Entre repos et piscine

Lundi 6 juillet

Deux jours déjà, et je me sens totalement en vacances. L’annonce du non au référendum corse me fait à peine frémir… J’ai demandé une journée à Fritz pour me reposer car je suis encore très fatiguée. Dans l’ensemble, les enfants respecte la consigne du matin. Donc les adultes ont pu dormir un minimum.

Journée dédiée aux courses de ravitaillement et aux travaux dans la maison. C. part donc avec Fritz acheter ciment, sable, et fil électrique. Et moi je vais au Super U pour la bouffe. Faut dire que la bouffe ça me connaît.

Le reste se passe entre les mômes, la maison, le ménage… Un peu de sieste. Bref pas grand chose. L’après-midi, je coiffe Lou. J’en ai assez de la voir avec ses cheveux en bataille. Et puis avec toutes les herbes qui se prennent dans sa chevelure, les séances de démêlage sont devenues insupportables. C’est pour ces raisons là que, lorsque mes parents nous ont installés en Charente, à la campagne, j’ai sacrifié pour la première fois ma longue chevelure et mes belles anglaises. J’en avais plus qu’assez que ma mère fasse, une heure durant, le tri entre la paille et les tifs.

E., du coup, me demande si je peux aussi lui faire de belles tresses. Je n’ai jamais coiffé de cheveux longs et lisses, ce n’est pas le genre de la famille. Mais c’est demandé si gentiment que je n’hésite pas. Je lui mets même quelques perles dont elle est très fière. Une notamment, une grosse bleue un peu translucide, c’est sa préférée dit-elle en la mettant constamment dans sa bouche.

C. et moi nous relayons derrière l’ordinateur installé dans la chambre de celle-ci. Chambre que pour le moment le Nôm, Léone et moi squattons. C., elle, dort dans le canapé du salon et les quatre plus grands dans la chambre des enfants de Catherine, N. et Lou, sur un matelas, Garance dans le lit de N. et E. dans le sien.

C’est à C. de lire ses messages. Elle s’installe donc devant l’ordi avec E.. Je suis dans la cuisine, donc juste en face, en train de faire la vaisselle quand j’entends un hurlement de la petite, une chaise qui se renverse. Je me précipite pour voir une Catherine sortir manu militari E., terrorisée, de la chambre. Je demande ce qui se passe et C. me dit : je viens de me faire piquer par un frelon, je suis allergique, il faut que j’appelle les pompiers… Je cours dans la cuisine chercher la tapette à mouche, et je retourne dans la chambre pour faire la peau à ce foutu frelon. Je le repère mais le manque, il finit par sortir par la fenêtre que je ferme très vite.

C. s’est allongée par terre et appelle les pompiers pendant que je tente de rassurer les petits. N. et E. sont terrorisée pour leur mère. Mes filles sont impressionnées par la scène. Les pompiers arrivent assez vite, avec un des médecin de la ville appelé à la rescousse. Et soigne C. Une demi heure plus tard, ils repartent, leur devoir accompli.

Pendant toute la journée, c’est la hantise de la grosse bête qui vole. Les enfants sont à l’affût, C., et on la comprend, a peur de tout ce qui vole. Dans la journée, nous reverrons deux ou trois autres de ces bestioles. Ce qui fait que maintenant, on craint qu’un nid ne se soit installé dans la maison ou ses alentours…

Mais la fin de la journée se passe sans d’autres incidents. Heureusement.

Mardi 8 juillet

Ce matin, c’est E. qui est victime de piqûres, mais on ne sait pas vraiment de quoi. Mais elle présente une bonne allergie. La pauvre a le visage tout gonflée. Elle a été piquée aussi un peu partout sur les bras et les jambes. Je pense immédiatement aux piqûres de moustiques que mes filles subissaient en Guadeloupe et les allergies qu’elles développaient.

Mais ici, on n’a pas encore vu un seul maringouin. Alors quoi ? les aoûtats dans les herbes folles du jardin ? Les mouches qui pullulent (et certaines piquent, j’en ai fait la douloureuse expérience) ?

Mystère. C. soigne sa fille, nous organisons le petit déjeuner des enfants, Pas une mince affaire avec tous ces petits affamés qui crient famine.  Puis C. part vaquer à ses occupations, entre autres emmener son fils chez le dentiste.

Les filles jouent tranquillement. Je profite pour aller m’installer dans leur salon — une rond d’herbes qu’elles ont couché et aménagé en repaire – pour bouquiner un peu au soleil. Pas plus d’une demi-heure, je manque déjà à Léone qui me cherche, m’appelle, et bien sûr fini par me trouver… Bientôt suivie par Garance, puis par E. et Lou. Je range mon livre et me lance à la découverte du jardin. Je n’ai pas encore pris le temps de le visiter. Je suis bien évidemment suivie par les quatre mouchés qui ne me quittent pas d’une semelle.

L’après-midi, je décide de les emmener à la piscine. C. et Fritz travaillent à la maison. Les mômes sont fous de joie, ils trépignent sur place. La piscine n’est même pas à 1 kilomètre de là, un grand et un petit bassin planté au milieu de l’herbe et des champs à la limite d’un bosquet. Un cadre plus qu’agréable.

Mais ce qui attire immanquablement l’attention de mes gamines (E. et N. connaissent déjà, bien sûr, c’est l’immense toboggan qui se jette dans le grand bassin. Les filles piaffent, Léone en tête. Je suis bien obligée de m’y coller, elle est bien trop petite, même avec son maillot bouée pour y aller toute seule.

Et nous voilà donc toutes les deux à nous élancer dans le grand tube vert qui fait des tours et des tours. Léone pousse des hurlement de joie sauvage. Elle est aux anges. Et quand nous sautons enfin dans le grand bassin, elle pousse une grand cri de triomphe. Même pas impressionnée par le fait d’avoir mis la tête sous l’eau, elle réclame immédiatement un autre tour. Comme il est hors de question de la laisser seule deux secondes car elle serait bien capable d’y retourner seule, je dois laisser Garance faire sa descente toute seule.

Garance est un autre genre de phénomène. Si jamais elle devait être un peu trouillarde, ce ne serait pas dans l’eau que cela se verrait. Elle adore ça et ne se rend absolument pas compte du danger. Dans le toboggan, elle s’arrête, se lève, enlève un de ses brassard et se jette la tête la première dans la flotte. Bref, une série de choses interdites.

Au bout d’un moment, le maître nageur qui surveille la baignade me demande de bien vouloir l’arrêter. Du coup, je confie Léone à Lou et je pars avec Garance. Qui arrive quand même à m’échapper. Après une demi douzaine de tours de toboggan, ma patience s’émousse et je décide de sortir les deux petites de là. Direction le petit bassin. Ça manque un peu d’eau pour Garance mais Léone trouve ça parfait. Il y a aussi un petit toboggan vers lequel elle se précipite et une petite cascade d’eau sous laquelle les enfants aiment se mettre. enfin, ceux qui aiment la douche, comme mes filles…

Au bout de deux heures, la fatigue et la faim commencent à sa faire sentir. Je sors les
enfants de l’eau pour le goûter. Quelques madeleine plus tard, ils ne tiennent déjà plus en place et retournent dans l’eau. Moi aussi à la suite de Léone. Garance, elle, pas pressée, reste pour finir le paquet. On peut dire que l’air de Bretagne lui ouvre l’appétit, elle mange beaucoup plus que d’habitude. Elle n’est pas plus rapide, elle est toujours difficile, mais ça ingurgite.

Je la laisse donc seule sur sa serviette avec ses madeleines. Léone et moi allons dans le grand bassin. Mademoiselle veut me montrer comment elle plonge. Et c’est sur qu’elle saute bien dans l’eau, alors qu’elle n’a évidemment pas pied. Elle est comme ses sœurs, elle n’a pas peur. Tant mieux.

Nous sommes là à jouer depuis une demi-heure, quand je sens une petite main se poser sur mon dos. C’est Garance, venue nous rejoindre, sans ses brassards. Elle a un sourire jusqu’au oreilles et de l’eau jusqu’au menton. Et encore, elle est sur la pointe des pieds. Je l’envoie illico presto chercher ses brassards en l’engueulant.

Là-dessus, le maître nageur vient me voir pour me demander si la petite aux brassards orange est bien sous ma responsabilité. Il s’agit d’E. Il me dit qu’elle est quand même un peu jeune pour se lancer toute seule sur le toboggan. Elle est limite, explique-t-il. Il faut dire que normalement, personne ne doit se lancer tant que le nageur précédent n’en est pas sorti. Mais les pré-ados ne respectent aucune consigne, et donc, évidemment pas celle-là. J’en ai engueulé un déjà qui avait sauté juste derrière Nicolas, manquant le noyer. Un de ses copains s’était foutu de ma gueule. A la façon que j’ai eue de m’avancer vers lui, le regard mauvais et qui ne cillait pas, il a d’abord voulu soutenir mon regard en jouant les effrontés, puis, décontenancé, il a fuit.

Pour E, malheureusement, la sanction tombe : plus de toboggan pour question de sécurité. De toute façon, le maître nageur finit par le fermer histoire de rappeler à la jeune classe les règles du jeu. Léone commence à fatiguer, elle claque des dents. Je la sors, la douche, l’habille. Comme elle a froid, je l’enroule dans une serviette sèche. Elle fait mine de vouloir s’endormir. Je rameute alors toute la smala pour rentrer, puis j’appelle C pour qu’elle vienne chercher ses petits, ma voiture n’est pas assez grande. Tout le monde part se doucher.

Pendant ce temps, Léone, fraîche comme un gardon, court dans toute la pelouse et fait même mine de vouloir se jeter à l’eau tout habillée.  On finit tout de même par repartir. Les enfants sont épuisée, mais super heureux. Je leur promet de recommencer un autre jour, il sont aux anges.

Et vous savez où est construite la piscine ? Au lieu-dit La Piscine. Ça ne s’invente pas.