Dans les profondeurs d’Océanopolis

Mercredi 16 juillet

Eh bien, vu la grisaille qui règne aujourd’hui, nous avons eu raison d’aller à la plage hier. Du gris partout, partout. Et du plombé encore. Pas de risque que ça se lève comme ça…
Nous nous sommes levés de bonne heure, de très bonne heure. J’ai étudié la carte hier soir et me suis rendue compte qu’il nous fallait faire plus de 100 kilomètres pour aller à l’aquarium de Brest. Et comme nous voulions, ensuite, aller voir une exposition dans un abbaye pas loin, mais qui ferme à 18 heures, je me suis dis que plus tôt on était partis, le mieux c’était.

Mais quand j’ai quitté V. hier soir, je n’étais pas du tout dans cette configuration, donc je lui ai dit qu’on devrait partir vers 9 h 30… A 9 heures tapantes, tout le monde est sur le pied de guerre. Mais V. et O. ne sont pas encore là. Je les appelle. Je ne crois pas leur avoir dit : « Mais qu’est-ce que vous foutez », parce que je suis pas comme ça, mais il me semble que l’intention y était quand même un peu… Ils foutent que vu ce qui s’est passé la veille, ils prennent leur temps. Après tout, c’est les vacances. D’ailleurs, V. m’a dit d’un ton gentil mais ferme : « On est en train de prendre le déjeuner » et j’ai bien compris qu’ils arriveraient quand ils auraient fini. Point.

Ils sont arrivés à 9 h 30 très précisément. A l’heure quoi. Nous avons alors embarqué tout le monde très vite et nous sommes partis. C., qui n’aime décidément pas les excursions, surtout quand elles sont loin de chez elle, ne s’est pas joint au groupe et est restée avec ses deux enfants.

Je roule… assez vite. Je crois même que je roule plus vite qu’O. que je dois attendre de temps en temps. Lui, il respecte la vitesse autorisée. Et moi, disons que, aujourd’hui, j’ai grand hâte d’arriver Au port… Océanopolis est effectivement sur le port, ce qui semble assez logique pour un aquarium. C’était déjà le cas de celui de Barcelone. A l’arrière, les filles roupillent. Les veinardes; j’aimerais en faire autant. Musique à tue tête, je roule sous la bruine ou la pluie en maudissant la météo. Il fait presque froid dehors.

La route pour Océanopolis est très bien indiquée et nous arrivons enfin, nous nous garons dans l’immense parking, plein… Je me dis qu’il va y avoir un monde fou et que je n’aime pas la foule, mais bon, nous avons promis aux filles, nous avons envie d’y aller, haut les cœurs…

Les filles descendent de la voiture, j’attrape Léone dans les bras et pousse un cri. Elle est toute mouillée. Elle a fait pipi pendant son sommeil. Et je n’ai pas de vêtement de rechange. Merdum. Bon, si, j’ai une culotte de maillot de bain, mais rien pour remplacer le pantalon. Nous décidons, chose n’est pas coutume, de commencer la visite par la boutique en me disant que je trouverai bien quelque chose, un short ou un pantalon, quel que soit le prix… Nous passons l’entrée, nous payons, nous trouvons un plan, nous entrons dans un bâtiment, la boutique est au premier mais l’ascenseur est en panne.

La jeune fille qui nous annonce la nouvelle nous dit qu’il faut contourner tout le bâtiment pour arriver là au nous voulons aller. Il pleut à verse. Et j’ai bien sur laissé mon KW dans la voiture. Je n’avais pas prévu qu’il faille sortir aussi souvent. Je râle, je deviens même extrêmement désagréable pour tout le monde : la Laure fatiguée, désenchantée et qui commence en plus à avoir faim… Et puis je vois des gens prendre un escalier, extérieur certes, mais qui semble amener directement à l’étage de mes désirs. Renseignement pris, oui, c’est le plus court pour aller au premier, ce qu’elle nous indiquait, c’était pour nous éviter les marches avec les poussettes. Mais une poussette, ça se porte ma brave dame !

Nous voici enfin au bon endroit. Je rentre dans la boutique, je farfouilles, des T-shirts en veux-tu en voilà, des serviette de bain, des nécessaire de toilettes, des assiettes, des bols… mais ni short ni pantalon. Je me renseigne près d’une vendeuse qui me

le confirme. Il n’y a rien pour le bas. Ici, on n’habille que le haut. Eh bien heureusement que ce n’est pas partout pareil. Alors que faire…

Finalement, j’achète un T-shirt à Lou qui fait une robe tout à fait acceptable pour Léone. Après tout, je suis en robe, elle peut l’être aussi… J’en profite pour acheter aussi des t-shirt pour les sœurs (nous faisons ça partout, une chemisette par enfant, en souvenir) et quelques cartes postales. Pendant ce temps, les autres rongent leur frein et Marie ses doigts de pied…

Il est temps de commencer notre visite. Nous décidons de le faire par le pavillon tempéré. On nous fait entrer dans un pièce censée ressembler à l’intérieur d’un sous-marin, les portes se referme, nous voyons à l’image une jeune femme qui commente la descente et par de faux hublots, des algues, des poissons et des bulles d’air. Puis, les portes s’ouvrent à nouveau, nous sommes descendu d’un étage et là débute la vraie visite. Sympa l’ascenceur…

Il y a des explications passionnantes dans ce pavillon, mais plutôt pour des enfants plus grands que les nôtres. Le fonctionnement des marée, l’attraction terrestre, le vent, le sable… Avec des simulations et des graphismes, toutes choses qui passent un peu au-dessus de la tête de notre tribu de moussaillonnes. Elles, elle veulent voir du vivant, du concret, des poissons quoi. Eventuellement le petit crabe qui court le long de la paroi, reproduisant le mouvement des fauves en cage. Peut-être les coquillages ou même ces crevettes qui se croient bien à l’abri du regard dans leur trou, mais donc la coupe nous révèle tout.

Mais ce qui les attirent le plus, ce sont quand même les poissons. Et surtout les requins de nos côtes, les roussettes notamment, qui sont de tailles très impressionnantes. Je ne m’imaginais pas. Garance court d’un bassin à l’autre et épate tout le monde avec sa science. C’est qu’elle a travaillé sur le monde marin pendant tout le dernier trimestre avec sa maîtresse et qu’elle a visité deux aquariums parisiens avec l’école. D’ailleurs, elle a acheté pour sa maîtresse une carte postale avec plein de poissons. Elle donne le nom des poissons d’une petite voix très assurée. Et même si parfois elle se trompe, personne ne s’en rend compte.

Nous passons devant le bassin des otaries. C’est vrai qu’il y en a des espèces en mer du nord et en Bretagne. Celle-ci n’échappent pas à la règle qui veut qu’elles se donnent en spectacle. Elles passent et repassent devant les yeux ébahis des enfants.
Après les étoiles de mer, les requins de chez nous, les morues… nous arrivons au clou de l’endroit : un bassin où sont installés des étoiles de mer, des concombre de mer, des poissons plats de diverses espèces. Et on a le droit de toucher et de prendre dans ses mains mais à condition de ne pas sortir l’animal de l’eau. Ça, c’est vraiment « trop génial ».

Garance (qui connaît déjà ce système bien sûr) et Lou ne se gênent pas. Elles trempent leur main et tripotent tout ce qu’elle peuvent. Léone est un peu plus circonspecte. Et moi… c’est rien de le dire. Quand je fais de la plongée, ma hantise, c’est de toucher quelque chose. Il faut dire que j’ai une fois attrapé un eczéma sévère en touchant par mégarde un corail. Ici, même si c’est autorisé et même encouragé, j’ai du mal. Pourtant, le concombre de mer me fascine. Cette espèce de grosse limace, j’en ai vu plein aux Antilles. J’ai bien envie de voir la consistance que ça a. Eh bien c’est tout doux, aussi doux qu’un chat au poils soyeux. Incroyable. Du coup j’attrape une étoile de mer. Ça, par contre, c’est très très dur et râpeux. Je fais comme mes filles, je tripote…

Bon, ce n’est pas qu’on se lasse, mais il reste encore plein de choses à voir. Je découvre le bassin des méduses. J’ai horreur de ces bêtes là. Enfin, je ne souhaite en rencontrer pour rien au monde quand je suis moi-même dans l’eau. Mais là, derrière leur vitre, dans cet univers bleuté, elles sont presque belles.

Nous admirons aussi les hippocampes, de toutes les formes. Ne serait-ce que leurs petites ailes (enfin nageoires) sur le côté, on les prendrait presque pour les plantes aquatiques. Mais la lumière est bien trop faible. Je n’arrive pas à les prendre en photo.

Nous avons fait le tour de notre univers tempéré et pour l’heure, c’est notre appétit qui ne l’est pas, tempéré… Nous avons une faim de loup (de mer bien entendu). Nous nous dirigeons vers les boutiques qui vendent des sandwichs. Or de question de perdre trois heures dans un restau. En plus, ça ne doit pas être donné. Les sandwich non plus d’ailleurs, mais ça fait quand même moins mal au portefeuille. O. et V., qui ont emmené ce qu’il fallait pour déjeuner, partent vers un endroit où il est possible de pique-niquer. Par beau temps, il y aurait eu possibilité de manger sur la pelouse. Mais vu la pluie qui tombe, ce n’est même pas la peine de l’envisager.
Pour l’heure, nous faisons la queue pour acheter notre nourriture. Et quand arrive mon tour, il n’y a plus rien, il faut attendre l’arrivée de nouvelles denrées.

La jeune femme qui fait le service me demande de laisser passer les gens derrière moi qui, eux, ne veulent peut-être pas de sandwich et de retourner en bout de queue prendre mon mal en patience. Pas une chose à dire à une personne qui est déjà de mauvaise humeur et qui a faim : eh dite, ça fait plus d’un quart d’heure que je suis là, j’attends devant, il n’est pas question que je refasse la queue moi…

Un peu débordée, la jeune femme ne sais pas trop sur quel pied danser, d’autant que j’ai l’air d’être désagréable au possible (et pas seulement l’air) quand, miracle, les sandwichs arrivent. Je passe ma commande, paie, prend ce qu’il me faut et poussant un ouf de soulagement et un cri de victoire, je m’abstrait de la foule en délire « A manger ! à manger ! » crient les filles.

Nous rejoignons V. et O. qui ont trouvé un coin assez calme, le sas d’accès d’une des zones. Nous pouvons nous asseoir et mangeons tranquillement. Mon sandwich au thon et je ne sais plus quoi ne fait pas long feu. Je bois ma bouteille d’eau tout en poussant mes filles à ne pas trop perdre de temps. Y a encore deux bâtiments à visiter quand même.

Le prochain sera celui des mers tropicales. Mais il y a une queue absolument incroyable pour prendre l’ascenseur qui descend dans les tréfonds de l’aquarium. Nous avisons un escalier et décision de gagner du temps en l’empruntant. C’est en voyant arriver l’ascenseur en bas que nous comprenons le pourquoi de l’attente et le peu de monde dans les marches : l’ascenseur a d’immense parois vitrées qui donnent dans l’aquarium principal. On descend au milieu des poissons et des requins… On hésite entre prendre l’ascenseur à l’envers ou continuer. La porte se referme décidant pour nous.

Devant les très grands aquariums, il y a comme de petits amphithéâtres avec des bancs pour s’asseoir. Je préfère pour ma part me mettre le plus près possible de la vitre. en collant mon front, j’ai l’impression de rentrer dans l’eau, des poissons viennent me faire des petits coucous, les requins croisent alentours. Les bleus avec leurs gueules patibulaires tournent en rond comme de tigres en cage. Un requin scie passe, c’est la première fois que j’en vois un. Les raies volent toujours aussi élégante.

Dans de petits bassins, un peu plus loin, on aperçoit des poissons de toutes les couleurs, c’est une véritable féerie. C’est ça la grâce des tropiques, l’explosion de couleurs. Les bassins se succèdent, nombeux. Nous débouchons dans une grande salle qui reproduit la forêt tropicale avec ses grandes lianes, ses arbres gigantesques et, dans l’aquarium, quelques poissons d’Amazonie et de petits alligators. Ouhhh, j’aime pas leur tête à ceux-là.

La ballade se termine très vite à mon goût. Il ne nous reste plus que le pavillon polaire. Là encore, il y a la queue, un quart d’heure, cette fois-ci, nous décidons de prendre notre mal en patience. Nous entrons dans une grande salle avec un écran géant. A 180° degré. Quand nous sommes tous installés, la projection commence. Il s’agit d’un film tourné en Antarctique. La plupart des vue sont prise d’hélicoptère et nous ne pouvons nous empêcher de nous pencher quand vire l’appareil. V. dit qu’elle commence à avoir le mal de l’air, je la comprends, ça donne le tournis cet écran là. Mais enfin, les images sont somptueuses, notamment celles des manchots ou des pingouins…

Le film terminé, une grande porte s’ouvre et nous voilà tout de suite devant l’aquarium des pingouins (ou manchots). On voit à la fois sous l’eau et au-dessus. L’espace qui leur a été aménagé est magnifique, la lumière reproduit celle du jour, la pièce est à leur température, il y a de la glace sur les parties rocheuses. Je lirai plus tard que pendant la canicule, qui a surchauffé la France entière, que les responsable d’Océanopolis ont eu un mal fou a garder les bonnes conditions atmosphériques à ces drôles d’oiseaux. Et c’était pourtant important de le faire pour avoir l’espoir de voir naître des petits…

Nous remontons une pente quand nous avons un haut le cœur d’effroi : là, devant nous, sur une grosse roche glacée, un ours blanc, énorme, qui semble dormir… Ouf, il est empaillé et définitivement immobile. Mais que c’est bien fait.
Nous passons enfin devant le bassin des phoques qui font les phoques, c’est-à-dire les fous en se donnant en spectacle : et tu vois comme je plonge, et tu l’as vu ma belle volte. Léone est fascinée.

Au bout de dix minutes de spectacle, je presse tout le monde vers la sortie. Il est un peu plus de 15 heures et nous avons encore plein de trucs à voir. Mais c’est là que nos routes se séparent. V. et O. qui ne sont pas tentés par une exposition sur le vaudou dans une abbaye décident d’aller vivre leur vie. Et nous nous promettons de nous retrouver le soir-même chez C.. ils sont décidé de repartir le lendemain vers le mont Saint-michel puis la Belgique.

C’est l’heure des grands adieux, mes trois filles jouent les Télétubbies en criant de grand « au revoir, au revoir » qui font rire les passants. Puis nous quittons Océanopolis, abandonnant V. et O. à leur sort.