On est charette…

Lundi 14 juillet

Il paraît qu’aujourd’hui, c’est la fête nationale de France. Je peux vous dire qu’en dehors de quelques courriels d’amis québécois, on ne s’en rend pas compte : les vacances ce sont les vacances. Et puis, il n’y a pas de télé, la radio est difficile à recevoir. Bref, nous sommes comme coupés du monde, ce qui ma foi, n’est pas désagréable… Après la nuit mouvementée, le matin, nous avons dormi… Il faut bien récupérer. Les vacances sont faites pour ça, pas vrai ? Quand nous nous sommes levés, nous avons pris le petit déjeuner, mais alors en mode tranquille, pas pressé. Y a pas le feu au lac…

N. avait des petits yeux. J’ai mis ça sur le compte de sa petite nuit. Mais sa mère lui touchant le front, l’a trouvé bien chaud. Température prise : 39. Une vraie fièvre. Médicament antipyrétiques, gant froid sur le
front, petite douche… rien y fait. V. et sa famille arrivent, ils ont fait les courses. Nous les avons appelé pour leur demander de compléter ce qu’il nous manque. A ceci près que lorsque nous avons parlé de lait et pain, ils ont compris que nous leur demandions s’ils en avaient, pas que nous en voulions… Nous nous amusons du malentendu.

O., qui aimerait bien partir en balade, se met à la cuisine. Nous, nous sommes toujours en mode tranquille, c’est les vacances. On papote, on laisse faire. Va doucement, c’est tout bon. Je propose à O. la balade que j’ai prévu pour ma famille le soir-même. A ma famille et à E.. Elle adore les chevaux et en feuilletant les fascicules de la région, j’ai découvert qu’on pouvait faire une promenade en calèche, à
Lanrivain, juste à côté. V. et O. trouvent ça sympa et décident de se joindre à nous. Il n’y a plus rien qui presse, la promenade n’est prévue que pour 17 heures. Il fait tellement chaud que c’est mieux pour les chevaux. Je retéléphone donc au propriétaire des chevaux et tombe sur son répondeur. Message en breton d’abord, puis en français. Je trouve ça sympa. Je laisse nos coordonnées et la demande de réservation pour tout le groupe, puis je raccroche.

On fait manger les petits, sauf N., qui est trop fiévreux. Puis les grands, sauf Catherine, qui est trop inquiète pour le fiston. Elle dit qu’elle mangera plus tard, quand nous serons partis. Et le fait est que nous traînons tellement aujourd’hui que lorsque nous sortons de table il est temps de se préparer pour l’excursion.

Nous embarquons donc dans nos voitures respectives. Je sers de guide puisque je « connais » la région maintenant (j’ai surtout acheté une très bonne carte au libraire de Saint-N.). Nous laissons Catherine et N. dans les bras l’un de l’autre.

Au bout d’un quart d’heure de route, nous arrivons au village du propriétaire de chevaux. Nous avons un peu de mal pour trouver sa maison. Quand nous la dénichons enfin, tout est fermé. Pas de trace de personne. Nous décidons d’attendre un peu, mais une demi-heure après, toujours rien. 

Retour à Lanrivain

Nous repartons, déçu, et pour ma part, assez furieuse. Nous nous arrêtons dans le bourg de Lanrivain pour faire admirer à La famille de V. l’église et… l’ossuaire. Elle n’ont plus n’a jamais vu de chose semblable et se pose des questions sur le pourquoi du comment d’une telle réunion d’os. Une AG de squelettes peut être ?

Nous entrons dans l’église, on en ressort, je prends de nombreuses photos, nous faisons le tour de la place. La chaleur est épuisante. Par acquis de conscience, j’allume mon portable pour rappeler le maître des chevaux. Tiens, j’ai deux messages. C’est lui qui s’excuse car il a eu des problèmes de voiture, mais qui nous attend si nous souhaitons toujours faire notre promenade. Tu parles qu’on veut, les enfants ont l’air tellement déçus de la journée qu’on se précipite même. De retour à la ferme, nous rencontrons une homme charmant, qui s’excuse une fois encore de son retard. Il était parti en famille au bord de la mer et sur le chemin du

retour, il a eu une panne. Le plus drôle, c’est qu’en repartant tout à l’heure, j’ai croisé une voiture et je me suis dit que c’était peut-être eux, et c’était eux. Ils ont pensé exactement la même chose en
nous croisant.

Une jeune fille sort de la maison. de très beaux yeux, une bouche pulpeuse, des coups de soleil probablement douloureux, et de jolies rondeurs. Serge, le propriétaire des lieux, a préparé la carriole. il nous propose d’aller chercher les chevaux. Ce sont des postiers bretons, une magnifique race de chevaux de trait locale. Mais d’abord, il nous fait visiter son élevage de cochons. Des petits sont nés ce matin même. Deux sont morts, écrasés par leur mère. Mais les autres sont bien vivants. Les filles sont en extase devant ces bébés si petits. Nous ressortons de la grange, les narines pleines de la «délicieuse » odeur de lisier. Léone suffoque à moitié. Elle qui ne supporte guère les crottes de chat apprécie encore moins l’odeur des cochons.

Enfin, nous nous dirigeons vers l’enclos où se trouve une petite dizaine de chevaux, dont trois-quatre poulains de l’année, une vache bretonne et son veau. Serge et son fils Briac attrapent les deux juments qui vont travailler pour nous. Ce qui n’est pas une mince affaire car sachant ce qui les attend, elles ne se laissent pas faire. Puis ils proposent à Lou et à E. de monter dessus. Lou n’est pas particulièrement à l’aise, mais E. trône. Elle est super fière et contente.

Nous emmenons les chevaux vers la maison où se trouve le hangar aux carrioles et calèches. Une partie des chevaux les accompagnent, les autres restent en arrière. Nous suivons le troupeau en devisant tranquillement, quand nous entendons un bruit sourd derrière nous, suivi d’un hennissement sonore. Une vraie trompette de Jéricho ! Le reste des chevaux s’étant enfin rendu compte du départ de leurs compagnons se précipite, suivi de la vache et de son veau. V., qui tient Marie dans les bras, n’est qu’à moitié rassurée. Mais le spectacle est assez amusant.

Ce qui est moins drôle, c’est qu’il faut passer la barrière électrique. On ne peut pas l’ouvrir pour ne pas faire fuir le troupeau. Nous sommes obligés de passer dessous, en évitant bien entendu de la toucher pour ne pas prendre du jus. Pour V., avec le bébé dans les bras, ça n’a rien d’évident. Et comme personne ne l’aide vraiment, elle râle. Enfin, nous voilà en chemin vers la maison. Nous voyons le maître des lieux harnacher les chevaux, puis les atteler au charriot. Il y a toute sorte de carriole, des deux places, des grandes, des petites, des très jolies, des utilitaires. Il arrivent aux chevaux d’accompagner de jeunes mariés à l’église…

L’excursion en calèche

L’hiver, ils travaillent au débardage en forêt dans des endroits difficiles d’accès. C’est une activité qui a été remise au goût du jour par Serge, il y a quelques années et qui remporte du succès. Les chevaux
passent à peu près partout, n’abîme pas le terrain. L’été, l’activité est surtout touristique. Nous montons dans notre carriole qui a été bâchée à cause du soleil. On se croirait dans un charriot des pionniers de l’ouest américains. Mais nous sommes en pleine campagne bretonne. A petite allure, nous passons par de petits chemins, quelques routes goudronnées. Les filles sont derrière Serge et encouragent les chevaux. Elles se marrent bien. Marie, elle, en a assez des genoux de maman, elle aspire à jouer par terre.

De guerre lasse, V. finit par s’asseoir avec elle sur le plancher du charriot. Evidemment, la petite trouve quelques cailloux dont elle raffole et les met à la bouche. Fritz est à l’arrière. Il profite du moment de farniente qui lui est offert en regardant le paysage. Moi, je passe d’avant en arrière, pour prendre des photos. La promenade dure une heure et nous en profitons bien. Un grand moment de détente. La bâche, malheureusement, si elle nous protège de l’ardeur du soleil, nous empêche un peu de profiter du paysage. Nous n’avons d’autre choix que de regarder la route filer à l’arrière, ou la course des chevaux à
l’avant.

Depuis le début nous sommes suivi du chien de Serge, un bon beauceron qui tire une langue longue d’au moins 20 centimètres. quand les chevaux trottent, il a parfois du mal à suivre, mais nous rattrape toujours. Nous le prenons en pitié et tentons de le faire monter. Mais bien dressé, il nous ignore royalement.

La promenade touche à sa fin, au grand dam de la jeune génération. tout à coup, je vois O. descendre précipitamment du charriot. Mais qu’est-ce qu’il fait ? Concurrence au chien ? Mais non, il a laissé tomber ses lunettes et est simplement descendu les ramasser. Heureusement, l’allure des chevaux s’est considérablement ralentie à l’approche de l’étable et O. peut regrimper sans soucis avec nous. V. se moque gentiment de lui et me dit qu’il ne tient rien dans ses mains. Aussi, a-t-elle du mal à lui confier Marie…

Nous arrivons dans la cour de la maison. Serge fait effectuer une marche arrière impeccable à ses chevaux pour qu’ils entrent dans la grange où est remisée le charriot. Puis il les détache, les emmène près de l’écurie et sort le jet d’eau. Il les lace à grandes eaux encore tout harnachés. Cela permet de nettoyer également les harnais. Lou et E. assistent à la scène, fascinées. Mais bientôt la compagne de Serge les appelle. Elle leur a servi à boire. Après une telle promenade, sûr qu’ils ont la pépie. Nous sortons les goûter, tout le monde à faim.

L’excursion en calèche

Une fois restaurés, les enfants vont jouer. Et c’est à nous de nous installer pour boire. Du cidre bien sûr, fabriqué par Serge soi-même. Ça mousse fort à l’intérieur, le cidre travaille beaucoup avec cette chaleur. Les verres sont servis. Le goût est âpre, râpeux, mais j’aime bien. Du vrai cidre de ferme, rustique. Par contre, O. est déçu. Visiblement, ce cidre là, il n’apprécie pas. Nous discutons de choses et d’autres, avec Serge, avec sa compagne, mais également avec les deux enfants qui nous ont rejoint. Briac, le garçon, et la jeune fille rencontrée à notre arrivée. Nous commençons à parler des prénoms bretons des enfants du couple. Briac, que je ne connaissais pas et  Maëlez que je ne connais pas plus. Du breton de chez breton. V. déclare que c’est un fort joli prénom et que ça lui donne des idées pour le troisième.

La discussion dévie et part sur les vacances, la marée noire (nos hôtes ont passé leurs vacances près de Bayonne), les excursions et activités que nous pouvons encore faire d’ici à notre départ… on passe un
très très agréable moment avec des gens tout à fait charmants qu’on aimerait pouvoir revoir et avec lesquels on a envie de sympathiser. Mais il est bientôt 20 h 30 et je crains que Catherine ne s’inquiète pour sa fifille. Le portable ne passant pas du tout dans le coin, je n’ai pas pu la prévenir de notre retard.

Nous rentrons donc et trouvons, près du portail, Catherine et son fils en train de regarder des fourmis volantes déménager. Catherine affirme qu’elles vont partir bientôt, juste au moment ou le soleil disparaîtra. N. va un peu mieux, mais la fièvre n’est pas vraiment descendue. Et son caractère, malgré les promesses faites à sa mère, ne s’est pas franchement adouci. Pendant que Lou s’occupe de la douche des petites, E. et N. se chamaillent et Catherine, qui en a assez, intervient en hurlant. elle n’écoute pas V. qui la prévient de son départ. En regardant dans le frigidaire, nous constatons qu’elle n’a rien mangé. Elle n’a fait que boire du vin et du porto. toute la journée. Et ça continue.

Du coup, elle ne se rend pas compte quand V. et O. partent, ils sont fatigués, et veulent manger vite pour se coucher tôt. Nous avons décidé de partir le lendemain à la plage. Nous devions aller à Océanopolis, mais la météo annonce une dégradation progressive du temps (qu’on a du mal à imaginer tant il fait chaud). Si nous voulons nous baigner, c’est demain. Après-demain nous serons dans la pluie.

Après leur départ, nous finissons de faire manger les enfants. Les fourmis volantes en profitent pour déménager et personne ne l’aura vu. Nous ne pouvons que constater leur départ. Nous envoyons la jeune classe au lit. Nous voici enfin au calme. Mais Catherine n’est pas vraiment parmi nous, elle préfère rester au frais dans le jardin, son verre à la main. On ne peut rien lui dire, elle est inatteignable. Ça me fait mal au cœur.
Le Nôm et moi dînons en tête-à-tête. Catherine réapparaît et nous discutons un peu, enfin. Elle n’en revient pas que V. soit partie sans lui dire au revoir…

Je vaque un temps sur Internet, m’occupe de mes premiers récits, visionne mes photos… Il me faudra les montrer à E. demain sans faute. Extinctions des feux. Demain sera un autre jour. J’espère.