

Et puis, dans un coin, quelques photos de films américains sur le thème. Elles démontrent la part de fantasme de ces Occidentaux qui niaient une religion, une culture qui – donnant une identité à un peuple – risquait de les mettre en danger.

Dans la salle suivante, nous sommes partis aux racines du vaudou, en Afrique. Des dizaines de statues sont exposées, quelques chaînes d’esclave aussi, avec les différents jougs dont on les affublait, toutes choses qui impressionnent Lou. Elle n’oublie jamais que la moitié de sa famille a été esclave pendant des siècles. Mais il y a aussi des objets extrêmement touchants, comme ces petits autels portatifs et personnels, fait de bric et de broc, représentant des scènes de la vie des dieux (photo d’ouverture).

 

Exposition sur le Vaudou

Et puis, chose que je n’avais jamais vu, des autels vaudou, réalisé par un houngan (prêtre). L’un, tout de rouge, le second, tendu de pourpre et de noir, dédié à Baron samedi et à sa femme Brigitte. Le dernier, une explosion de couleurs, est en hommage à Erzuli, la déesse de l’amour…

Pendant deux heures, nous sommes captivés par ce que nous raconte notre guide et ce que nous voyons. Enfin, nous, Garance et Léone un peu moins. Garance s’intéresse à ce qu’elle voit, il y a des tableaux qui l’attirent visiblement. Elle suit son père, puis décroche. Léone, elle, fait le clown, attirant la sympathie des visiteurs. Je la surveille constamment. Je n’ai pas tellement envie qu’elle aille battre les tambour sous prétexte qu’il faut mettre de l’ambiance. En définitive, ça ne se passe pas trop mal.

La visite se termine par les œuvres de l’école de peinture de « Saint Soleil », première école d’art de l’île et qui eut un rayonnement immense. Et puis, la boutique. De nombreux objets sont à vendre, des chapeaux de paille aux poupées de perle, des tableaux aux sculpture bosmétal (lire bosse métal pour métal bosselé). Nous achetons justement un cadre de photo dans cette matière, très beau, qui représente deux anges – une œuvre d’art pas très chère – et le catalogue de l’exposition.

Quand nous sortons, il a enfin cessé de pleuvoir. J’emmène ma petite famille visiter le jardin de plantes médicinales. Ça, c’est un endroit qu’une de mes amies québécoise mariée à un Breton se devra de visiter quand elle viendra fouler la terre des ancêtres de son époux. Pour le moment, hélas, je tombe en panne de piles et mon appareil photos devient totalement inopérant. Quel dommage. Je ne peux même pas immortaliser ma fille Garance découvrant la plante qui lui a donné son prénom.

L’abbaye fermant, nous prenons le chemin du retour. Il ne fait pas beau, il se remet même à pleuvoir. Mais la route est bonne et je trace. Je roule sans doute trop vite, mais en moins d’une heure, nous arrivons chez C. Quelques minutes plus tard, V. et O. téléphonent. Ils sont encore dans la région de Brest et visitent une église. Ils s’apprêtent à se mettre en route. C. semble enfin aller mieux. Elle est moins sur la défensive. Nous parlons de ce qui s’est passé ces derniers jours, le fait qu’O. et V. la fuient, craignant ses coups de gueule, ses divagations. Elle ne semble pas se rendre compte de ce qui s’est réellement passé. Et quand je lui dit qu’elle doit faire attention à elle, elle me rétorque qu’elle n’a pas de problème, qu’elle va bien, très bien. En tout cas beaucoup mieux qu’à Bruxelles. Une fois encore je me heurte à un mur.


Enfin, V. arrive avec sa petite famille. Nous papotons un moment. A. joue avec mes filles. Nous regardons les photos de la journée. C. joue encore les paparazzi après avoir subtilisé mon appareil. Nous avons tous gilet, pulls, imper, la soirée est humide.

C. a préparé une partie du dîner et nous a promis une paella pour le lendemain. Je la laisse faire les préparatifs et finit le repas du soir. Les enfants enfin se mettent à table. Puis nous trois, nos amis belges étant rentrés dans leur logis. Ils ont annoncé leur départ pour le lendemain. Ils veulent visiter la baie du mont Saint-Michel et je leur ai conseillé de trouver un hébergement à Saint-Malo, la superbe ville des corsaires, patrie de Surcouf dont la lecture des aventures m’a fait palpiter petite.

Et puis, c’est assez. La journée a été longue. Extinction des feux. A demain.