Terres du son 2015

Autours de Tours, il y a de nombreux festivals l’été. Terres du son est l’un d’eux. Organisé dans le domaine du château de Candé, à Monts (37) il invite artistes rock, pop, français et étrangers. Parcourir une plaine des décibels plein la tête n’est pas forcément ce dont je rêve. Sans doute ai-je passé l’âge. Mais cette année, il y avait Izia. La petite Izia que j’aime d’amour. Alors j’ai dit banco, je me lance. Je veux voir cette fille, trouvez-moi une place.

Izia, je l’aime de toute petite (elle). La faute à ce disque, « Illicite », de son père, qui clamait sa naissance. Quelques

 chansons d’une tendresse infinie, comme la Ballade pour Izia que j’ai chanté à ma propre fille quand elle était tout bébé. Cette naissance partagée avec nous à fait d’Izia, certes la fille de Jacques, mais aussi la fille d’un copain qu’on ne voit pas très souvent. Qu’on regarde pousser de loin et qu’on découvre un jour ado puis jeune fille. On se rappelle d’elle tout petit bébé, quand son papa chantait des morceaux qui portaient son nom. Et on se dit : mazette, comme elle a grandi la petite… Vous voyez ce que je veux dire.

Le truc, c’est qu’Izia n’a pas seulement grandi, elle n’est pas seulement devenue ce petit bout de femme qui nous épate parce que, mon Dieu, qu’est-ce qu’elle est devenue belle. Elle a aussi un putain de talent. Une générosité aussi. Un sourire. Une éclate… Izia, elle est wow, excusez-moi, je n’ai pas de mots.
Je l’ai découverte à la télé, cette pile électrique au sourire éclatant, génial, nature, sincère. Et j’ai aimé cette énergie qu’elle livre, qu’elle donne sans rien retenir. Prenez et prenez en tous, ceci est ma vie, mon air, mes poumons, ma musique, mon bonheur, ma joie.

J’observais cela du coin de l’œil et je me disais : je veux cette fille, je veux la voir sur scène…
Je suis plutôt difficile question spectacle de musique. J’en veux pour mon argent. Enfin, ce n’est pas une question d’argent. J’en veux plein les mirettes. Je veux en sortir avec des étoiles dans les yeux. Je veux vibrer, rire, crier… Je veux un feu d’artifice (je suis particulièrement fan des feux d’artifice). Si c’est pour écouter le disque, je préfère rester à la maison. Et puis, je sors moins souvent. Des fois, cela me coûte de quitter ma tanière.

Alors, pour que j’aie envie de voir quelqu’un sur scène, il faut vraiment m’en promettre.
Bref, je me suis retrouvée sur les chemins du château de Candé. Me demandant ce que j’allais faire dans cette galère. J’avais emmené mon appareil photo. J’ai failli ne pas pouvoir entrer à cause de lui. J’ai rusé, après des tours et des détours, j’ai réussi à passer l’appareil.

Le coin des street artist

On s’est retrouvé dans cette grande plaine en plein soleil. Et ça tapait dur. On a acheté un peu de monnaie locale, on est passé devant le chapiteau où jouait Maria Kamaty, une Réunionnaise qui joue du maloya. J’aime beaucoup. Mais le chapiteau m’a fait reculer, il faisait chaud.

Nous avons été voir les trois derniers morceaux de Jabberwocky, un groupe de techno français. Une voix de fille enregistrée et trois mecs s’agitant sur scène autour d’ordinateurs. Des bons morceaux, mais les basses (ce que mes parents appelaient le « tapoum tapoum ») me portait au cœur. Un jeune à côté de moi s’est penché à mon oreille pour me glisser que c’était normal, c’était fait pour. Nooooooon, tu crois ? J’ai eu envie de rire. C’était gentil et maladroit. Le bpm (battement par minute) la pulsation de la musique qui bat au même rythme que le cœur, ça ne date pas d’hier.

Sur scène, les trois garçons transpiraient abondamment. Les scènes sont placées face au soleil couchant. Il était un peu plus de 18 heures et le soleil n’avait aucune envie d’aller se coucher. Il tapait fort, aussi fort que le bpm. Et puis ce fut la fin du dernier morceau. Ici, pas de rappel. J’ai abandonné mes compagnons et j’ai été attendre Izia, à l’ombre, en mangeant mes sandwichs.
A Terres de son, il y a de tout. Des jeunes, beaucoup, des adolescents énormément, des enfants aussi. 

Parce qu’il y a de nombreux parents. Ou des gens qui sont en âge de l’être. Et quelques grands-parents, des gens comme moi, des seniors en forme (en formes pour ma part). Festival familial où l’on partage avec ses enfants le même goût pour la musique. Et pour les musiciens. Le public d’Izia est à cette image, très éclectique.

Nous étions là, assis à l’ombre. Et puis tout à coup, les gens ont commencé à se lever. Elle était là, sur scène, derrière le batteur, en train de bouger la tête en rythme. Lunettes de soleil (face au soleil), débardeur blanc sur soutien gorge noir, short noir et longues jambes musclées avec au bout des petites bottines en daim.

Elle n’est pas restée longtemps derrière le batteur, elle s’est ensuite ruée vers le devant de la scène et là… là le spectacle a commencé.

La voir en vrai, c’est se voir confirmer tout ce qu’on pressentait devant notre écran de télé. C’est un maelstrom, une énergie à l’état pur. Magique. Elle a commencé par La Vague, bien sûr, la chanson qui donne son titre au dernier album. Elle danse, elle chante, elle a une voix qui monte, qui descend, qui prend des teintes graves pour s’envoler. Elle rit, sourit, chante, hurle, s’arc-boute. Elle donne tout et bien plus encore.

La ventoline pour lutter contre l’asthme, la poussière et la chaleur

Dès la fin de la deuxième chanson, elle l’avoue. Il fait une chaleur à mourir, l’air est saturé de poussière et elle est très asthmatique. Elle vide une première bouteille d’eau sur sa tête. Mais prise par la musique, jamais elle ne s’économise. Elle repart dans sa danse endiablée, s’excuse parfois, mais de quoi ? et repart de plus belle. On est tous totalement sous le charme. Elle nous adresse des sourires, des clins d’œil, elle est gourmande, elle nous mange tout entier, nous enveloppe de sa musique de sa voix. Elle a une voix extraordinaire. Puissante, chaude, belle, vibrante. Elle commence douce, douce, accélère le tempo puis hurle « Let me alone »…

Elle reprend sa ventoline, son souffle et repart à l’assaut du public, oubliant sa promesse de s’économiser pour mieux chanter. Elle ne sait pas s’économiser, elle ne peut que donner et encore donner. Elle me cueille (mais j’étais plus que mûre) avec sa chanson Tomber.

Elle termine en chantant Reptile. Elle salue ses musiciens. Ils l’entourent sur le devant de la scène et c’est là que l’on mesure son épuisement et l’effort consenti. Elle nous sourit et on oublie tout.

Après la chaleur du concert d’Izia à Terres du son, l’urgence est de boire un coup. Le soleil et la poussière ont desséché ma gorge. Je craque et commande une bière et une bouteille d’eau. La bière est bonne, fraîche, elle descend toute seule, dépoussière tout sur son passage. Mais difficile de faire des réglages pour prendre Asa en photo un verre à la main.

Le concert d'Asa

Car sur la scène d’à côté, la Nigériane vient de s’installer. Tenue noire moulante, poncho rouge et lunettes improbables, elle commence son récital par un de ses titres les plus connus. Je la regarde pendant deux ou trois morceaux puis je m’éloigne. J’ai besoin de m’asseoir. Et je m’ennuie. J’aime beaucoup la musique d’Asa. Mais la voir ne m’apporte pas grand chose de plus. De toute façon, la musique est si forte que je l’entends très bien sans la regarder.

Je retrouve une de mes filles et son groupe de copains. On commente les concerts. On fait des projets pour dimanche, la troisième et dernière journée du festival : Zoufris Maracas, Massilia Sound System, Damian Marley, Jeanne Added… alléchant.

La bière, c’est désaltérant, mais cela a quelques conséquences. Nous voilà à la recherche des toilettes publiques. Terres du son se veut un festival écolo. Les toilettes sont donc écolos. Box en bois avec copeau de bois pour la grosse commission, pissotières pour pipi de garçon et aussi pour pipi de filles… Séparées bien sûr.

On a testé. Deux grandes rigoles en plastique courent sous des parois de tissus qui délimitent les toilettes. Le mode d’emploi est inscrit sur un tableau à la craie : on se munis de papier toilette, on se place derrière un morceau de tissu (qui ne dissimule pas grand chose), on baisse sa culotte et on pisse dans la rigole. Simple comme bonjour. Des nanas s’esclaffent, d’autres sont prises de fou rire, certaines prennent des mines dégoûtées, mais l’ambiance est plutôt à la bonne humeur, voire au girl power. Suffit-il de pisser debout ?

The Do se présente sur la scène Gingko. Une de mes filles est fan de ce groupe. Je ne suis pas sûre de vouloir assister au concert. J’ai déjà vu le duo à la télé. J’aime beaucoup leur pop mâtinée d’électro et de rock. Mais je les trouve très cérébraux sur scène : les mouvements de la chanteuse sont mesurés, calculés, voire millimétrés. Si la mesure est sincère (et bonne), les mimiques me semblent totalement artificielles.

A la fin d’une chanson, elle prend la pause, les mains croisées sur la poitrine à la façon d’Egon Schiele (la référence doit être autre mais c’est ce à quoi elle me fait penser). L’instant d’après, alors qu’elle esquisse puis réalise un mouvement de jambe façon karateka, on ne le voit pas, mais elle tire légèrement la langue. Comme une écolière qui peine à trouver son équilibre. Mon objectif est indiscret.

Je ne suis pas une bonne cliente. Je prends quelques photos, puis je vais regarder le spectacle de plus loin, mieux profiter de la musique. Je suis épuisée, mais je n’ai pas envie de partir.

Je me rapproche, je prends des photos. Je cherche mes lunettes, je les sors de ma poche. Je m’avance d’un mètre en surveillant l’écran de mon appareil photo et j’entends mon nom. Mon nom et mon prénom. Je me retourne, une jeune femme tient dans ses mains ma carte de presse qui était tombée quand je cherchais mes lunettes. Je m’approche pour la lui demander, elle se retourne, c’est une de mes étudiantes. Elle s’est fait accréditer et elle assiste au concert. C’est elle qui a trouvé ma carte, surprise de la trouver en cet endroit. De me trouver à cet endroit. Le monde est tout petit.

The Do se tait, les lumières s’éteignent. Pas pour longtemps. D’autres groupes sont annoncés. Jusqu’à 3 heures du matin. Mais je n’en peux plus. J’envoie un SMS à mes filles pour les avertir que je rentre. Elles restent. J’ai envie d’une bonne bière et d’un bon bain.

Alors je m’éloigne et je dis « oh let me alone ».

Texte et photos tous droits réservés. Plus de photos ici

Le concert de The Do

Le mercredi 15 juillet 2015, 19:43 par Anne

Tu as du y croiser Simon! Il y est resté 3 jours…

2. Le mercredi 23 septembre 2015, 17:25 par Macha

Bonjour Akynou
comment vas tu ?? tes filles ont bien grandi je pense..
me voila en train de faire un article sur le blog « avant ».. et de lien en lien les souvenirs reviennent et ton blog me revient dans les premiers.. je vois que tu es encore sur la blogosphere.. j’y suis revenue à fond depuis deux ou trois mois.. de grosses bises alors et a bientot